CPE : les coupes plus difficiles à encaisser en région

Pauline Marois
Photo: - Le Devoir Pauline Marois

Les centres de la petite enfance (CPE) situés en région risquent d’avoir plus de mal à encaisser les compressions annoncées par le ministère de la Famille, d’autant que leur fréquentation pourrait baisser avec la création prochaine de classes de maternelles destinées aux enfants de quatre ans issus des milieux défavorisés, selon des responsables de CPE.


Dès le 1er juillet, les CPE subiront des compressions de 37,9 millions, une baisse de 3,5 % de l’enveloppe budgétaire. Le gouvernement Marois réduit aussi de 18,3 millions les subventions accordées aux garderies privées.


La situation sera plus difficile en région, selon Simon Dufresne, le directeur du Réseau de services à la petite enfance de l’est du Québec, car les garderies y sont de taille moindre. Une des solutions serait de « fusionner des CPE », selon M. Dufresne, afin de réduire le personnel administratif. Les heures des conseillères pédagogiques, qui soutiennent et conseillent les éducatrices, pourraient aussi être réduites, ce qui diminuerait toutefois la qualité des services. De plus, M. Dufresne estime que la création de 70 classes de maternelles pour les enfants âgés de quatre ans issus des milieux défavorisés aura un impact sur les garderies en région. Québec prévoit en effet d’offrir la maternelle à quatre ans à 1200 enfants. M. Dufresne craint que cette mesure ne fasse baisser la fréquentation des garderies situées en Gaspésie et aux îles de la Madeleine. D’autant plus que les tailles de ces garderies sont moindres que celles des grandes villes.


L’Association québécoise des CPE se dit « trahie » par Pauline Marois, l’instigatrice du réseau. Son directeur général, Louis Senécal, estime que c’est la « pire attaque » de l’histoire des CPE. Toutefois, il estime que des solutions « créatives » peuvent être trouvées. M. Senécal espère ainsi rencontrer Mme Marois, pour lui présenter « un certain nombre d’hypothèses ».


Les compressions annoncées pourraient entraîner la suppression d’un à deux postes par CPE au Québec, d’après les prévisions de M. Senécal. « Pour l’instant, on est incapables d’y voir autre chose qu’une volonté politique de démontrer que le gouvernement est prêt à couper partout, même dans les CPE. »


Aucune marge


Selon M. Senécal, la marge de manoeuvre de bon nombre de gestionnaires de CPE est inexistante, puisque les salaires - qui représentent 80 % des budgets de fonctionnement - sont négociés dans le cadre de conventions collectives dans 40 % des CPE.


Du côté du ministère de la Famille, on assure que les compressions ne nuiront pas à l’objectif de création de 28 000 nouvelles places en garderie d’ici 2016. Le budget du ministère a d’ailleurs été de bonifié de plus de 3 %. « On doit contribuer aux efforts budgétaires demandés, et j’ai essayé de trouver où il y aurait le moins d’impacts possible », a précisé la ministre Nicole Léger.


Deux mesures spécifiques ont été imposées aux CPE. Le ratio éducateur-enfants sera révisé à la hausse pour le groupe d’âge des quatre ans. Le nombre d’enfants à la charge d’un éducateur passera de huit à dix pour ces groupes. La mesure serait en fait déjà prévue au règlement du ministère, mais les subventions n’auraient jamais été adaptées. Le deuxième effort demandé a trait aux surplus cumulés des CPE, qui auraient atteint 222 millions au cours des cinq dernières années, selon la ministre.

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