Guy Turcotte est libéré sous conditions

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	Isabelle Gaston croit que son ex-conjoint risque moins de s’en prendre à elle à nouveau s’il réussit sa vie.</div>
Photo: La Presse canadienne (photo)
Isabelle Gaston croit que son ex-conjoint risque moins de s’en prendre à elle à nouveau s’il réussit sa vie.

Guy Turcotte est libre. La Commission d’examen des troubles mentaux a en effet libéré mercredi l’ex-cardiologue qui a admis avoir tué ses deux enfants en février 2009, à condition que ce dernier loge à un domicile approuvé par l’Institut Philippe-Pinel, où il était détenu jusque-là, qu’il poursuive son traitement en psychothérapie et qu’il n’ait aucun contact avec son ex-conjointe, Isabelle Gaston, et le conjoint de cette dernière.

Plus tôt dans la journée, deux psychiatres, l’un, le Dr Pierre Rochette, relevant de l’Institut Philippe-Pinel, et l’autre, le Dr Louis Morissette, agissant à titre privé pour Guy Turcotte, ont témoigné devant la Commission du fait que l’ex-cardiologue ne présentait pas de dangerosité, à court et à moyen terme, pour la société.


On sait que Guy Turcotte a été jugé, en juillet 2011, non criminellement responsable du meurtre de ses deux enfants, Olivier, 5 ans et Anne-Sophie, 3 ans. Le tribunal a considéré qu’au moment du meurtre, Turcotte souffrait de troubles d’adaptation. La Couronne est en appel de cette décision.


Selon le Dr Pierre Rochette, médecin traitant de Guy Turcotte, ce dernier aurait commencé à s’engager véritablement dans un processus thérapeutique après avoir été immobilisé pendant six semaines par une luxation à la cheville, survenue en jouant au volleyball, au mois de mai dernier. Cette immobilisation forcée, au cours de laquelle M. Turcotte a porté un plâtre et s’est déplacé en fauteuil roulant, l’aurait amené à faire davantage d’introspection et à sortir du mode de « fuite en avant » qui l’avait caractérisé à ce jour, pour affronter davantage ses émotions.


Le Dr Rochette a répété plusieurs fois qu’il croyait Guy Turcotte « sincère » dans cette démarche.


Depuis plusieurs mois, M. Turcotte ne prend d’ailleurs aucun médicament autre que celui destiné à soigner la chute des cheveux, a mentionné le Dr Rochette.


Longuement interrogé par les commissaires, Turcotte a patiemment et calmement répondu mercredi à toutes les questions. Il a dit souhaiter par-dessus tout reprendre une vie normale, mais douter que cela soit possible. « Je ne sais pas jusqu’à quel point je vais être capable, mais c’est ce que je veux et ce que je vise », a-t-il dit.


Il souhaite de nouveau être utile à la société. Il fait un peu de bénévolat, bien que plusieurs organismes aient à ce jour refusé son offre de services à cause de son passé.


S’il ne se considère « pas encore prêt à entreprendre des démarches auprès du Collège des médecins », pour retrouver sa licence perdue lors des événements de 2009, M. Turcotte n’a pas renoncé à la possibilité de pratiquer de nouveau la médecine.


Depuis le mois de juin dernier, l’ex-cardiologue bénéficiait d’un programme de sortie régulier, qui avait atteint six jours par semaine dans les derniers mois, alternativement seul et accompagné. Il jouissait d’un soutien adéquat de sa famille et d’amis avec qui il aurait repris contact.


Mais à la fin de septembre, la médiatisation de ces sorties lui a valu d’être invectivé par des badauds, entre autres sur la piste cyclable où il circulait en vélo. À partir de ce moment-là, ses sorties ont cessé de s’accélérer durant une ou deux semaines, pour recommencer à se prolonger ensuite.


Selon le Dr Rochette, M. Turcotte ne présente aucun signe ni de maladie mentale ni du trouble d’adaptation, qui lui avait valu d’être tenu non criminellement responsable du meurtre de ses enfants, survenu en février 2009.


Pour Isabelle Gaston, son ex-conjointe, qui assistait mercredi aux audiences, la société lance ainsi le message qu’on peut tuer sa femme, par exemple, parce qu’on est triste et en colère, et s’en tirer en disant qu’on n’« était pas là », au moment des événements. « Je n’ai jamais cru à la thèse de la maladie mentale », a-t-elle dit. « Pour moi, on vient de relâcher un criminel », a-t-elle dit.


