Euthanasie : l’exemple des Pays-Bas

La Haye, Utrecht et Amsterdam – Dans une autre vie, alors qu’elle était médecin pneumologue, Petra de Jong a vu beaucoup de gens décéder. Bien avant que la loi néerlandaise légalise officiellement l’euthanasie en 2002, elle en a aidé quelques-uns à mourir.

« J’étais très contente lorsque la loi est passée, raconte celle qui a depuis fondé aux Pays-Bas une clinique volante permettant aux patients d’avoir accès à l’euthanasie à domicile. Parce qu’à partir de ce moment-là, on pouvait en parler avec nos collègues, discuter des cas. »


Depuis un an, la clinique de fin de vie de Petra de Jong se rend auprès des patients souffrants qui en font la demande conformément à la loi, pour leur administrer un cocktail mortel de barbituriques, puis de curare. Les barbituriques pour endormir les patients, puis un relaxant musculaire comme le curare pour que la respiration s’arrête.


« Mourir de maladie pulmonaire est souvent une façon difficile de mourir, poursuit Petra de Jong, qui a cessé de pratiquer la médecine et qui se contente désormais de militer pour le droit de mourir. Les gens me demandaient : allez-vous être là si je souffre trop ? Allez-vous m’aider ? Dans certains cas, j’étais convaincue qu’aider ce patient à mourir dignement était la seule façon de l’aider de façon humaine. Une mort inhumaine ne devrait pas être une façon de mourir dans une société moderne. »


Les Pays-Bas sont sans doute le pays le plus permissif du monde en matière d’aide médicale à mourir, bien que l’euthanasie soit aussi permise en Belgique et au Luxembourg, tandis que le suicide assisté est autorisé en Oregon et en Suisse. Non seulement les médecins néerlandais sont autorisés à la pratiquer auprès de malades qui ne sont pas en phase terminale, si ces derniers souffrent de façon intolérable et qu’on ne peut pas améliorer leur sort, mais depuis 2008, la pratique s’est élargie pour englober les malades psychiatriques ainsi que les personnes atteintes de démence.


« Auparavant, on ne comptait environ qu’une euthanasie par année pour un cas de démence, alors qu’on en compte désormais 30 ou 40 », constate Theo Boer, éthicien et théologien néerlandais qui siège à l’un des comités de révision des cas d’euthanasie des Pays-Bas, qui font un rapport tous les ans.


« Je crois que c’est une très bonne chose que l’on accepte les cas de démence », considère Maryke Meuwissen, psychiatre néerlandaise retraitée qui agit comme consultante dans les cas de demande d’euthanasie, puisque la procédure exige que l’on obtienne l’avis d’un deuxième médecin indépendant avant de prendre une décision définitive. « Parfois, les gens ne veulent pas continuer de vivre lorsqu’ils ne reconnaissent plus leurs enfants ou lorsqu’ils ont perdu leur capacité de s’exprimer », dit-elle.


Dans les cas où la personne a clairement exprimé, plus tôt dans sa vie, le souhait de ne pas survivre dans de telles conditions, les médecins doivent vérifier, dans la minute qui précède la mort, si la personne comprend ce que c’est que mourir. « Dans un cas de démence, la personne peut acquiescer avec un mouvement de tête », poursuit le Dr Meuwissen.


Pour Petra de Jong, cette manière de faire n’a rien d’alarmant. « On prévoit qu’il y aura un demi-million de personnes démentes aux Pays-Bas en 2040 ! dit-elle. Je suis sûre qu’il y a beaucoup de gens que ça ne dérange pas. Mais il y a des gens, comme moi, personnellement, qui ne voudraient jamais avoir à passer à travers le processus naturel de la démence. Je vais prendre des précautions pour ne pas que ça arrive. »


On estime que 95 % des Néerlandais sont en faveur de la loi permettant l’accès à l’euthanasie, si ce n’est pour eux-mêmes, du moins pour les autres. « Il y a un mouvement relativement fort, mais aussi relativement petit, qui s’y oppose, principalement composé de chrétiens », précise M. Boer.


Deux tiers de refus


Les demandes d’accès à l’euthanasie et à l’aide au suicide ont d’ailleurs bondi au cours des dernières années, pour atteindre 3695 cas en 2011. Ces cas avérés d’euthanasie ne représentent cependant que le tiers des demandes, puisque les deux tiers de celles-ci sont refusées, pour différentes raisons.


« Environ le tiers des demandes d’euthanasie ou de suicide assisté sont accordées, commente Petra de Jong. Un tiers des patients meurent en cours de processus et un autre tiers sont refusés sous prétexte que leur cas n’est pas inclus dans la loi. De ce dernier tiers, nous croyons qu’environ un millier seraient admissibles selon la loi, mais les médecins refusent de leur accorder ce droit. »


C’est pour aider ces personnes qui ne trouvent pas d’aide auprès de leur médecin de famille que la clinique volante de fin de vie a été créée l’an dernier. Elle offre le soutien de 15 équipes d’un médecin et d’une infirmière. « Les médecins peuvent pratiquer environ une euthanasie par mois », explique Walburg de Jong, responsable des relations de presse pour la clinique.


Pour Wilma Cleuren, dont le mari, Ruud Lourens, est décédé au mois d’août dernier grâce à l’assistance de cette clinique, ce service a mis un terme à cinq ans de recherche.


« Ruud souffrait de sclérose en plaques ; il était paralysé à partir du cou. Nous avions demandé à 10 médecins de l’aider à mourir, tous avaient refusé. Lorsqu’il a finalement obtenu l’aide de la clinique, Ruud s’est détendu, s’est mis à faire des blagues. Il voyait le médecin qui avait accepté de l’aider à mourir comme un sauveur. Autrement, la seule solution aurait été d’aller en Suisse », raconte-t-elle.


Contrairement à la Suisse cependant, où la clinique Dignitas offre des services de suicide assisté aux personnes admissibles qui proviennent de l’étranger, ou encore à la Belgique, qui en accepte aussi sous certaines conditions, les Pays-Bas ne pratiquent l’euthanasie et le suicide assisté que pour les citoyens néerlandais.


 
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 1 décembre 2012 19 h 40

    La loi permet

    de demander l'euthanasie, pas de l'exiger et de la recevoir à volonté.

    Un fait à souligner dans cet article, c'est que la très grande majorité des mourants demandant l'euthanasie ne la recevront pas, car ne répondant pas aux conditions établies par la Loi. Par ces refus, on aidera ces personnes à recevoir autres soins et services appropriés.

    Au Québec, l'aide médicale à mourir sera balisée et contrôlée. À raison. Ensemble, nous verrons au respect de ces balises et de ces contrôles.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 décembre 2012 22 h 06

    La Hollande, 7e sur 40 pays

    www.qualityofdeath.org. En 2009 ont paru ces comparaisons sur les soins de fin de vie.

    Fait intéressant : trois pays où l'aide médicale active à mourir est possible, sont dans les dix premiers : La Belgique (5e), La Hollande (7e), et USA (10e). Canada, 9e.

    L'aide médicale à mourir aide à la qualité des soins de fin de vie !