Ces cas nommés «pentes glissantes»

Sur les quelque 1200 malades suivis par la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal chaque année, 20 % des patients seulement finissent par mourir à leur domicile.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Sur les quelque 1200 malades suivis par la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal chaque année, 20 % des patients seulement finissent par mourir à leur domicile.

Lorsqu’on évoque les questions délicates de l’euthanasie et du suicide assisté, le concept de « pente glissante » est souvent évoqué, particulièrement en référence à l’expérience des Pays-Bas qui, on l’a dit, est le pays le plus permissif au monde dans ce domaine.

Pour certains, cette «pente» évoque des cas où l’« euthanasie » aurait été pratiquée sans le consentement explicite du patient. On sait qu’aux Pays-Bas, par exemple, deux médecins ont été acquittés en 1995 pour avoir administré des médicaments mortels à deux enfants, respectivement atteints de spina-bifida et de trisomie 13, à la demande des familles.


Pour d’autres, la pente glissante évoque l’utilisation de médicaments mortels sur des personnes vulnérables ou sur des personnes ne souffrant pas de maladies graves. Pour d’autres encore, il s’agit simplement de la croissance, telle qu’observée aux Pays-Bas, des demandes d’euthanasie d’année en année, ou encore de l’élargissement des critères légaux permettant l’euthanasie.


Avec une équipe de chercheurs, le Dr Antoine Boivin, médecin de famille et affilié à l’Université de Sherbrooke, a entrepris une vaste revue de la littérature mondiale sur le sujet pour savoir quels sont les effets observés tant dans les pays où les pratiques de l’euthanasie et du suicide assisté sont légales que dans d’autres pays.


Ce qui a frappé les chercheurs, d’abord et avant tout, c’est l’absence totale de données sur les pratiques touchant la fin de la vie au Québec et au Canada. « En l’absence de telles études, notent-ils, il sera impossible d’évaluer l’impact des changements législatifs proposés. »


« C’est comme si on légiférait sur le travail au noir en se basant sur les déclarations de revenus de la population », lance le Dr Boivin. La seule donnée disponible est un sondage d’opinion mené par la Fédération des médecins spécialistes, où 11 % des répondants ont dit croire que l’euthanasie se pratiquait « souvent » au Québec, alors que 41 % disaient croire qu’elle se pratique « parfois » et 29 %, qu’elle se pratique « rarement », ceci sans distinction quant à la façon dont ces euthanasies seraient pratiquées.


À l’opposé, aux Pays-Bas, des enquêtes anonymes, systématiquement envoyées aux médecins, permettent d’identifier le nombre de cas pouvant entrer dans la catégorie des différentes « pentes glissantes ».


Ces enquêtes anonymes sont indépendantes des différentes commissions de révision des cas d’euthanasie qui font un rapport au gouvernement des Pays-Bas chaque année.


Le Dr Boivin souligne aussi qu’aux Pays-Bas, la population a très largement accès à un médecin de famille, ce qui n’est pas le cas au Québec. Lorsqu’un médecin suit un patient durant de nombreuses années, il peut être mieux au fait des volontés de ce dernier concernant la fin de sa vie.

5 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 1 décembre 2012 18 h 13

    Pas de pente glissante

    ni de dérapage ni en Hollande ni en Belgique. Voici un appui de taille.

    L’honorable Jean-Louis Baudouin (ex-juge en chef de la Cour d'appel du Québec), à l'issue d'un congrès de juristes en 2009, déclarait : «Les études belges et néerlandaises sur le sujet montrent que le système de contrôle mis en place pour éviter les erreurs [argument dominant des opposants] fonctionne bien et que, s'ils existent, les cas de bavures sont rares ou inexistants.» (Baudoin JL. : Rapport de synthèse Ass'n H.Capitant , Journées suisses juin 2009)

    «C’est comme si on légiférait sur le travail au noir en se basant sur les déclarations de revenus de la population », lance le Dr Boivin.
    C'est une remarque inappropriée et non-éthique.

  • Danielle Hudon - Inscrite 2 décembre 2012 11 h 07

    Quelle pente glissante?

    Au sujet de cet argument de pente glissante et de peur de dérive, je fais confiance aux membres de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité qui mentionnent à a page 76 de leur rapport :
    « La mission en Belgique et aux Pays-Bas nous a permis d’y voir plus clair. Nous n’avons pas observé de dérives associées à la pente glissante appréhendée. »….. «Mentionnons que le groupe d’experts de la Société royale du Canada a également conclu, dans son rapport, qu’il n’existait pas de dérives dans ces pays. Société royale du Canada, Prises de décision en fin de vie, novembre 2011, 138 p. »

  • Linda Couture - Inscrit 3 décembre 2012 15 h 11

    Au delà des concepts faisons face à la réalité québécoise.

    Le Québec pourrait-il vraiment gérer la mort par euthanasie?

    Quelques petites questions pour faire réfléchir... http://www.vivredignite.com/docs/40question.pdf
    http://www.vivredignite.com/docs/ppt_faits_risques

    À noter que les membres de la commission sur la question de mourir dans la dignité ont CHOISI de passer 10 jours en Europe pour mieux comprendre comment se pratique l'euthanasie et pour vérifier s'il ya dérives, en revanche ils ont passé une demie journée dans une maison de soins palliatifs du Québec.
    On comprend vite où étaient leurs priorités...
    Linda Couture, directrice de Vivre dans la Dignité

    • Yvon Bureau - Abonné 5 décembre 2012 10 h 33

      La Commission a été voir et entendre comment l'euthanasie sous conditions (aide médicale à mourir, balisée et contrôlée) peut être complémentaires aux soins palliatifs, dans ces pays. Tout à l'honneur de notre Commission.

      Dans votre lettre, tristes langage et comparaison utilisés.

  • Linda Couture - Inscrit 6 décembre 2012 15 h 50

    L'envers de la médaille de l'expérience belge.

    "Soulager n'est pas tuer? " Voilà les mots qui proviennet de la bouche d'une médecin belge.

    "L’oncologue belge Catherine Dopchie voit dans l’euthanasie la fille aveugle d’une société obnubilée par sa phobie de la souffrance."
    Lire : http://www.lefil.ulaval.ca/articles/soulager-est-p

    Voilà l'expérience belge que la commission québécoise sur la question de mourir dans la dignité n'a pas osé révéler et n'a pas présenter dans son rapport. La commission a-t-elle choisie selectivement de présenter un point de vue afin d'endosser une politique favorable aux pratiques euthanasiques tel que critiqué maintes fois durant les audiences publiques? Quelles seraient les conséquences de ces pratiques dans un contexte de ressources limitées?

    Linda Couture