Ottawa croit que le cas Turcotte mine la confiance en la justice

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu et le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, ont réitéré leur intention de placer les victimes au centre du processus qui suit un verdict de non-responsabilité criminelle.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu et le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, ont réitéré leur intention de placer les victimes au centre du processus qui suit un verdict de non-responsabilité criminelle.

Le gouvernement conservateur a profité de la remise en liberté de Guy Turcotte pour faire la promotion du projet de loi qu’il promet de déposer le printemps prochain afin de resserrer les critères entourant la remise en liberté des accusés jugés non criminellement responsables de crimes violents.


Alors même que la sortie de Guy Turcotte de l’Institut Philippe-Pinel n’était toujours pas confirmée jeudi après-midi, le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, et le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu ont fait une sortie à Ottawa pour réitérer leur intention de placer les victimes au centre du processus qui suit un verdict de non-responsabilité criminelle.


« Pareille décision mine de toute évidence la confiance des Canadiens dans notre système de justice », a déclaré le ministre Moore, en faisant référence au dossier de l’ex-cardiologue. Il n’a pas été en mesure de préciser, toutefois, comment se traduirait concrètement cette volonté de placer les victimes au centre du processus.


« Ce n’est pas normal qu’une victime comme Mme [Isabelle] Gaston [ex-conjointe de Guy Turcotte] vive dans la peur des mois et des mois en sachant qu’une commission de santé mentale prend des décisions souvent basées plus sur le droit du criminel à reprendre sa liberté que [sur] le droit des victimes à être en sécurité », a pour sa part indiqué le sénateur Boisvenu.


Celui-ci s’est également dit préoccupé par les statistiques entourant le nombre de verdicts de non-responsabilité criminelle.


« Au niveau des crimes graves - ici on parle de meurtre, de tentative de meurtre, d’agression sexuelle -, nous avions 60 cas en 1992. Cette année, c’est tout près de 1200 cas, dont 45 % sont dans la province de Québec. Cette évolution rapide du nombre de personnes qui peuvent être reconnues criminellement non responsables, ça aussi nous interpelle », a indiqué le sénateur.


Les deux hommes n’avaient toutefois rien de nouveau à annoncer, ces intentions ayant déjà été exprimées à la fin du mois dernier. Le sénateur Boisvenu a même déclaré que c’est en répétant les choses que les gens comprennent mieux.


Leur intervention s’inscrivait plutôt dans la foulée des commentaires qui ont envahi les réseaux sociaux et alimenté les propos des commentateurs, à la suite de la décision de la Commission d’examen des troubles mentaux. Celle-ci a accordé mercredi une libération sous certaines conditions à Guy Turcotte. Le cardiologue a été jugé non criminellement responsable, en juillet 2011, du meurtre de ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie, commis en février 2009. Les deux enfants étaient âgés de cinq et trois ans.

2 commentaires
  • Jaber Lutfi - Inscrit 15 décembre 2012 09 h 29

    Un doute

    Je sais pas pourquoi mais j'ai un sérieux doute sur cette affirmation. "Au niveau des crimes graves - ici on parle de meurtre, de tentative de meurtre, d’agression sexuelle -, nous avions 60 cas en 1992. Cette année, c’est tout près de 1200 cas, dont 45 % sont dans la province de Québec."
    Un sérieux doute.

  • Franklin Bernard - Inscrit 15 décembre 2012 10 h 25

    Il fallait s'y attendre

    Il ne m'appartient pas ici de commenter la remise en liberté du Dr Turcotte, mais il faut bien constater que les Cons(ervateurs) à Harpeur font flèche de tout bois pour faire avancer leurs idées réactionnaires de serrer la vis à la justice et aux coupables, au nom de ce concept flou de «droits des victimes», qui fleure bon sa bonne conscience. Et qui ne saurait manquer avant longtemps de leur servir de plateforme pour relancer le débat sur la peine de mort. Et qui, en attendant, leur permet de se justifier de construire des prisons et de d'augmenter la sévérité des sentences.