Commémoration, guérison et indemnisations

Marie Wilson, commissaire à la Commission Vérité et réconciliation du Canada
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Marie Wilson, commissaire à la Commission Vérité et réconciliation du Canada

À partir du mois de janvier prochain, la Commission Vérité et réconciliation du Canada, qui se penche depuis 2009 sur l’histoire des pensionnats amérindiens du pays, tiendra des audiences à Sept-Îles, à Val-d’Or, à Québec, à Chisasibi et à Montréal. Autochtones et non-autochtones sont invités à venir écouter les témoignages d’anciens pensionnaires pour mieux connaître, et mieux comprendre, cet épisode long et douloureux de l’histoire canadienne.

 

Marie Wilson était mariée depuis quinze ans avec Stephen Kakfwi, ancien premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, lorsqu’elle a appris qu’il avait fréquenté les pensionnats amérindiens durant huit ans dans sa jeunesse. Il y a eu de bonnes et de mauvaises expériences, raconte celle qui est devenue depuis commissaire à la Commission Vérité et réconciliation du Canada. Une bonne expérience au collège Grondin, de Fort Smith, qui a formé entre autres des premiers ministres autochtones, des chefs de communauté, des commissaires aux langues officielles. Et une mauvaise au collège Grolier, d’Inuvik, où il a vécu des abus sexuels et physiques.


M. Kakfwi est l’un des 100 000 autochtones canadiens toujours vivants ayant fréquenté les pensionnats autochtones canadiens entre 1870 et 1995, date à laquelle le dernier d’entre eux a fermé ses portes. Une histoire méconnue, particulièrement au Québec, où la population serait moins au fait de ce pan d’histoire qu’ailleurs au Canada, précise Mme Wilson. Une histoire même méconnue des autochtones eux-mêmes. « Mon mari n’a appris qu’il y a cinq ans que sa propre mère avait fréquenté les pensionnats », poursuit Marie Wilson.


C’est à la suite du plus grand recours collectif du Canada, impliquant des victimes des pensionnats amérindiens, que la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens est entrée en vigueur en septembre 2007. La convention prévoyait une indemnisation pour l’ensemble des enfants amérindiens ayant été forcés de quitter leurs familles pour fréquenter le pensionnat, souvent dans des conditions atroces, ainsi qu’une indemnisation particulière pour les pensionnaires ayant subi des sévices physiques, sexuels, psychologiques ou autres sévères. Au-delà de ces indemnisations, l’entente prévoyait des activités de commémoration et de guérison.


C’est ainsi que la Commission Vérité et réconciliation a pour mandat d’enregistrer des témoignages, de rassembler les archives, de créer un centre de recherche, de faire connaître l’histoire des pensionnats autochtones canadiens. « Ce n’est pas une histoire autochtone, c’est une histoire canadienne », dit-il. Autre fait méconnu, 70 % des religieux impliqués dans les pensionnats étaient catholiques, et plusieurs de ces pensionnats fonctionnaient en français, même en dehors du Québec, ajoute Mme Wilson.


Or ces enfants ont été, dès leur plus jeune âge, arrachés aux membres de leur famille, qui ne pouvaient les retenir ni porter plainte sous peine d’être emprisonnés. Une fois sur place, on coupait les cheveux des enfants, on les saupoudrait de poudre contre les poux, on jetait à la poubelle leurs vêtements cousus par leur mère ou leur grand-mère et, surtout, on leur empêchait formellement de parler leur langue maternelle, pourtant la seule qu’il connaissait. « Certains enfants ne sont pas retournés chez eux durant huit ans », raconte-t-elle. Tout cela dans l’objectif avoué de résoudre le « problème indien », relève Marie Wilson, avec l’espoir, fictif, d’assimiler l’ensemble de cette population en une seule génération.


Une récente enquête sur la santé des populations des Premières Nations au Québec le démontrait, les autochtones ayant fréquenté des pensionnats sont beaucoup plus susceptibles de se suicider ou de commettre une tentative de suicide que les autres.


C’est sans parler des nombreux abus qui y ont été commis au nom de cette assimilation. À ce jour, quelque 30 000 pensionnaires autochtones se sont vu accorder une compensation pour des sévices particuliers endurés à l’époque des pensionnats. « C’est un sur trois », note Mme Wilson, puisque 80 000 autochtones se sont réclamés du règlement plus général. Marie Wilson avoue que tant des membres de la Commission que les communautés autochtones ont été étonnés de découvrir que le phénomène des abus sexuels était à ce point répandu dans les pensionnats. « Il y a aussi eu des abus entre les étudiants, dit-elle. Ils se sont fait agresser et ils ont fait pareil avec les plus jeunes », dit-elle. L’Algonquin Dominique Rankin a raconté une partie de ces sévices, endurés au pensionnat des Petits Sauvages, en Abitibi, dans le livre On nous appelait les sauvages, publié aux éditions du Jour.


Il y a eu 12 pensionnats autochtones au Québec, au cours de l’histoire. « Mais il y a des enfants autochtones du Québec qui ont été envoyés dans d’autres provinces. À Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, à Spanish ou à Brantford, ou à Sault-Sainte-Marie, en Ontario », note Mme Wilson.


Il n’était pas rare non plus que des membres d’une même famille soient éduqués dans des pensionnats différents et dans des langues différentes. Mme Wilson relève le cas de deux Cris provenant d’une même famille qui, à leur retour des pensionnats, ne pouvaient plus communiquer entre eux parce qu’ils parlaient respectivement le français et l’anglais.


En plus des audiences ouvertes au public, la Commission tiendra des activités commémoratives sur la question des pensionnats autochtones du 24 au 28 avril à Montréal. Pour parler de ce qui s’est passé ensemble, « comme des amis », dit Mme Wilson, et pour lutter contre le racisme ambiant.

2 commentaires
  • André Giasson - Inscrit 30 novembre 2012 11 h 45

    Verite et reconcilliation

    La verite avec un grand V c`est que les metis du temps de Louis Riel parlaient le "Michif,a dialect that mixed French with Cree and other aboriginal languages such as Ojibway and Dene"
    Je me demande si ce n`etait pas le langage de cette femme agee qui me racontait que les religieuses parlaient francais entre elle en cachette et s`exprimaient en anglais devant les pensionnaires.Elle a du etre pentionnaire environ cinquante annee apres l`execution de Louis Riel qu`on ne peut manifestement pas accuser d`avoir imposer son language a qui que ce soit.
    Cette petite histoire du nord de l`Alberta n`excuse en rien les abus qui ont ete commis au nom de la civilisation mais quand on parle de verite avec un grand V il ne faut pas oublier de se respecter sois-meme.
    Andre bientot du Quebec.

  • André Giasson - Inscrit 30 novembre 2012 13 h 52

    Excusez-moi Madame

    J`ai oublier de mentionner que la citation en anglais etait de Mme Maria Campbell ecrivaine metis qui a etudier Louis Riel en profondeur.Elle est peut-etre associer a l`Universite de la Saskatchewan je ne suis pas certain.
    Andre tout cour tient.