Mme Gaston croit cependant que son ex-conjoint risque moins de s’en prendre à elle à nouveau s’il réussit sa vie. Elle se réjouit qu’il ait entrepris une psychothérapie.


Mais Isabelle Gaston affirme ne plus croire au système de justice tel qu’il se présente aujourd’hui. Selon elle, le verdict rendu lors d’un procès dépend de cinq variables : le juge, les avocats, les experts appelés à la barre, le profil de l’accusé et son portefeuille.


Elle croit plus particulièrement que les juges devraient être plus critiques devant les nombreux témoignages d’experts appelés comme témoins par les parties.


Guy Turcotte doit comparaître de nouveau devant la Commission dans un an. D’ici là, l’Institut Philippe-Pinel se garde le droit de le rappeler si son comportement le dicte.

***

Ce texte a été modifié après publication.
 

33 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 13 décembre 2012 00 h 42

    J'aime les idées d' Isabelle gascon

    Elle ne se gêne pas pour critiquer ouvertement le système de justice tordue de nos tribunaux. Elle a vu les attrocités d'un système de fou

  • Michel Lebel - Abonné 13 décembre 2012 04 h 30

    Une décision prématurée

    Je crois que l'Institut Pinel est allé trop vite en cette affaire fort troublante. L'institution aurait dû au moins attendre le verdict de la Cour d'appel. Cette libération prématurée s'ajoute à un verdict que la grande majorité de la population ne partage pas. L'infanticide est un crime qui lui répugne particulièrement. Et heureusement!


    Michel Lebel

  • Yves Côté - Abonné 13 décembre 2012 04 h 59

    Et bien sûr...

    Et bien sûr, les membres de la dite-Commission garantissent à la société que le délire de Guy Turcotte ne reviendra pas le hanter au point de commetre d'autres atrocités...
    Si les docteurs Rochette et Morissette sont si certains de leur opinion, je leur propose de le garantir en prennant chacun leur tour leur confrère Turcotte chez eux. Ainsi, je serai plus tranquille pour nos enfants.
    Autrement, pour me rassurer sur les grandes certitudes de ses spécialistes de l'esprit humain et des émotions et faire toute confaince au diagnostique prévisionnel de ces deux médecins, la solution pourrait être aussi que les directeurs de cette institution aillent jusqu'à prendre Monsieur Turcotte dans leur domicile.
    Après tout, pourquoi pas ? Surtout qu'avec la si délicate période des Fêtes qui s'annonce en matière d'émotions, alors là oui, je ne pourrai plus que croire dans les prévisions d'innofensivité que nous donne les experts...
    Protéger la société et ses individus vaut-il dorénavant si peu qu'on préfère libérer un malade, malheureux il est sans doute vrai, plutôt que de garantir la société d'une récidive dramatique de celui-ci ?
    La sagesse la plus élémentaire ne commande-t-elle pas que de deux maux, nous devions toujours choisir le moindre ? N'est-il pas préférable de compatir à la tristesse d'un malade qui se trouve malheureusement séparé physiquement de la société, que de pleurer les conséquences irréversibles d'une rechute pour lui.
    Me semble que dans ce genre d'affaire, il vaut mieux ne pas confondre "empathie" et "négligence"...
    Si la veille du drame personne n'aurait pu prévoir le geste, comment aujourd'hui garantir sa non-récidive ? Et si je comprend bien ce que je lis, la direction de l'Institut en question accepte le risque de ne rappeler le patient que lorsqu'il sera trop tard pour d'autres ?!!
    Voyons-voyons, on s'en va où avec ce genre de décision ou faire prendre un risque à la société des Hommes est préférable à la tristesse vécu par un individu ?
    Hein

    • André Pilon - Inscrit 13 décembre 2012 10 h 20

      Monsieur Côté,

      Au niveau comportemental, personne ne peut rien garantir pour personne. Vous semblez croire, comme la plupart des intervenants ici, que Monsieur Turcotte est susceptible de répéter son geste à la première occasion. J'en suis sidéré. On ne parle pas ici d'un tueur en série ni d'un désaxé récidiviste.

      On parle d'un homme qui la veille de la tragédie, était encore un cardiologue grandement apprécié dans son entourage. Si la veille, personne ne pouvait se douter de ce qui allait se passer, c'est précisément parce que cet homme avait eu jusque là une conduite sans reproche notable.

