Scénarios de fin du monde - La peur du lendemain

Bruce Beach, un survivaliste, montre son bunker souterrain datant du début des années 1980 à des clients à Hornings Mills, en Ontario.
Photo: La Presse canadienne (photo) Corey Wascinsky Bruce Beach, un survivaliste, montre son bunker souterrain datant du début des années 1980 à des clients à Hornings Mills, en Ontario.

Catastrophe nucléaire, crise économique, réchauffement climatique, virus dévastateur, les scénarios de fin du monde susceptibles d’inquiéter les personnes sujettes à l’anxiété sont nombreux. Et la fameuse prédiction maya, qui prévoit l’apocalypse pour ce vendredi 21 décembre, n’arrange rien à l’affaire.

Le mouvement survivaliste regroupe ces gens qui tentent de se préparer contre une éventuelle fin du monde, en stockant des provisions, de l’eau et des armes, par exemple.


Nancy Lanza, la mère d’Adam Lanza, l’auteur de la tuerie du Connecticut de la semaine dernière, en faisait partie, du moins selon le témoignage de la tante du tueur, Marsha Lanza. Et cette semaine, un reportage de Radio-Canada témoignait de la présence de survivalistes convaincus tout près de Montréal.


Selon Bertrand Vidal, sociologue français qui s’est intéressé au phénomène, le mouvement survivaliste aurait fait son apparition aux États-Unis dans les années 1950, dans le contexte de la guerre froide. «C’était des gens de la classe moyenne qui tentaient de se prémunir contre une guerre nucléaire», dit-il.


Sombres prédictions


Aujourd’hui, certaines personnes croient que toutes les centrales nucléaires pourraient exploser en même temps, ou encore qu’un astéroïde frappe la terre.


Bref, que la fin du monde, si elle n’est pas pour demain, est tout de même imminente.


Lynn Pion, auteure du livre Est-ce que tout le monde meurt?, qui explique la mort aux enfants, a répondu à quelques questions de parents qui s’inquiétaient des effets que ces sombres prédictions avaient sur l’anxiété de leurs enfants.


«Les enfants se demandent comment ça va arriver, qu’est-ce qui va arriver s’ils sont à l’école et que leurs parents travaillent», raconte-t-elle. À ces parents, Lynn Pion conseille simplement de dire que cette prédiction est comme celle d’un film, que «ce ne sont pas des choses qui sont vraies». Et aussi, bien sûr, de donner beaucoup d’amour.


Vulnérabilité


Pour Rosemarie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, de telles prédictions ont un effet sur les personnes les plus vulnérables de la société. Le 31 décembre 1999, l’Ordre des psychologues avait tenu une ligne ouverte pour recevoir les appels angoissés de personnes craignant le chaos ou la fin du monde qui aurait résulté du tournant du millénaire.


«C’était surtout des personnes âgées, isolées, qui avaient attrapé quelques morceaux d’information et qui avaient bâti leur propre histoire angoissante», raconte-t-elle.


Devant la complexité et les défis du monde, la population semble se diviser entre ceux qui s’en font trop et ceux qui ne s’en font pas assez, remarque-t-elle. «Ça part d’une rencontre entre une réalité, des risques réels et une subjectivité.» Dans ce périple, la science, si incomplète soit-elle, demeure la meilleure alliée.