Prise de court, l’Amérique latine célèbre son premier pape

L’Amérique latine compte plus de 40 % des catholiques du monde.
Photo: Agence France-Presse (photo) Juan Mabromata L’Amérique latine compte plus de 40 % des catholiques du monde.

Buenos Aires – L’élection de l’Argentin Jorge Mario Bergoglio, premier pape originaire du continent américain, a pris de court l’Amérique latine tout entière et les habitants de Buenos Aires, qui se sont spontanément massés par centaines devant la cathédrale pour célébrer le désormais ex-archevêque de la capitale argentine.


Dès après la révélation de l’identité du nouveau pape par le cardinal français Jean-Louis Tauran de la loggia de la basilique Saint-Pierre, quelque 200 fidèles réunis pour une messe en la cathédrale de Buenos Aires ont célébré le pape François dans un tonnerre d’applaudissements.


Et une foule s’est rapidement formée à l’extérieur du bâtiment faisant face à la célèbre place de Mai, dans le centre-ville, pour saluer l’élection de ce jésuite âgé de 76 ans né dans le modeste quartier voisin de Flores.


Tout à leur joie, les fidèles réunis devant la cathédrale métropolitaine s’embrassaient, priaient, et certains avaient du mal à retenir des larmes de joie.


« Je suis surpris, je ne pensais pas qu’ils éliraient Bergoglio, c’est le premier pape latino-américain et cela va être extrêmement positif pour la région », a dit Gaston Hall, un publicitaire de 37 ans qui se définit comme catholique pratiquant, avant de pénétrer dans l’édifice situé non loin de la Casa Rosada, le siège de la présidence argentine.


« Je suis très content et très surpris parce que je ne m’y attendais pas. Au moment où on a vu sortir la fumée blanche à la télévision, on pensait au candidat brésilien ou italien », racontait de son côté Mariano Solis, un employé de 33 ans. « Nous allions au cinéma avec mon amie et quand nous avons appris la nouvelle, nous sommes venus à la cathédrale pour rejoindre les nôtres », a-t-il ajouté.


La nouvelle a surpris jusqu’aux responsables de l’Église argentine, a admis le porte-parole de l’archevêché Federico Wals.


« Bergoglio a voyagé l’esprit tranquille [au Vatican] avec un vol de retour prévu en milieu de semaine prochaine », a expliqué M. Wals dans une conférence de presse improvisée devant la cathédrale. Dans les rues de Buenos Aires, plusieurs affiches annoncent sa présence aux offices de la Semaine sainte, a-t-il encore souligné.


Jorge Bergoglio est le premier jésuite à accéder aux fonctions suprêmes au Saint-Siège. L’évêque auxiliaire de Buenos Aires, Eduardo Garcia, a déclaré à la presse que c’était un homme « simple, qui a une grande compassion pour les plus nécessiteux ».


Une heure après cette annonce, la présidente argentine Cristina Kirchner a salué l’élection de Jorge Bergoglio et lui a souhaité une « tâche pastorale fructueuse », dans un communiqué publié par le gouvernement. Celle-ci se dit pratiquante, mais elle entretient des relations tendues avec le nouveau souverain pontife.


Joie et surprise


Ailleurs sur ce continent comptant la plus importante population catholique du monde (40 % du nombre total des catholiques de la planète), plusieurs dignitaires religieux et responsables politiques ont fait part de leur joie, mais aussi de leur surprise, les papabili latinos les plus souvent cités ayant été le Brésilien Odilo Pedro Scherer et le Mexicain Jose Francisco Robles.


À São Paulo, plus grand diocèse du continent et fief de Mgr Scherer, des dizaines de fidèles ont célébré de bonne grâce, bien qu’un peu déçus, l’élection du premier pape sud-américain. « Nous voulions un pape brésilien, mais les Argentins sont nos frères, nos voisins. C’est bien ainsi », a notamment confié Rosivaldo Dos Santos, 38 ans.


Au Mexique, deuxième pays du continent pour l’importance de sa population catholique, Eugenio Lira, secrétaire général de la Conférence de l’épiscopat mexicain (CEM), a salué devant la presse une élection qui « nous remplit de joie parce que nous pouvons davantage nous identifier avec quelqu’un qui connaît la réalité de nos peuples latino-américains ».


Résumant le sentiment général, le président colombien Juan Manuel Santos s’est réjoui du fait que, « pour la première fois dans l’histoire, nous avons un pape latino-américain, un pape sud-américain, un pape dont la langue maternelle est l’espagnol ».

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Bergoglio, négligé des parieurs

Jorge Mario Bergoglio ne figurait pas parmi les favoris au poste de 266e pape chez les preneurs aux livres. Il pointait aux environs du 15e rang, relativement loin derrière les Angelo Scola, Peter Turkson, Francis Arinze et Marc Ouellet, avec des cotes variant entre 16 et 33 contre 1 selon les différentes maisons de paris en Occident. Ceux qui ont eu la perspicacité de voir qu’il deviendrait le prochain souverain pontife auront donc droit à une récolte appréciable, de même que, quoique dans une moindre mesure, ceux qui ont simplement anticipé un pape latino-américain (les Amériques centrale et du Sud avaient légèrement moins la faveur que l’Europe et l’Afrique). Les parieurs pourront maintenant se tourner vers une autre question d’intérêt: où François fera-t-il son premier voyage officiel? La maison irlandaise Paddy Power n’a pas tardé à se prononcer: l’Argentine natale du nouveau pape est donnée favorite à 5 contre 6, devant le Brésil à 6 contre 1. Le Canada vient en 10e place avec une cote de 20 contre 1.
 

Jean Dion