Élue à 25 ans - Quand «député» s’écrit avec un «e»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes 2013

À tout juste 25 ans, Elsie Lefebvre devenait en 2004 la plus jeune députée à faire son entrée à l’Assemblée nationale du Québec. Depuis, elle a quitté la politique provinciale en devenant en 2009 conseillère municipale de l’arrondissement de Villeray, à Montréal. Et même si elle assure être professionnellement épanouie sur la scène municipale, elle avoue que c’est essentiellement la conciliation travail-famille qui a dicté son choix.


« Être élue au provincial, c’est une organisation démentielle, estime celle qui, à 33 ans, est aujourd’hui mère de deux enfants. Ce n’est pas très étonnant de voir que les femmes entrent en général à la députation après 40 ans, lorsque leurs enfants sont plus grands. De mon côté, j’ai la chance d’avoir un conjoint qui m’aide beaucoup, d’avoir une famille qui m’entoure et me soutient. Mais même dans ces conditions, je n’imagine pas pouvoir de nouveau prétendre être députée avant plusieurs années… ne serait-ce qu’à cause de tous les allers-retours qu’il faut faire entre Montréal et Québec. Bien sûr, il y a des élus qui ne vivent pas dans leur circonscription, mais ce n’est pas l’idéal si l’on veut être en mesure d’exposer les problèmes que vivent les citoyens que nous représentons. Et il faut bien aller siéger à l’Assemblée nationale à Québec. »


Des solutions, Elsie Lefebvre en entrevoit pourtant. Elle vient d’ailleurs de déposer une motion à l’Hôtel de Ville de Montréal. « Les entreprises sont confrontées à cela, elles doivent se demander comment s’organiser autrement pour améliorer la conciliation famille-travail. Je pense que les institutions démocratiques doivent aussi prendre en compte ce facteur-là pour permettre au plus grand nombre de participer. C’est d’ailleurs un enjeu qui réunit pas mal de collègues, pas juste les femmes, les jeunes mères. Il ne s’agit pas de diminuer les charges de travail ou les responsabilités des élus. Mais on pourrait concevoir une façon différente de faire de la politique : horaires plus prévisibles, télétravail, vote à distance, vidéoconférences, etc. C’est un enjeu qui est porté par des groupes qui vivent ces dynamiques-là, mais qui, ensuite, est repris et appuyé par l’ensemble des élus. »

 

Conciliation


Car qui aurait pu imaginer il y a seulement quinze ans que l’on puisse ne pas siéger toute la nuit à l’Assemblée nationale du Québec ? rappelle-t-elle. Il s’en trouvait en effet pour dire que les dossiers étaient bien trop nombreux pour que l’on puisse limiter le temps de travail et de discussion des députés. Or aujourd’hui, le couvre-feu existe, le nombre d’heures de travail de nos représentants est toujours le même, mais les sessions ont été allongées. « La réussite d’une bonne conciliation travail-famille, c’est une question d’organisation, de planification. Comment faisait-on lorsqu’on se faisait annoncer cinq minutes avant la fin des débats qu’on allait continuer quelques heures ? Il y a les enfants à aller chercher à la garderie, une gardienne à trouver pour la soirée, etc. Il est important que nos assemblées soient représentatives de la société, qu’il y ait des femmes, des hommes, des jeunes, des représentants des différentes communautés, des gens normaux qui ne soient pas complètement déconnectés de la réalité, qui vivent au diapason de leurs concitoyens. C’est ainsi que de nouvelles idées éclosent, que les différentes perceptions s’entremêlent. Il faut donc tout mettre en oeuvre pour que personne ne soit exclu par le système. »


Car elle en est certaine, nous vivons dans une société égalitaire, et c’est bien le système qui exclut, pas le machisme ou le sexisme de quelques-uns. Elle se souvient d’ailleurs avoir été très bien accueillie à ses débuts à l’Assemblée. Avoir été aidée, voire guidée. « De mon côté, j’amenais la fougue de la jeunesse, s’amuse-t-elle. J’étais la plus jeune femme, mais il y avait de jeunes hommes. Nous apportions des sujets nouveaux, ceux qui préoccupent notre groupe, l’accès à l’emploi, l’environnement, etc. » Autres sujets qui lui tiennent à coeur : la souveraineté du Québec, la lutte contre la pauvreté, la place du Québec dans le monde et la participation citoyenne.


Car depuis sa prime jeunesse, Elsie Lefebvre s’est impliquée dans différents mouvements, le milieu communautaire, la coopération internationale, le mouvement étudiant à l’université. « J’ai toujours été très sensible aux différents aspects qui touchent notre société, comment on peut la transformer, l’améliorer. Faire le saut en politique, ça m’est apparu comme un moyen efficace pour contribuer à changer le monde à ma façon. »

 

Retour


En 2007, la députée de Laurier-Dorion perd son siège. Elle reste quelque temps en dehors de la politique, mais la tentation est trop grande de replonger. En 2009, elle rejoint la formation politique Vision Montréal, dirigée par Louise Harel, se présente dans Villeray et obtient 54 % des votes exprimés… l’un des meilleurs scores à Montréal.


Elle est alors nommée vice-présidente du Conseil de la Ville, une première pour une femme. « Être aux côtés de Louise Harel, c’est très inspirant, affirme-t-elle. Pas parce que c’est une femme, je la juge sur ses compétences et sa vision, l’énergie qu’elle déploie à se mettre au service de ses concitoyens. C’est emballant d’être élue à Montréal, ajoute la toute nouvelle leader de l’opposition officielle. Il y a tellement d’enjeux. Je suis très emballée par tous les défis qu’il y a à relever, et de pouvoir y mettre ma patte. »


Pour cela, il faudra relever le prochain grand défi qui s’ouvre à elle dans quelques mois : sa réélection en novembre prochain. « C’est très exigeant, la politique, la tâche des élus est complexe, c’est une charge que l’on porte 24 heures sur 24. J’ai des collègues, femmes et hommes, d’ailleurs, qui ont quitté le milieu pour faire le choix de la famille. J’ai la chance d’avoir un très bel équilibre de vie. Je n’ai pas précisément de plan de carrière, mais je souhaite continuer le plus longtemps et le plus efficacement possible à servir ma communauté et contribuer ainsi à améliorer notre qualité de vie. »



Collaboratrice

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