Journée internationale des femmes - Les droits avant les traditions

Environ 400 personnes se sont réunies vendredi soir à la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, pour souligner la Journée internationale des femmes.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Environ 400 personnes se sont réunies vendredi soir à la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, pour souligner la Journée internationale des femmes.

Mariée de force en France à l’âge de 15 ans, Samia Shariff a dû partir pour l’Algérie avec son mari, où ils ont élevé leurs enfants. Mais pour arracher ses deux filles à ce même sort qui les guettait, elle a décidé de fuir avec elles vers le Québec. « Personne ne pouvait empêcher mon mariage, mais j’allais empêcher celui de mes filles », a-t-elle raconté vendredi à Montréal.

Samia Shariff était l’invitée d’Amnistie internationale, qui profitait de la Journée internationale des femmes pour lancer sa campagne pour lutter contre le mariage forcé et pour défendre les droits sexuels et reproductifs des femmes. Selon l’organisme, 10 millions de filles sont mariées avant l’âge de 18 ans à travers le monde chaque année.


« Il faut éduquer et dire qu’elles ont le choix de ne pas endurer les actes de violence, d’avoir accès à des services de santé sécuritaires, d’opter ou non pour la grossesse et le mariage… Il y a une ignorance très large de ces droits-là », a indiqué Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale, avant d’ajouter avec fermeté que « les droits des femmes supplantent les coutumes et les traditions ».


Bien que cette réalité existe en Occident, y compris au Québec et au Canada, a précisé la doctorante à l’Université de Montréal Madeline Lamboley, environ 90 % des cas de mariage forcé ont lieu dans les pays en développement. Au Burkina Faso, par exemple, la part des femmes âgées de 20 à 24 ans qui ont été mariées avant 18 ans atteint 48 %.


Les unions précoces mènent souvent au viol, à la violence conjugale, à la dépression et aux grossesses précoces, lesquelles sont à l’origine de taux très élevés de mortalité infantile, a indiqué Mme Lamboley. « Ces femmes ont une tolérance incroyable à la violence, a dit cette chercheuse qui a interviewé plusieurs d’entre elles pour ses recherches. On se demande comment c’est possible. »


Samia Shariff s’est remariée et affirme que ses filles sont épanouies. « Mais je ne crois pas qu’on peut oublier ce genre de chose », a-t-elle conclu.


Selon les estimations des Nations unies, qui ont choisi pour thème cette année la lutte contre la violence faite aux femmes, jusqu’à sept femmes sur dix à travers le monde sont victimes de violence physique ou sexuelle. Si l’organisation internationale se réjouit du fait que de plus en plus de pays adoptent des lois pour protéger les femmes de tels actes, elle rappelle qu’environ 603 millions de femmes ne peuvent toujours pas compter sur une protection légale contre la violence domestique.


Manifestation


Aussi pour souligner la Journée internationale des femmes, environ 400 personnes se sont réunies vendredi soir à la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, à l’invitation du Comité 8 mars des femmes de diverses origines.


En compagnie d’autres intervenants, la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, a rappelé avec fougue qu’au-delà de la question de la présence des femmes à la tête des entreprises, il fallait aussi s’inquiéter de la « violence du capitalisme, du patriarcat et du racisme » dans la vie quotidienne des femmes ordinaires. « La pauvreté et la violence envers les femmes au Québec restent des problèmes majeurs », a-t-elle conclu.

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