Organisation internationale de la francophonie - Le français doit être la langue de la solidarité

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Abdou Diouf, lors du Forum mondial de la langue française qui s’est tenu à Québec en juillet dernier
Photo: Agence France-Presse (photo) Fabrice Coffrini Abdou Diouf, lors du Forum mondial de la langue française qui s’est tenu à Québec en juillet dernier

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie 2013

Le prochain Sommet de la Francophonie se déroulera en 2014 à Dakar, au Sénégal, dans ce pays qui vit naître Abdou Diouf. Il en devint tour à tour le premier ministre et le président de 1981 à 2000. Il occupe les fonctions de secrétaire général de la Francophonie depuis 2003. À l’occasion de son retour en terre natale, il quittera la barre de cette organisation internationale jouissant d’un rayonnement mondial. Avant de tirer sa révérence l’an prochain, il répond aujourd’hui aux questions du Devoir.


Aux dires du secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), plusieurs moments « forts » ont marqué le monde francophone ces dernières années. L’un d’eux fut sans contredit le tout premier Forum mondial de la langue française, qui s’est tenu à Québec en juillet dernier.


« Le gouvernement du Québec avait été le premier à répondre à l’appel que j’avais lancé lors du Sommet de Montreux, en 2010,souligne Abdou Diouf. J’avais souhaité rassembler la société civile, les forces vives de la langue française, à l’occasion d’un Forum qui donnerait la parole aux jeunes venus des cinq continents. Le succès a été magistral puisque nous avons réuni 2000 participants de la société civile, dont une majorité de jeunes de moins de 30 ans, en provenance de 94 pays, regroupés pour une semaine d’activités, de témoignages et de débats sur la langue française, sa réalité et son avenir. »


« Le deuxième rendez-vous déterminant a été le Sommet des chefs d’État et de gouvernement ayant le français en partage, qui se sont retrouvés en octobre 2012 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo,poursuit-il. Pour la première fois depuis 1986, le Sommet a eu lieu en Afrique centrale, une région qui constitue un réservoir important de francophones. C’était un moment très important pour les Congolais, pour la région et pour toute la Francophonie ! »

 

Langue et solidarité


À l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, qui se tient le 20 mars prochain, il rappelle l’importance de la solidarité et de la fraternité entre pays francophones, alors que plusieurs pays connaissent l’instabilité politique. « La solidarité fait partie des fondements de notre communauté, elle est au coeur de notre action depuis sa création le 20 mars 1970. Aujourd’hui, elle s’est récemment exprimée par le formidable geste de la France, aidé par d’autres pays francophones, dont le Canada, qui a répondu à l’appel de détresse d’un de nos pays membres. Il nous fallait venir en aide au Mali pour lutter contre le terrorisme et l’aider à recouvrer sa souveraineté et son intégrité territoriale. C’était un geste très courageux de la part du président français, François Hollande, et je tiens à le remercier chaleureusement »,dit-il.


Les vives tensions qui ont parfois dégénéré en conflit dans certains pays membres qui ont vécu le printemps arabe, comme l’Égypte et la Tunisie, l’ont interpellé, affirme-t-il. « Les mouvements populaires qui ont émergé dans la région il y a deux ans, en particulier dans ces deux États membres de la Francophonie, nous ont évidemment interpellés. À l’effervescence de ces révolutions succèdent aujourd’hui les processus de transition politique, qui constituent des étapes décisives, exigeantes et bien souvent délicates. Les difficultés auxquelles se heurtent depuis plusieurs mois ces deux pays sont naturellement source de préoccupations pour la grande famille francophone »,souligne M. Diouf.


« J’ai pour ma part fermement condamné les violences politiques qui ont eu lieu dernièrement, en particulier en Tunisie, avec l’assassinat odieux de Chokri Belaïd », rappelle le secrétaire général de l’OIF.


Il fait appel à la patience et à l’écoute des populations devant le défi que posent les problèmes auxquels ces pays sont confrontés. « Certes, reconnaissons que les transitions démocratiques exigent du temps avant d’aboutir et que nous devons demeurer solidaires des peuples de ces pays en poursuivant notre appui à ces processus. Néanmoins, il nous faut demeurer très vigilants, en particulier au chapitre de la protection des droits et des libertés. Les autorités nationales doivent faire preuve de responsabilité et tout mettre en oeuvre pour que soient réalisées les revendications démocratiques portées par ces mouvements populaires. Les peuples arabes ont su se mobiliser, parfois au péril de leur vie, pour que tombent les régimes autoritaires. Si on ne répond pas à leurs aspirations de manière satisfaisante, le risque est grand de les voir à nouveau réagir. »

 

Le Québec, un modèle


Autre défi, le fait francophone en Amérique. Selon M. Diouf, Amérique et Francophonie sont-ils toujours compatibles ? « Certainement ! ditM. Diouf. Il y a beaucoup de francophones et de locuteurs du français sur le continent américain. Bien entendu, c’est dans votre pays, et au Québec, en particulier, que l’on compte le plus de francophones. Le Québec est un modèle de fierté, de détermination et d’audace pour protéger et promouvoir la langue française ; il représente le foyer des francophones d’Amérique. Les communautés acadienne, franco-ontarienne et les autres francophones du Canada constituent aussi des forces vives de la Francophonie des Amériques. Je sais aussi que dans les provinces anglophones du Canada, les apprenants en français sont de plus en plus nombreux, ce qui est une bonne chose. Si nous parlons du continent américain, je ne veux pas oublier les millions de francophones et de locuteurs aux États-Unis et dans les Caraïbes. Dans ces pays, la diversité culturelle et linguistique, que la Francophonie promeut avec vigueur, devient de plus en plus une réalité concrète puisque l’anglais cohabite désormais avec l’espagnol et le français. »


Il se penche en dernier lieu sur le sommet de Dakar en 2014 pour saluer l’histoire et se projeter vers l’avenir : « Oui, 25 ans après le Sommet de la Francophonie de Dakar en 1989, le premier en terre africaine, la communauté francophone se retrouvera au Sénégal. Au pays de Léopold Sédar Senghor, une des figures majeures de la Francophonie, et mon père spirituel en politique. Ce sera mon dernier Sommet, puisque j’ai annoncé qu’à la fin de mon mandat, je me retirerai de la vie publique. Je veux profiter de la compagnie de ma famille, de mes enfants et de mes petits-enfants. »


 

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