Commission Charbonneau - Union Montréal recevait bel et bien 3%

Le p.-d.g. de la firme Genius, l’ingénieur Michel Lalonde, a livré devant la commission Charbonneau un témoignage dévastateur, notamment pour Union Montréal et son ex-directeur du financement, Bernard Trépanier, surnommé « monsieur 3 % ».
Photo: - Le Devoir Le p.-d.g. de la firme Genius, l’ingénieur Michel Lalonde, a livré devant la commission Charbonneau un témoignage dévastateur, notamment pour Union Montréal et son ex-directeur du financement, Bernard Trépanier, surnommé « monsieur 3 % ».

M. Lalonde corrobore à la fois le témoignage de l’ex-entrepreneur Lino Zambito et en partie celui de Martin Dumont, honni pour avoir fourni quatre versions différentes d’un même épisode de financement illicite au sein d’Union Montréal.


M. Lalonde a commencé sa carrière d’argentier occulte au bénéfice de Vision Montréal alors que Pierre Bourque était maire (de 1994 à 2001). Après l’élection de Gérald Tremblay en 2002, il s’est rapproché graduellement de sa formation, l’Union des citoyens de l’île de Montréal (UCIM, le premier nom d’Union Montréal). La première personne à lui ouvrir des portes fut Sammy Forcillo, actuel conseiller dans Ville-Marie. Celui-ci l’a mis en contact avec le président du comité exécutif de l’époque, Frank Zampino, aujourd’hui accusé de fraude, entre autres avec M. Trépanier, pour la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur.


Environ un mois après cet entretien, un coup de fil de Bernard Trépanier scellait le début d’une relation d’affaires prolifique pour Union Montréal et Genius, anciennement Groupe Séguin. En 2004, Bernard Trépanier, directeur du financement pour Union Montréal, lui a demandé une première contribution de 100 000 $ en prévision de la campagne électorale 2005. L’argent a été livré en plusieurs versements aux bureaux d’Union Montréal. M. Lalonde se souvient de rencontres derrière des portes closes avec M. Trépanier, qui avait l’habitude de fermer les stores.


Ce détail en apparence anodin confirme une partie du témoignage de Martin Dumont. L’ex-organisateur d’Union Montréal a remporté son bras de fer avec la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC), mercredi en fin d’après-midi. Les procureurs de la commission vont retirer de la preuve la déclaration vidéo fournie par M. Dumont le 11 décembre dernier, dans laquelle il avouait avoir inventé un événement au cours duquel Bernard Trépanier aurait compté 850 000 $ devant lui. En revanche, son avocate a retiré sa requête visant à suspendre le contre-interrogatoire de M. Dumont et à faire la pleine lumière sur de possibles violations de ses droits constitutionnels par les enquêteurs de la CEIC. Aussi bien parler d’un match nul.


La genèse d’un surnom


D’un ton calme et détaché, M. Lalonde a permis à la CEIC d’oublier ce sombre épisode et de reprendre son envol en après-midi. À la lumière de son témoignage, le surnom de « monsieur 3 % » allait comme un gant à Bernard Trépanier.


En prévision des futures campagnes électorales, dont celle de 2009, M. Trépanier cherchait à assurer la pérennité du financement illicite du parti. Toujours en 2004, il a donc proposé à M. Lalonde que sa firme de génie verse à Union Montréal 3 % de la valeur de ses contrats majeurs dans la métropole. L’ingénieur a accepté le marchandage. Il a versé son « pizzo » à Union Montréal de 2005 à 2009. Le départ de Bernard Trépanier du parti, en 2006, n’a rien changé au stratagème. M. Lalonde lui versait toujours son 3 %, ce qui suggère que M. Trépanier s’est occupé des finances d’Union Montréal beaucoup plus longtemps que la formation est prête à l’admettre.


La collusion et le financement des partis politiques allaient de pair à Montréal. Les entrepreneurs ne marchaient pas seuls dans ces stratagèmes. Les firmes de génie, du moins Genius, marchaient dans le jeu et se montraient « accommodantes » avec les entrepreneurs qui réclamaient des extra. Lorsque les entrepreneurs étaient à court d’imagination pour trouver des dépenses imprévues, M. Lalonde n’hésitait pas à leur faire des suggestions.


En revanche, le quart de ces extra était « retiré en argent » liquide afin de financer les partis politiques, a dit M. Lalonde.


Ce système bien huilé n’était pas dépourvu de conséquences pour les contribuables montréalais. Ils payaient en moyenne « de 25 % à 30 % » plus cher pour l’exécution des travaux publics. Il n’y avait aucun compromis sur la qualité des ouvrages, assure cependant M. Lalonde.

 

Marché fermé


Les contrats de trottoir, d’égouts et de pavage obéissaient à la logique du marché fermé.


Michel Lalonde n’était pas dupe de ces manigances. Au meilleur de son souvenir, Mivela (Nicolo Milioto), CSF et ATG se partageaient le marché de trottoirs. Catcan (Paolo Catania, le cousin), F. Catania Construction (Paolo Catania) et Garnier Construction (Joe Borsellino) faisaient main basse sur les travaux d’égouts. Soter et Simard-Beaudry (Tony Accurso) se partageaient les contrats de pavage.


M. Lalonde a confirmé indirectement que Genius profitait de l’existence de ce marché fermé. La firme avait pour ainsi dire « des droits acquis » sur l’octroi des contrats à Pointe-aux-Trembles, en plus d’être « très présente » sur les territoires de Rivière-des-Prairies, Montréal-Est, Anjou, Ahuntsic-Cartierville et Saint-Laurent.


Cette domination s’est toutefois estompée après la création de l’escouade Marteau, qui a entraîné une frilosité des municipalités dans l’octroi des contrats. « Ça a commencé à avoir un impact qu’on sent dans le milieu municipal », a dit M. Lalonde.


Le nom de M. Lalonde est ressorti à plusieurs reprises depuis le début des travaux de la commission. Il a notamment participé à 19 rencontres au club privé 357c, à l’invitation de Paolo Catania, avec les principaux protagonistes du Faubourg Contrecoeur.


Son témoignage se poursuit jeudi.

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