Yasser Arafat sera exhumé dans la discorde

L’exhumation se déroulera à l’abri des regards sur le site du mausolée, où les travaux ont commencé à la mi-novembre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Abbas Momani L’exhumation se déroulera à l’abri des regards sur le site du mausolée, où les travaux ont commencé à la mi-novembre.

Profanation ou épreuve nécessaire ? La dépouille de Yasser Arafat sera exhumée mardi à Ramallah, en présence de juges français qui tentent, huit ans après la disparition du chef historique palestinien, d’élucider les causes de sa mort.

Cette exhumation, à forte charge symbolique, fait écho à des « questions extrêmement sensibles » au sein de la direction et de la population palestiniennes, souligne une source diplomatique. Mystère, théories du complot, luttes de pouvoir et rivalités familiales en composent la toile de fond.


Les juges français chargés de l’enquête, arrivés dimanche soir à Ramallah, assisteront à l’exhumation de la dépouille, enterrée dans un mausolée dans l’enceinte de la Mouqataa, le siège de la présidence de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Des experts suisses et russes seront également présents, à la demande des Palestiniens.


L’opération se déroulera à l’abri des regards, derrière des bâches en plastique bleu qui dissimulent la tombe, où les travaux d’excavation ont commencé à la mi-novembre. « Les experts effectueront les prélèvements, et tout sera fait en quelques heures », a détaillé M. Tiraoui, en précisant que des funérailles officielles seraient à nouveau organisées à l’issue de l’opération. « Yasser Arafat sera réenterré lors d’une cérémonie digne et protocolaire. Nous devons respecter celui qui est un symbole pour le peuple palestinien et pour le monde entier », a-t-il insisté. Les prélèvements seront ensuite envoyés dans des laboratoires des pays participant à l’opération.

 

Empoisonné au polonium ?


Yasser Arafat est mort à 75 ans le 11 novembre 2004 dans un hôpital militaire de la région parisienne, où il avait été transféré avec l’accord des Israéliens qui le confinaient depuis plus de deux ans à la Mouqataa. Aucune information médicale claire sur les causes de sa mort n’a jamais été publiée, et nombre de Palestiniens accusent Israël de l’avoir empoisonné. Mais certains soupçonnent aussi une collaboration palestinienne dans ce décès, sur fond de luttes de pouvoir.


La veuve, Souha Arafat, a porté plainte en France pour assassinat après de nouvelles informations révélées par Al Jazeera sur un possible empoisonnement au polonium, ouvrant la voie à l’exhumation. « C’est une épreuve douloureuse, mais nécessaire, a-t-elle déclaré à l’AFP. Il faut savoir la vérité. » « Profanation », réplique le neveu du défunt, Nasser al-Qidwa, président de la fondation Yasser Arafat. M. Qidwa martèle depuis des années sa conviction qu’Arafat est mort empoisonné par Israël et s’interroge sur « la logique de cette exhumation ».