Élection du pape - «Cette élection est totalement ouverte»

Les cardinaux sont réunis en Congrégation générale depuis lundi dernier pour discuter des problèmes de l’Église.
Photo: Gregorio Borgia Associated Press Les cardinaux sont réunis en Congrégation générale depuis lundi dernier pour discuter des problèmes de l’Église.

« Vous pensez que c’est une élection comme les autres et que tout le monde se bouscule pour être pape ? En réalité, personne ne désire devenir pape ! » Le théologien québécois Réal Tremblay, qui enseigne depuis trente ans à l’académie pontificale Alfonsine de Rome, est formel : « Il est hors de question de désirer une chose pareille. C’est une responsabilité impossible. On ne la choisit pas, elle vous tombe dessus ! »

Et cette fois, le choix sera encore plus difficile, affirme cet ancien élève de Joseph Ratzinger, sous la direction duquel il a fait son doctorat à Ratisbonne, en Allemagne. Réal Tremblay continue d’ailleurs à rencontrer périodiquement Benoît XVI. « L’élection de 2005 était en partie jouée d’avance, dit-il. Deux candidats se détachaient nettement, les cardinaux Martini et Ratzinger. Cette fois, rien n’est joué. Ça pourrait être long. »


L’homme qui est né à Métabetchouan, sur les rives du lac Saint-Jean, dit tout haut ce que la rumeur chuchote depuis plusieurs jours. Même si le porte-parole du Saint-Siège, Federico Lombardi, estime que le conclave ne durera pas plus de quatre jours, il devrait être plus long que le dernier, qui avait duré à peine 36 heures. Cette fois, le jeu semble totalement ouvert entre les cardinaux Scola, Scherer, Ouellet, Schönborn, Erdö et quelques autres.


Réal Tremblay se réjouit de ce que les cardinaux réunis en Congrégation générale depuis lundi dernier aient consacré une semaine entière à discuter des problèmes de l’Église. Ce qu’ils continueront d’ailleurs à faire ce lundi matin. Sans être dans le secret des dieux, il est convaincu qu’entre les murs du Vatican, les cardinaux se disent leurs quatre vérités. « On veut débattre, on se critique, et c’est tant mieux ! L’important, c’est qu’il n’y ait pas de blocage. Il faut faire tomber les barrières. »


Cela est d’autant plus urgent que depuis les scandales révélés par les fuites de Vatileaks, reconnaît-il, la Curie (le gouvernement du Vatican) est mal en point. « Le grand problème de la Curie, c’est le carriérisme, dit-il. Benoît XVI en a parlé à plusieurs reprises. À la Curie, on fait carrière. Certains veulent garder le pouvoir, c’est humain. » Malgré l’admiration sans borne qu’il porte à son ancien maître, Réal Tremblay reconnaît volontiers que « ce n’était pas un manager. […] Tenez, par exemple, il n’a jamais eu de voiture ni d’ordinateur ! ».


Rappel à l’ordre


Pour choisir un pape, il faut s’élever au-dessus des différences et des clans, dit-il. C’est pourquoi Réal Tremblay estime que, jeudi dernier, Federico Lombardi a eu raison de rappeler à l’ordre les cardinaux américains qui tenaient des conférences de presse parallèles à celles du Vatican. Certes, rien n’est impossible, mais il ne croit pas vraiment à l’élection d’un pape qui viendrait des États-Unis. Selon lui, même dans l’Église, les Américains pensent trop souvent qu’ils sont seuls au monde. D’ailleurs, le principal candidat américain, l’archevêque de New York, Timothy Dolan, ne serait vraiment à l’aise dans aucune autre langue que… l’anglais. Devant la presse américaine, il avait reconnu utiliser les traducteurs automatiques de Google pour correspondre en italien avec le Vatican !


Ce n’est pas le cas du Québécois Marc Ouellet. « C’est un polyglotte, dit Réal Tremblay. Il a une bonne expérience de l’Amérique latine. Il connaît les évêques du monde entier. Il n’a peut-être pas un grand charisme, mais il est très affable. » Selon le théologien, si Marc Ouellet devenait pape, ce serait un candidat dans la même ligne que Benoît XVI. Il n’y aurait pas de rupture. Un de ses seuls points faibles serait de ne pas bien connaître l’Orient. Réal Tremblay ne croit pas que les polémiques entourant son passage à Québec influencent vraiment le choix des cardinaux.


Le théologien ne se hasarderait pas non plus à pronostiquer l’élection d’un pape africain. Selon lui, les écarts culturels sont encore très grands. « Il faut un pape ouvert aux problèmes du monde actuel, dit-il. Ce doit être un bon gestionnaire, quelqu’un qui sait communiquer. Et il doit être assez vigoureux pour faire de longs voyages. » De là à penser que ce doit être un saint…


En août prochain, Réal Tremblay devrait revoir Joseph Ratzinger, qui a l’habitude de venir rencontrer ses élèves à l’obtention de leur doctorat. D’ici là, le successeur de saint Pierre sera connu depuis longtemps. Choisir un pape, ce n’est pas seulement une affaire de nationalité ou de débat entre conservateurs et réformistes, dit-il. Et puis, si le choix est trop difficile, « l’Esprit saint improvisera. Il sait y faire ».

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