Gestion et développement - S’approvisionner de manière responsable

Il y a des droits et des principes fondamentaux du travail qui doivent être respectés en matière d’approvisionnement.
Photo: Agence France-Presse (photo) Arif Ali Il y a des droits et des principes fondamentaux du travail qui doivent être respectés en matière d’approvisionnement.

À l’instar de la consommation responsable, l’approvisionnement responsable possède maintenant son Baromètre québécois. Lancée le 11 décembre dernier, cette étude vise à guider les organisations dans l’intégration des critères du développement durable à leurs achats.


Les organisations jugent important de faire de l’approvisionnement responsable, voire d’instaurer une politique en ce sens, pour être cohérentes avec leurs valeurs morales et améliorer leur image de marque, mais les coûts engendrés par cette pratique et les objectifs contradictoires refrènent les ardeurs de certaines. De plus, chez celles qui ont déjà fait des démarches en ce sens, la moitié n’utilise pas des indicateurs pour évaluer leur pratique et les critères sociaux demeurent négligés lors des achats, en comparaison avec les critères environnementaux, qui ont la cote.


Ce sont les conclusions qui ont été soulignées, le 11 décembre dernier, lors du dévoilement des résultats du premier Baromètre québécois de l’approvisionnement responsable, qui se déroulait à la Maison du développement durable. Cette initiative de l’Espace de concertation sur les pratiques d’approvisionnement responsable (ECPAR), réalisée en collaboration avec l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et l’Observatoire de la consommation responsable du Québec, s’est inspirée du Baromètre européen des achats responsables, instauré depuis presque dix ans.


Le Baromètre vise à mettre à l’ordre du jour l’approvisionnement responsable, soit une démarche où les entreprises, organismes et gouvernements s’assurent, dans leurs contrats et leurs appels d’offres, d’acheter des produits et services auprès de fournisseurs qui respectent les critères du développement durable. La Coalition québécoise contre les ateliers de misère (CQCAM) a déjà publié deux analyses où elle comparait les politiques d’approvisionnement responsable de différentes entreprises et organisations publiques pour faire pression sur elles. Le Baromètre consiste plutôt à « donner un reflet de comment ça avance, des pratiques mises en place, pour pouvoir avoir un effet d’entraînement », a comparé Anne-Marie Saulnier, directrice de L’ECPAR.


Première brique


Un questionnaire a été acheminé à 323 organisations. Au total, 61 ont répondu. L’échelle ne permet donc pas, pour l’instant, de généraliser et de déterminer avec précision les tendances au sein de l’ensemble de la société. Mais le Baromètre pose une première brique pour ensuite mesurer les améliorations dans ce domaine, puisqu’il sera publié tous les deux ans. « Ce seront des données à confirmer dans les années à venir, mais pour ça, on compte sur la participation grandissante des organisations à ce type d’étude », a indiqué Hélène Olland, chercheuse à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.


Malgré le taux de réponse, certaines conclusions sont révélatrices : 66 % des répondants ont indiqué qu’ils intégraient des critères d’approvisionnement responsable à leurs pratiques d’achats, alors que 82 % d’entre eux ont souligné qu’ils jugeaient cet enjeu important, voire critique. Ainsi, l’approvisionnement responsable vient au 5e rang des priorités chez les divisions d’achat des différentes organisations, après les objectifs de réduction des coûts, de conformité aux règlements, de contrôle des dépenses indirectes et de réduction des risques.


Entraves et obstacles


Les quatre principaux obstacles à la mise en place d’une pratique d’approvisionnement responsable sont les coûts nécessaires, les objectifs contradictoires - comme tenter d’acheter au plus bas prix tout en respectant les critères du développement durable -, le manque d’information sur les fournisseurs et le manque d’offres de produits ou services écoresponsables.


Présent lors du dévoilement du Baromètre québécois, Olivier Menuet, cofondateur du Baromètre européen d’achat responsable et professeur en achat responsable au HEC Paris, n’a pas manqué de noter un paradoxe : « Le manque de soutien de la haute direction est le frein le plus faible. Et pourtant, en même temps, on s’aperçoit que le deuxième frein en importance, ce sont les objectifs contradictoires. » Il a assuré que le même phénomène s’observe en ce moment en Europe. « Le problème, ce n’est plus les dirigeants, mais la mise en oeuvre sur le terrain. »


Olivier Menuet, aussi directeur des achats à la SNCF, a souligné un autre « manque de maturité » dans la contradiction entre la volonté affichée puis le manque d’argent et de temps invoqué par plusieurs organisations interrogées. « On veut passer de l’autre côté de la montagne, mais on ne veut pas s’en donner les moyens », a-t-il lâché.


Parmi les répondants qui ont affirmé avoir intégré des critères d’approvisionnement responsable, 75 % ont assuré avoir formalisé leur démarche. Vingt-deux organisations ont répondu avoir instauré une politique d’approvisionnement responsable. Un résultat qui a surpris et réjouit Anne-Marie Saulnier. « Quand on se donne une politique, ça veut dire qu’on envoie un message cohérent autant à l’interne, à nos acheteurs et à nos requérants qu’à nos fournisseurs, a-t-elle expliqué. Un code de conduite, c’est bon pour les fournisseurs, mais une politique, c’est un engagement de l’entreprise et ça intéresse toutes les parties prenantes. C’est plus structurant. »

 

Des outils


« Là où le bât blesse », selon Mme Olland, c’est que la moitié des organisations, parmi celles qui font de l’approvisionnement responsable, n’ont aucun des indicateurs de performance pour mesurer leur pratique. « Là, il y a un vrai problème. Dotez-vous d’indicateurs », a lancé Olivier Menuet, un peu secoué par ce résultat.


Si les critères environnementaux sont fortement pris en considération dans les achats, les critères sociaux demeurent profondément négligés. « Le volet social, c’est de s’assurer que lorsqu’on est obligé d’acheter à l’étranger, il y ait des droits et des principes fondamentaux du travail qui soient respectés, a rappelé Mme Saulnier. Il y a des conventions internationales contraignantes de ce côté-là, et qui sont reconnues par tous les pays. Donc, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas les avoir comme exigences. »


Du côté des produits, le Baromètre indique que l’approvisionnement responsable demeure peu appliqué lors de l’achat de produits alimentaires, de cellulaires, d’électronique de bureau, de boissons et d’équipement vidéo. Pour ces produits, il existe pourtant plusieurs outils d’évaluation, a alerté Mme Saulnier. Pour ce qui relève des services, Mme Olland a soulevé que les services d’hébergement étaient les plus rarement choisis en fonction du développement durable, alors que des certifications fiables sont présentes dans le milieu de l’hôtellerie.


Une comparaison avec le Baromètre de la consommation responsable permet de constater que tant les organisations que les consommateurs accordent une plus grande importance aux critères environnementaux, et que, dans les deux cas, le frein le plus significatif demeure les coûts. Tous les deux, ils ont tendance à être moins responsables dans leurs achats de services que dans leurs achats de produits. Par contre, les organisations ont davantage l’impression que leurs achats peuvent déteindre sur leur image et elles ont une meilleure connaissance des différentes certifications que les particuliers.