Trafic de drogue - Deux juges de l’Abitibi font l’objet d’une enquête

Deux juges font actuellement l’objet d’une enquête de la part de la Sûreté du Québec dans le cadre de l’opération Écrevisse concernant le trafic de drogue en Abitibi. De sources bien informées, Le Devoir a appris que le juge Michel Girouard, de la Cour supérieure, et le juge Marc E. Grimard, de la Cour du Québec, ont été nommés par un délateur de la police comme étant des acheteurs de cocaïne.

On ignore si les faits présumés sont récents ou antérieurs à la nomination de MM. Girouard et Grimard, et si l’achat allégué est lié à une consommation personnelle fréquente ou non.


Chose certaine, l’enquête sur les possibles gestes illégaux des deux magistrats est liée à l’importante opération Écrevisse menée en 2010 en Abitibi-Témiscamingue. Cette frappe policière avait conduit à l’arrestation et la mise en accusation d’une cinquantaine de personnes. Ces dernières auraient participé à un vaste réseau de trafic de drogue lié au crime organisé. Plusieurs crimes violents font également partie du dossier. En cours d’enquête, la SQ aurait bénéficié de l’aide d’un délateur pour mener à bien son travail.


« Étant donné que l’opération Écrevisse est devant les tribunaux, nous ne ferons aucun commentaire pour ne pas nuire au processus en cours », s’est borné à dire le porte-parole de la SQ, Guy Lapointe.


Tissé serré


En Abitibi, la situation a provoqué une certaine frilosité. La situation est délicate ; il en va de la réputation de deux juges en exercice, mais aussi de la crédibilité du système de justice, explique-t-on. De plus, le tissu social est tissé serré dans une région comme l’Abitibi, où tout le monde connaît tout le monde, fait-on remarquer après avoir requis l’anonymat.


Les deux juges ont eu leur formation en droit à l’Université de Sherbrooke. C’est en 2010 que Michel Girouard accède à la magistrature. Il a été nommé par le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson. Jusque-là, M. Girouard était associé au sein du cabinet Girouard, Adam de Val-D’Or. Ses principaux domaines de pratique sont le droit des affaires, le droit bancaire, le droit des assurances et le droit de la famille.


Quant à la nomination de Marc E. Grimard, elle remonte à 2004 et a été officialisée par l’ex-ministre québécois de la Justice, Jacques Dupuis. M. Grimard occupait le poste de substitut du procureur général du Québec à Rouyn-Noranda avant de devenir juge. En 1997-1998, il a été bâtonnier du Barreau de l’Abitibi-Témiscamingue.

 

Suspendus


Selon l’information recueillie par Le Devoir, les deux magistrats auraient été relevés de leurs fonctions le temps de l’enquête. Compte tenu de la période des Fêtes, il a toutefois été impossible de joindre MM. Girouard et Grimard ainsi que les juges coordonnateurs en Abitibi, à qui des messages ont été envoyés au lendemain de Noël.


L’opération Écrevisse a fait grand bruit en Abitibi. Il y a eu des accusations de gangstérisme, trafic et possession d’arme, complot et trafic de drogue, production de cannabis, importation de cocaïne et complot de vol qualifié. L’année dernière, des accusations de meurtre prémédité et de complot pour meurtre sont venues s’ajouter.


L’enquête avait permis de saisir de la cocaïne, du haschisch, des champignons hallucinogènes, du cannabis, du crack et un arsenal d’armes à feu (77 armes dont deux mitraillettes). Se sont ajoutés plus de 900 000 $ en argent comptant, des véhicules, un hélicoptère et même un avion.

2 commentaires
  • Leclerc Éric - Inscrit 30 décembre 2012 11 h 05

    L'ex-ministre de la justice Jacques P. Dupuis pourrait nous en dire plus long...

    Ce ministre dans le cabinet Charest a quitté la vie politique il y a quelques années juste avant une autre histoire embarrassante sur des permis d'armes à feu reliée à une agence de sécurité, que savait-il sur l'opération écrevisse? S'il était encore ministre de la justice aujourd'hui comment réagirait-il suite aux révélations qui mettent sur la sellette deux JUGES dont un qu'il a LUI-MÊME nommé et qui doivent, en principe, être AU-DESSUS de tout soupçon?

  • Gilles St-Pierre - Abonné 31 décembre 2012 00 h 56

    Oussé qu'on s'en va ?

    C'est la question qui retentit dans toutes les têtes en ces moments de « grand ménage » au Québec. D’abord les manias de la construction, les mairies, Hydro-Québec et les firmes d’ingénieurs-conseils qui attendent impatiemment leur tour et finalement ceux de l’Assemblée nationale qui ne jurent que par le retour de la commission Charbonneau pour mettre ko le PLQ et assainirent les finances publiques et finalement la magistrature elle-même est ébranlée.
    C’est le temps de la grande purification, même pour ceux du clergé et des clercs tels que St-Viateur et autres qui ont outragé la foi et la confiance des croyants. Toutes ces personnes impliquées dans ces délits ou ces crimes ont tous en commun qu’ils représentent ou représentaient l’autorité en leur lieu. Mais d’où viennent-ils ? Qui sont-ils pour entacher autant nos institutions les plus fondamentales ?
    Dirions-nous que la vérité ne fera jamais assez mal aux yeux, mais il y a longtemps que ces choses existent et se pratiquent; notre histoire en est tapissée. La seule chose qui est vraiment changée aujourd’hui, c’est que tout finit par se savoir et la vérité ressurgit très tôt même des abîmes les plus obscurs. Tous les agissements maintenant laissent des traces, que ce soit par téléphone, caméra ou tout autre média tout est enregistré et indélébile; l’agent de police #728 l’a vite appris et nous du même coup.
    C’est le prix à payer pour cette technique que nous admirons tous, mais plusieurs des personnes incriminées ne l’avaient pas soupçonnée, ni prévu les contrecoups et s’en croyaient d’ailleurs bien à l’abri. Alors qu’on se le dise, ce n’est plus les historiens qui feront la lumières sur les agissements de nos contemporains mais les journalistes du jour et ce, de façon très ponctuelle.
    Peut-être pourrons nous affirmer très bientôt avec la conviction du coeur que vraiment, le crime ne paie pas.