Horreur au Connecticut

Barack Obama s’est brièvement adressé à la nation en milieu d’après-midi, lors d'un discours émotif.
Photo: La Presse canadienne (photo) Carolyn Kaster Barack Obama s’est brièvement adressé à la nation en milieu d’après-midi, lors d'un discours émotif.

L’horreur, vendredi, a franchi un nouveau seuil en s’invitant dans une école primaire, à deux semaines de Noël. Vingt enfants de 5 à 10 ans et sept adultes, dont le tireur présumé, sont morts dans une école primaire de Newtown, au Connecticut. Après une année particulièrement sanglante aux États-Unis, le tragique événement relance le débat autour du contrôle des armes à feu.

En fin de soirée vendredi, on savait encore peu de choses sur le tueur et ses motivations. Le suspect serait Adam Lanza, 20 ans, selon des sources policières citées par les médias américains. Il aurait abattu sa mère, Nancy Lanza, à son domicile, avant de se rendre à l’école Sandy Hook et d’ouvrir le feu vers 9 h 30 vendredi matin. Il se serait ensuite suicidé.

Interrogé vendredi soir par la police, le frère du suspect, Ryan Lanza, n’était pas considéré comme suspect.
 
« Nous avons entendu de gros boums… Nous nous sommes assis dans un coin du gymnase, puis un policier est arrivé. » C’est de la bouche de très jeunes enfants visiblement secoués que le peuple américain a pris connaissance du drame, qui a occupé toute la journée les ondes des chaînes d’information en continu.
 
Obama ébranlé

C’est visiblement ému, le « cœur brisé », que le président Barack Obama s’est brièvement adressé à la nation en milieu d’après-midi. « Nous avons subi trop de tragédies comme celles-ci ces dernières années », a-t-il dit aux journalistes. « La majorité des morts aujourd’hui étaient des enfants. De beaux enfants de cinq à dix ans », a dit le président, se ressaisissant en essuyant une larme en direct à la télévision. « Ils avaient leur vie devant eux », a dit le président, ajoutant que « nous allons devoir nous réunir et prendre des actions concrètes pour prévenir de telles tragédies, sans égard à la politique ».

Paul Vance, du service de police de l’État du Connecticut, a parlé d’une scène de crime « complexe ». Il a confirmé que 18 enfants sont morts dans l’établissement scolaire, alors que deux décès ont été constatés à l’hôpital. Sept adultes, dont le présumé tireur, ont été trouvés morts à l’intérieur de l’école. Une deuxième scène de crime, la maison de la mère du suspect, Nancy Lanza, fait également l’objet d’une enquête. Un blessé est soigné à l’hôpital. Les équipes médico-légales s’affairaient vendredi soir à la difficile tâche d’identifier chacun des corps. « Nous n’avions jamais rien vu de pareil », a dit M. Vance aux médias lors de son dernier point de presse de la soirée. Avare de détails, il a affirmé vouloir « compléter le casse-tête » avant d’aller plus avant.

Selon CNN, le tireur aurait eu en sa possession trois armes : deux armes de poing — Glock et Sig-Sauer — et un fusil semi-automatique 223 Bushmaster, rapportaient vendredi les médias américains. Les armes seraient légales et auraient été enregistrées au nom de la mère du présumé tireur.

Un débat inévitable

Sur Twitter, le réalisateur Michael Moore a déploré que ce soit au moins le 31e massacre à survenir dans une école depuis celui de l’école secondaire Columbine (en 1999), qui lui avait inspiré son documentaire-choc sur les armes aux États-Unis.

Avec cinq drames semblables, 2012 s’achève avec un triste record. C’est aussi la deuxième fusillade la plus meurtrière de l’histoire du pays, derrière celle de Virginia Tech, en 2007, avec 32 morts.

Vendredi, la Maison-Blanche a dans un premier temps déclaré que ce n’était « pas le jour » pour engager un débat sur le contrôle des armes. L’élu démocrate Jerrold Nadler avait immédiatement répondu : « Si ce n’est pas le moment d’avoir une discussion sérieuse sur le contrôle des armes, je ne sais pas quand cela arrivera. Je mets le président Obama, le Congrès et le public américain au défi d’agir au-delà du choc, et d’enfin faire quelque chose. »

Le maire de New York, Michael Bloomberg, militant de longue date d’un renforcement des réglementations sur les armes, a appelé vendredi le président à « envoyer un projet de loi au Congrès ».

« Nous avons déjà entendu la rhétorique. Ce que nous n’avons pas vu, c’est du leadership, ni de la part de la Maison-Blanche, ni du Congrès. Cela doit s’arrêter aujourd’hui », a-t-il écrit sur le compte Twitter de la ville.

« Nous déplorons la mauvaise utilisation des armes à feu », a répondu à l’AFP Alan Gottlieb, fondateur de la Fondation pour le Second Amendement. « Mais il y a un bon côté aux armes qu’on ne doit pas oublier. Ce qui me reste en travers de la gorge, c’est que tous ces crimes complètement fous se sont déroulés dans des lieux où il est interdit d’avoir des armes », a-t-il poursuivi, estimant que les adultes des écoles devraient avoir le droit d’être armés.

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Avec l’Agence France-Presse

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