Le prochain pape - Prédicateur charismatique ou expert-comptable?

Rome – Rarement, dans l’histoire récente, l’élection d’un pape aura-t-elle été aussi ouverte. Réunis en Congrégation générale depuis une semaine, les cardinaux ont finalement décidé d’entrer en conclave mardi. À partir de l’après-midi, après la célébration de la messe pro eligendo Pontifice, ils seront coupés du monde, faisant la navette entre la chapelle Sixtine et la résidence Sainte-Marthe, où ils seront aussi isolés. Le nouveau pape doit recueillir les deux tiers des votes des 115 cardinaux-électeurs, ceux qui ont moins de 80 ans.

Depuis lundi, les princes de l’Église ont discuté librement des principaux problèmes qu’affrontent les catholiques. Cela va du rôle des femmes aux questions de bioéthique, en passant par l’exigence d’une collégialité accrue, a précisé vendredi devant la presse internationale le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.


De l’avis général, aucun nom ne semble encore se détacher véritablement du lot, contrairement à 2005, où ceux de Mgrs Mariani et Ratzinger dominaient nettement la liste. Il faut dire que les cardinaux sont à la recherche de la perle rare. Certains jours, il semble que le prochain pape doive être aussi bon théologien que Benoît XVI. D’autres jours, on évoque un maître de la communication capable de réformer celle du Vatican, si souvent malmenée. On chercherait aussi un homme à poigne capable de « révolutionner la Curie » (le gouvernement de l’Église), selon les mots du cardinal allemand Walter Kasper. Une Curie à laquelle ni Jean-Paul II ni Benoît XVI n’avaient osé s’attaquer. Bref, les cardinaux cherchent l’homme-orchestre.


L’éventail des qualités évoquées témoigne peut-être surtout de la crise qui s’est emparée du Saint-Siège depuis que la presse en a révélé les luttes de pouvoir, les pratiques financières discutables et les scandales sexuels. Voilà qui faisait dire à l’historien des religions Alberto Melloni que les cardinaux étaient à la recherche d’une sorte de « Rambo » pontifical. Plusieurs songent aussi à la possibilité d’élire un « ticket » composé d’un pape charismatique, peut-être issu du tiers monde ou d’un pays émergent, doublé d’un secrétaire d’État qui serait un administrateur à poigne.


Les successions précédentes intervenant souvent au terme d’une longue maladie du pape, les prétendants avaient plus de temps pour se faire valoir. Malgré la présence de 28 électeurs italiens (sur 115), la tentation est grande d’élire pour la première fois un pape qui ne serait pas européen. Certains disent que les Italiens pousseraient pourtant la candidature d’un Latino-Américain. La seule certitude pour l’instant, c’est que le Saint-Esprit n’a pas encore trouvé son homme.

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