Rendez-vous de la Francophonie - Le Canada aussi sera francophone

Pierre Vallée Collaboration spéciale
L’humoriste Boucar Diouf
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’humoriste Boucar Diouf

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie 2013

Les Rendez-vous de la Francophonie se tiendront a mari usque ad mare du 8 au 24 mars, entourant ainsi la Journée internationale de la Francophonie, qui a lieu le 20 mars. Créé en 1999, l’événement pancanadien a pris du galon au fil des ans.


«Au départ, il ne s’agissait que d’une cérémonie officielle à laquelle se greffaient un ou deux spectacles, explique Guy Matte, directeur de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures, l’organisme qui chapeaute l’événement. Cette année, on dénombre près de 1400 activités qui sont inscrites sur notre site Internet et qui viendront célébrer le français et en souligner l’importance. »


C’est l’animateur et humoriste Boucar Diouf qui agit pour la deuxième année de suite comme porte-parole des Rendez-vous de la francophonie. « Moi, je dois tout à la langue française. Mes parents, qui étaient analphabètes, ont eu la sagesse de m’envoyer à l’école. Et c’est grâce à la Francophonie canadienne, qui m’a offert une bourse après l’obtention de mon baccalauréat à Dakar, que j’ai pu faire mes études doctorales en biologie marine à l’Université du Québec à Rimouski. Agir comme porte-parole des Rendez-vous, c’est ma façon de remercier la Francophonie canadienne. »


La très grande majorité des activités qui se dérouleront durant les Rendez-vous de la Francophonie sont organisées par les communautés elles-mêmes. On y trouve de tout : des conférences, des activités culturelles, de la poésie, des concours, des activités pédagogiques, etc. De son côté, l’Office national du film du Canada, un des partenaires des Rendez-vous de la Francophonie, contribue à cet événement en proposant une programmation spéciale qui sera projetée près de 220 fois dans diverses collectivités canadiennes.

 

L’humour à l’honneur


Déjà, l’an dernier, l’humour avait fait son apparition dans les célébrations lorsque la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures avait demandé aux étudiants de l’École nationale de l’humour de préparer des capsules humoristiques qui ont été ensuite diffusées sur le site Internet des Rendez-vous de la Francophonie. « Nous recommençons cette année, souligne Guy Matte, et les capsules porteront cette fois sur des expressions françaises typiques de certains coins de notre pays. »


Mais cette année, on a voulu donner une ampleur accrue au volet de l’humour en organisant quatre grands galas humoristiques présentés à Vancouver, Winnipeg, Moncton et Ottawa. « Nous avons signé une entente de trois ans avec Juste pour rire pour l’organisation de ces galas, poursuit Guy Matte. C’est une collaboration de type gagnant-gagnant. Nous profitons de l’expertise en humour de Juste pour rire, et en retour, Juste pour rire y trouve son compte, puisque cela lui permet de développer le marché francophone canadien. »


Et, selon Boucar Diouf, qui participe à ces galas en y présentant un numéro, de découvrir de nouveaux talents. « Nous avions comme mandat d’intégrer à chacun des galas de jeunes humoristes locaux, raconte-t-il. Et, sauf en Colombie-Britannique, nous n’avons eu aucun mal à en trouver, ce qui nous démontre que l’humour en français existe ailleurs au Canada. Mais ce qui m’a réellement surpris, c’est de constater la qualité de ces humoristes. Cela est particulièrement vrai en Acadie, où il y a présentement une explosion de l’humour. Si des musiciens et chanteurs acadiens, comme Radio Radio et Lisa LeBlanc, ont récemment percé, la prochaine vague sera formée des humoristes acadiens. »

 

Un événement rassembleur


Les Rendez-vous de la Francophonie se veulent une occasion de célébrer le français partout au Canada, mais ils se veulent aussi l’occasion de bâtir des ponts entre la Francophonie hors Québec et celle du Québec. « C’est ce que j’appelle la troisième solitude, avance Boucar Diouf. Chez les francophones canadiens, le Québec apparaît souvent comme un grand frère qui ne les entend pas. C’est comme si les francophones canadiens connaissaient le Québec, mais pas l’inverse. Je le sais parce que c’est ce que l’on me dit lorsque je donne des spectacles ailleurs au Canada francophone. Et lorsque les Québécois font un effort pour aller vers les francophones hors Québec, l’on sent immédiatement que cela les touche. Si la France et le Québec ont un lien privilégié, il devrait en être de même entre le Québec et les communautés francophones hors Québec. Les Rendez-vous de la Francophonie sont une occasion de tisser ce lien. »


Selon Guy Matte, les Rendez-vous de la Francophonie sont aussi une occasion de présenter le fait français aux autres Canadiens. « Cet objectif cadre parfaitement avec la mission de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures, soit favoriser le rapprochement entre les différentes composantes culturelles du Canada, y compris les Premières Nations. Plusieurs anglophones vivent dans des communautés où le fait français existe, mais ils n’en sont pas toujours conscients. Les Rendez-vous sont là pour faire découvrir à ces citoyens le fait français. D’ailleurs, cette année, le deuxième porte-parole est l’humoriste anglophone et francophile Cathy Jones. On veut sensibiliser les autres communautés à l’importance du fait français au Canada et démontrer que l’on peut avoir du plaisir en français et avec la culture française. Et cela cadre bien avec le thème de cette année, qui est la joie de vivre. »


La communauté anglo-canadienne ainsi que les autres communautés linguistiques sont donc invitées à participer aux événements des Rendez-vous de la Francophonie et à profiter de ces occasions pour tisser de nouveaux liens. D’où les efforts déployés par les Rendez-vous de la Francophonie afin de faire de l’événement une occasion de rassemblement. Et Boucar Diouf de conclure par un proverbe africain : « C’est le pied et non la bouche qui trace le chemin de la parenté. »



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