Donation Hornstein - Et il y aura un nouveau pavillon au musée

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Grands Montréalais 2012

Le couple Hornstein a fait la deuxième donation en importance d’oeuvres d’art dans l’histoire du Canada. Devant eux demeurent la collection Thomson et ses presque deux mille oeuvres et artefacts légués il y a quelques années à l’Art Gallery of Ontario de Toronto. Il n’en reste pas moins que, en offrant toute leur collection au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), soit leurs 80 toiles d’une valeur d’au moins 75 millions de dollars, Michal et Renata Hornstein deviennent des bienfaiteurs incontestés de la ville.

Ils étaient nombreux à se disputer le trésor. Des musées, mais également des collectionneurs privés intéressés par l’une ou l’autre toile de la collection Hornstein. Mais la décision est venue au printemps et elle fait le bonheur du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et, en premier lieu, de sa directrice, Nathalie Bondil : « Au fil du temps, Michal et Renata ont tissé une complicité exemplaire avec nos équipes, qui ont eu l’occasion de les côtoyer régulièrement. Leur coeur les attache à Montréal, leur ville d’adoption tant aimée. En donnant leur collection, ils offrent aux générations futures un témoignage de leur engagement envers une métropole inscrite dans leur ADN. Quand Michal a annoncé la nouvelle de leur don au conseil d’administration, plusieurs membres pleuraient d’émotion, car cette collection raconte l’histoire de leur vie : c’est une part d’eux-mêmes que nos donateurs déposent ailleurs. Céder à un organisme culturel une partie de ce qu’on a de plus cher reste un acte fort qui peut paraître rationnel, mais qui est en fait très émotif. Ce don mérite le plus grand respect. Le MBAM est extrêmement heureux de recevoir cette collection, convoitée au-delà des frontières, et de la conserver pour le Québec. »

 

Sans hésitation


Pour Michal, il n’y a eu aucune hésitation. Une collection, c’est effectivement l’histoire de toute une vie, c’est aussi une histoire d’amour. Pas question de disséminer les oeuvres. Pas question de la vendre, le couple ne manquant pas d’argent. « Alors, quitte à la donner, autant l’offrir à une institution culturelle à laquelle je suis très attaché et depuis de nombreuses années, concède-t-il. À une institution culturelle qui touche tellement peu d’argent pour faire de nouvelles acquisitions. Le fédéral alloue chaque année neuf millions de dollars au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, seulement pour acheter de nouvelles oeuvres… et seulement 100 000 $ au MBAM ! Je vis à Montréal depuis 60 ans, cette ville m’a tant donné. J’aime les Montréalais, j’aime les Québécois, ils sont tellement sympathiques ! Cette donation, c’est une sorte de remerciement, une réciprocité. »


C’est certain que le Musée des beaux-arts n’aurait jamais pu se permettre d’acheter ne serait-ce qu’une seule des oeuvres de cette collection. « En tant que musée, nous allons consolider notre position, affirme Nathalie Bondil. Concernant les maîtres anciens, nous nous placerons maintenant juste derrière le Musée des beaux-arts du Canada. Avec le nouveau pavillon, nous allons être capables de tracer une ligne depuis le Moyen Âge jusqu’aux impressionnistes. Je suis certaine que ça va être une joie pour nos visiteurs. Il faut comprendre que ce sont des oeuvres extrêmement difficiles à acquérir et qui sont très en demande. Cette donation renforce notre statut d’un point de vue international, notamment pour la grande période hollandaise et flamande. »

 

D’Hollande et de Flandres


La force de cette collection qui couvre plusieurs siècles, depuis la Renaissance jusqu’à l’avènement de l’art moderne, repose sur un ensemble remarquable, tout en mettant l’accent sur les peintures hollandaise et flamande de l’âge d’or, à savoir le XVIIe siècle. Quelques-uns des plus grands noms de cette période y sont réunis, depuis les petits panneaux et autres toiles intimistes jusqu’aux compositions monumentales pouvant dépasser les deux mètres de hauteur. La collection se distingue non seulement par l’éventail des artistes et des courants représentés, mais aussi par la qualité des oeuvres et leur excellent état de conservation. Parmi elles, un chef-d’oeuvre de Jan Steen, Le retour de l’enfant prodigue, ainsi que le rare et splendide portrait de Jan Lievens intitulé Vieux savant dans son cabinet. Deux toiles extraordinaires de profondeur, qui ont fait l’objet de nombreuses propositions d’achat. « Mais nous voulons que nos oeuvres continuent à être vues, explique tout simplement Michal Hornstein. Et la collection permanente du Musée des beaux-arts est gratuite en tout temps. »


Philanthrope, le couple l’est certainement dans le domaine de l’art, mais également en santé. Pratiquement tous les grands établissements hospitaliers de Montréal ont, à un moment ou un autre, bénéficié de l’argent de M. Hornstein. De l’argent gagné via sa société. À Montréal, il a construit plusieurs luxueuses tours à condos, notamment celle dans laquelle le couple vit depuis 28 ans. Un penthouse de plusieurs milliers de pieds carrés au 17e et dernier étage, dans lequel les oeuvres de la collection s’insèrent merveilleusement. Un appartement dans lequel de nombreux hommes politiques sont passés à l’occasion de cocktails et de dîners. Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jean Chrétien, Clément Richard… et plus récemment Raymond Bachand, alors ministre des Finances du Québec. Impressionné par la collection, il accepte la seule contrepartie énoncée par Michal et Renata Hornstein en échange de leur donation : que le gouvernement du Québec finance la construction d’un nouveau pavillon dans lequel les oeuvres prendront place. « Nous aimons nos toiles plus que tout, explique Michal. Nous ne les donnons pas pour que le musée les stocke dans ses caves. Nous désirons qu’elles soient vues. »


Le nouveau pavillon sera construit d’ici 2017. Mais Michal et Renata souhaitent, quant à eux, que tout cela aille plus vite et que l’inauguration ait lieu au plus tard à la fin de l’année 2013. « Nous sommes tous les deux en bout de course, assume Michal. Mais, avant de mourir, nous voudrions tellement voir notre collection sur les murs du musée. »


Collaboratrice