L’incinération du réalisateur Nicolaescu sème la controverse

Sergiu Nicolaescu en 1999
Photo: Eugeniu Salabasev Associated Press Sergiu Nicolaescu en 1999

Bucarest – La décision du réalisateur roumain Sergiu Nicolaescu, décédé jeudi, de se faire incinérer a provoqué un tollé en Roumanie : l’Église orthodoxe a refusé de célébrer des obsèques religieuses, tandis que des télévisions diffusent en boucle des débats à ce sujet.


Mort à l’âge de 82 ans après une carrière de 50 ans, auteur de plus de 60 films, le cinéaste, scénariste et acteur a été incinéré samedi à Bucarest avec les honneurs militaires.


Des dizaines d’admirateurs se sont présentés devant le crématoire bucarestois, huant et criant « Honte » après l’incinération, au moment de la sortie de la femme du réalisateur. « Pourquoi on ne l’a pas enterré ? Pourquoi on l’a incinéré ? Le premier ministre aurait dû intervenir », a lancé une femme présente devant le crématoire, alors que d’autres, pour qui M. Nicolaescu fait partie du « patrimoine national », critiquaient vertement la famille du cinéaste.


L’Église orthodoxe roumaine a refusé pour sa part d’organiser une cérémonie religieuse, en estimant que « l’incinération est une pratique non chrétienne ». « Afin de garder le renom de Sergiu Nicolaescu intact dans la conscience du peuple roumain, majoritairement orthodoxe, l’archidiocèse de Bucarest a demandé à la famille du grand réalisateur de l’enterrer de manière chrétienne », a indiqué un porte-parole de l’Église.


Les débats ont même porté samedi sur la couleur blanche du manteau de la femme du réalisateur lors de la cérémonie de crémation. Les admirateurs se sont plaints également de n’avoir pas pu voir le corps du cinéaste, le cercueil étant fermé, contrairement à la coutume en Roumanie. Vendredi, des centaines de personnes ont déposé des fleurs et ont allumé des bougies devant le cercueil de M. Nicolaescu à Bucarest.


La Roumanie est un pays où 89 % de la population se déclare chrétienne orthodoxe.

 

Figure emblématique de la nation


Né en 1930, Sergiu Nicolaescu avait fait ses débuts en 1962 avec un documentaire, avant de réaliser en 1966 Dacii (Les Daces), une grandiose coproduction roumano-française qui devait inaugurer une série de films historiques très en phase avec la propagande communiste de l’époque.


Réalisateur roumain le plus prolifique, il avait également joué dans une trentaine de ses films, incarnant tour à tour le prince valaque Mircea le Vieux, le maréchal pronazi Ion Antonescu (vu comme un héros, en dépit de sa politique antisémite), ou encore le roi Carol Ier.


Entre 1990 et décembre 2012 il avait également siégé au Sénat, sous les couleurs du Front du salut national, puis du Parti social-démocrate (PSD).

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