Commission populaire itinérante sur le droit au logement - Un Québec en manque de logements

Photo: Chaire de recherche du Canada

Dans la petite communauté de Kangiqsualujjuaq, au Nunavik, on a détecté 89 cas de tuberculose depuis deux ans. C’est largement lié au fait que, dans cette communauté, on trouve jusqu’à quatre générations vivant dans un logement conçu pour abriter un seul ménage.


Et ce n’est pas par hasard que la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, qui rendait son rapport mercredi, a amorcé ses audiences à Kuujjuaq, au Nunavik. Car c’est au Nunavik qu’on trouve le plus haut taux de surpopulation de logement au Canada. Si le gouvernement du Québec s’est engagé à y construire 500 logements, 500 autres font encore cruellement défaut.


Partout au Québec


Plus criants chez les autochtones, les problèmes existent toutefois partout au Québec. Au-delà des problèmes de contagion, le surpeuplement entraîne des problèmes de violence et d’abus sexuels. Et dans une communauté où il n’y a tout simplement pas de logements disponibles, des femmes ou des enfants victimes de violence deviennent carrément prisonniers de leur bourreau.


« Plus préoccupant encore, plusieurs femmes ont témoigné qu’elles avaient été contraintes à consentir des faveurs sexuelles pour éviter d’être évincées d’un logement, sachant très bien qu’elles ne trouveraient pas d’autre lieu où vivre », écrit Lucie Lamarche, l’une des commissaires de la commission, également professeure de droit à Ottawa. Les 14 commissaires qui ont présidé aux audiences, qui se sont déroulées dans les 17 régions administratives du Québec, parlent d’ailleurs de « couch surfing » pour désigner cette itinérance invisible, qui fait que des familles entières se promènent d’une maison à une autre, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre.


Le Front d’action populaire en réaménagement, qui est à l’origine de cette commission itinérante, estime que 260 000 familles du Québec vivent dans des logements inadéquats ou franchement sans logement. Plusieurs locataires évitent de se plaindre de peur de se retrouver sur la « liste noire » d’un propriétaire qui contrôle par ailleurs l’essentiel du parc locatif d’une communauté, poursuit Marcel Duhaime, un autre commissaire et membre du conseil d’administration de la Ligue des droits et libertés.


Et le boom économique que vivent certaines régions éloignées ne fait rien pour régler les problèmes de logement. À Rouyn-Noranda, le taux de disponibilité de l’espace locatif est de 0 %. Dans une ville comme Sept-Îles, où les travailleurs d’une aluminerie comme Alouette peuvent faire 100 000 $ en moyenne par année, les gens qui gagnent autour de 35 000 $ peinent à se loger, comme en témoigne une travailleuse communautaire dans le film Au pied du mur, tourné par Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist, durant les audiences de la commission.


Politique nationale


Dans leur liste de recommandations, les commissaires réclament, entre autres choses, une politique nationale en matière de logement, une hausse du salaire minimum, des mesures de protection, et que le droit au logement soit garanti dans la Charte des droits et libertés de la personne au Québec.

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