Violence faite aux femmes - Trop de cas passés sous silence

Un rassemblement pour la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes a été tenu jeudi devant le Palais de justice de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un rassemblement pour la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes a été tenu jeudi devant le Palais de justice de Montréal.

Lorsque Maisy Odjick et Shannon Alexander, 16 ans, ont disparu de la réserve algonquine de Kitigan Zibi, en 2008, la mère de Maisy a aussitôt contacté les policiers.


« Ils lui ont dit que sa fille avait probablement fait une fugue et qu’elle allait bientôt rentrer », raconte Aurélie Arnaud, de Femmes autochtones du Québec. La mère de Maisy avait pourtant dit aux policiers que les filles n’avaient pas pris leurs manteaux et leurs sacs et que ce n’était pas normal, ajoute-t-elle.


C’était en 2008, et Maisy Odjick et Shannon Alexander n’ont jamais été retrouvées.

 

6 décembre


La cause des quelque 600 femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis une décennie est l’un des dossiers de violence faite aux femmes que la Fédération des femmes du Québec voulait mettre en avant hier, à l’occasion de la commémoration de la tuerie de 14 étudiantes de Polytechnique, le 6 décembre 1989.


« Selon plusieurs, le féminisme est allé trop loin, disait hier Alexa Conradi, lors d’un rassemblement pour la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, devant le Palais de justice de Montréal. Pour d’autres, [la tuerie de Polytechnique] était le simple geste d’un fou. Ce sont des stratégies pour contraindre au silence, pour banaliser, pour excuser, pour fuir la responsabilité collective. Voilà le terreau de l’impunité. Voilà ce qui permet à la violence ciblant les femmes de continuer. »


Femmes violentées, femmes battues, femmes autochtones et femmes immigrantes discriminées : le racisme et le sexisme fonctionnent de la même façon, rappelait hier Yasmina Chouakri, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.


Cette semaine, une sénatrice libérale du Nouveau-Brunswick, Sandra Lovelace Nicholas, réclamait à son tour une enquête publique nationale sur la disparition des femmes autochtones au pays. « On demande une enquête publique pour faire la lumière sur les cas de disparition où la réponse policière a été insuffisante, poursuit Aurélie Arnaud. Parfois, il y a aussi des difficultés de concertation entre des services de police, comme la SQ et les Peacekeepers autochtones. »


Dans son livre Invisible Chains, sur le trafic humain au Canada, Benjamin Perrin évoque les liens possibles entre les disparitions de femmes autochtones et les réseaux de prostitution.


« Personne ne sait à ce jour combien de ces disparitions sont liées au marché de la chair et peut-être au trafic sexuel domestique, mais certains croient que les deux sont liés », écrit-il.


À Montréal, une distribution de rubans blancs était entre autres organisée, hier à 16 h, à la mémoire des victimes de la tuerie de Polytechnique.

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