Finlande - L’utopie de Sigi Schwarz, un royaume à l’état sauvage

Kajaani — Présence furtive du loup, de l’ours et du lynx. Cieux d’hiver aux couleurs mauve, rose et orangé. Clapotis des lacs. Bouleaux scintillants sous leur cuirasse de givre… La Finlande dans ce qu’elle a de plus secret, on peut aussi la découvrir à travers un homme d’exception, mystique à l’état sauvage dont on a peine à imaginer que nos sociétés formatées soient aujourd’hui capables d’en produire de semblables : Sigi Schwarz.


En 1997, cet Autrichien de Salzbourg, petit-fils de bûcheron et entraîneur de l’équipe nationale de ski tout-terrain, entend l’appel de la forêt. Un appel qui résonne aussi à son oreille comme un éloge de la fuite puisqu’au même moment le leader d’extrême droite Jörg Haider (1950-2008), alors gouverneur de Carinthie, n’hésite pas, au faîte de sa gloire, à rendre un hommage posthume à la Waffen SS. Comme son compatriote Thomas Bernhard, Sigi Schwarz éprouve (à regret) pour son pays un vague sentiment de nausée qui le pousse à sortir des rails, à renoncer à la sécurité et à partir avec sa femme et ses trois enfants dans la plus vieille forêt de Finlande, non loin des immensités lapones.


Puolanka. Quelques fermes isolées perdues au milieu de la forêt et des lacs, à 100 kilomètres au nord de la ville de Kajaani. Nos aventuriers y dénichent une école abandonnée, tout en bois, dont ils vont faire une chambre d’hôtes, construisant de leurs mains un sauna avec des troncs d’épicéas entiers, au bord du lac, y élevant des chiens de traîneau et pourchassant l’utopie.

 

L’ami des loups


Dans ce royaume de glace, Sigi accueille qui veut bien lui rendre visite. Si vous êtes mal en point, il vous remettra sur pied en vous préparant des décoctions à base de plantes sauvages qu’il va ramasser sur les montagnes… de Crète, chaque printemps.


Ami des loups, à qui il ressemble étrangement par le regard et le nez à l’affût de la moindre odeur, Sigi est entré en guerre contre les éleveurs de rennes de la région qui s’efforcent d’exterminer son animal fétiche. Une guerre d’usure qui l’a conduit à déposer une plainte au Parlement européen.


Improvisant chaque jour une nouvelle excursion, au gré de la météo extrême en ces latitudes, Sigi conduit ses hôtes à la découverte de steppes silencieuses et couvertes de neige l’hiver, ou grouillantes de fleurs, de baies et de mousses l’été. L’heureux voyageur y dégustera à ses côtés une truite sauvage grillée au feu de bois et des feuilletés à la viande d’élan, dans une cabane ensevelie sous la neige. Au gré des saisons, il ira ramasser des paniers entiers de champignons et de myrtilles, descendra les rivières à bord d’un canoë, conduira un traîneau tiré par une horde de huskies hurlants.


Le rituel du sauna prend également chez Sigi toute sa saveur d’origine puisque, entièrement nu, dans une petite pièce chauffée au feu de bois, on s’y fouettera allégrement le corps avec des branches de bouleau fraîches ramassées le matin, avant de plonger dans un trou creusé à la hache à la surface du lac gelé. Sigi, pendant ce temps, est au fourneau à faire des crêpes généreusement couvertes de confiture de myrtilles maison.


Et, ici encore, le silence comme un minerai précieux. Pas de téléphone portable. Pas de courriels. Et aucun bipède humain nuisible à cent lieues à la ronde.

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