      Vous semblez omettre tout le contexte de sa séparation et de la crise conjugale majeure que cet homnme traversait à ce moment-là. À partir de là, la vraie question: Est-ce qu'une crise conjuguale de cette ampleur est susceptible de se réproduire dans la vie de Monsieur Turcotte? Je ne le crois pas.

      Est-ce que son coup de folie meurtrière est susceptible de se reproduire dans d'autres conditions qu'une crise conjuguale majeure? Je ne le crois pas non plus. Je fais confiance aux spécialistes pour s'en assurer. Il est là leur rôle après la décision rendue par le jury (que je supporte).

      C'est très difficile à avaler, mais après tout ce qui s'est dit sur cette histoire, je crois finalement qu'il faut voir cette tragédie comme un terrible accident, dans lequel le cerveau d'un homme était impliqué.

      Au fond la question que personne ne semble vouloir se poser c'est: est-ce que ce genre d'accident est susceptible de se reproduire avec quelqu'un d'autre? Ou si vous voulez, est-il possible de prévenir ce genre d'accident?

    • Yves Côté - Abonné 13 décembre 2012 13 h 23

      A Monsieur Pilon.
      Merci de m'avoir lu.
      Toutefois, ce qu'il vous semble que je crois n'est pas juste. Non, je ne crois pas que Monsieur Turcotte soit susceptible de répéter son geste à la première occasion. Pas plus que je crois, tel que vous m'apparaissez l'estimer, qu'il soit impossible qu'il tue à nouveau.
      C'est dire comment je suis dans le vague et le flou de l'appréciation de quelqu'un que je ne connais que par la réalité de son geste et les analyse et relations journalistiques de celui-ci.
      Le cerveau de Monsieur Turcotte a malfonctionné au moins une fois dans sa vie. Qui peut convenir autrement, à part bien entendu celles et ceux qui ne croient pas en sa sincérité ?
      C'est donc bien de ce dysfonctionnement, au minimum, qu'il est question ici dans la décision de le remettre, ou pas, en liberté. Et c'est en effet le constat de ce dysfonctionnement grave, très grave, le plus grave qui puisse se produire, qui motive ma position et, à ce qu'il me paraît maintenant, celle d'un nombre conséquent de Québécois.
      Pour décider ou pas de le libérer, la question centrale qu'il faut se poser n'est pas celle de la certitude de sa rechute mental, surtout que personne ne peut le conclure, mais celle de la possibilité qu'il commette un autre crime de sang. Et à cette possibilité, plus que pour quiconque n'a jamais franchi le cap de tuer, j'estime le risque élevé puisqu'il a déjà au moins une fois été capable de le faire...
      Non seulement un tabou social a-t-il été bafoué par le cerveau de cet homme, mais le tabou en question est sans doute le pire qui puisse être pour notre petite société : celui de tuer des enfants innocents.
      Alors Monsieur, SVP, maintenant dites-moi maintenant comment "un cerveau" qui a montré à tous sa réelle capacité à franchir au moins une fois l'ultime limite du pire crime qui soit, peut en arriver à ne pas représenter plus de danger potentiel pour la société que quiconque autre ?
      Vouloir mettre à l'abri la société n'est pas, dans ce cas ci, une outr

  • Linda Larocque - Inscrite 13 décembre 2012 07 h 46

    Où est la justice?

    Turcotte va pouvoir passer des Fêtes en famille? Quelle ironie. Dire que Robert Latimer a passé plus de dix ans en tole pour son geste de compassion. Turcotte n'est plus fou? Il ne l'a jamais été. Il a tué de sang froid ses deux enfants et doit être puni. Mais non, il se balade et espère un jour pratiquer à nouveau comme médecin.
    Que de tristesse chez Isabelle Gaston. Je pense à elle chaque jour et lui souhaite de pouvoir à nouveau chérir un enfant.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 décembre 2012 10 h 35

      Étiez-vous présente dans la tête de M. Turcotte pour savoir tout cela?

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 décembre 2012 07 h 49

    Une luxure de la cheville?

    Je connaissais le fétichisme du pied, mais pas la luxure de la cheville.
    Une petite luxation avec ça?

    • Benoît Munger - Modérateur 13 décembre 2012 09 h 21

      En effet. La correction a été faite.