Renaissance - Pour l’insertion sociale

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Grands Montréalais 2012

La contribution à la société montréalaise de l’organisme sans but lucratif Renaissance, fondée en 1994 par Pierre Legault, n’est certes pas étrangère à la nomination de ce dernier comme Grand Montréalais dans le secteur social. Survol de cet organisme dont le succès ne s’est jamais démenti.

« L’idée d’un projet comme Renaissance a vu le jour lorsque je travaillais à Moisson Montréal, raconte Pierre Legault. Moisson Montréal fait oeuvre utile, car la distribution de nourriture aux personnes et familles dans le besoin est nécessaire, malheureusement encore aujourd’hui. Mais je croyais que ce n’était pas suffisant. Mon travail avec Moisson Montréal m’avait fait comprendre que plusieurs utilisateurs de ces banques alimentaires étaient des personnes souvent exclues du marché du travail. Soit qu’elles n’avaient jamais réussi à y pénétrer, soit qu’elles avaient perdu un emploi et n’arrivaient pas à en retrouver un autre. Je me suis dit qu’il fallait les aider à entrer ou à retourner sur le marché du travail. »

 

Une philosophie d’organisme


Le conseil d’administration de Moisson Montréal aimait cette idée, mais elle ne cadrait pas avec la mission de l’organisme. Moisson Montréal a plutôt choisi d’offrir à Pierre Legault de lui payer un salaire le temps qu’il monte lui-même un nouvel organisme capable de répondre à ce besoin. Ainsi est né Renaissance.


« La mission première de Renaissance était, et est toujours, l’insertion sur le marché du travail, qui est, à mon avis, le premier pas vers une véritable insertion sociale. Avant de mettre sur pied Renaissance, j’ai regardé ce qui se faisait ailleurs. Il y avait le modèle français, qui prônait la création de postes temporaires permettant aux participants d’acquérir des habiletés et de reprendre confiance en soi. Le placement permanent se faisait donc à l’extérieur de l’organisme. J’aimais bien ce modèle parce qu’il permettait d’aider davantage de personnes. »


Pierre Legault pousse encore plus loin sa réflexion. « Je me suis demandé pourquoi le social et l’économie ne se mélangeaient jamais. Pourquoi ne pourrait-on pas atteindre nos objectifs sociaux tout en dégageant une marge de profit avec nos activités ? À l’époque, pour certains, c’était là une hérésie. J’ai trouvé ma réponse du côté des États-Unis, où un organisme, la fédération Goodwill, avait adopté cette démarche et cette façon différente de faire des affaires. D’où l’idée d’ouvrir une boutique de vêtements usagés dont la marge de profit servirait à soutenir l’insertion sociale. Au fond, Renaissance, c’est la combinaison de ces deux approches. »


Un réseau


La première boutique, appelée Fripe-Prix, a vu le jour en 1995 et a pignon sur rue boulevard Saint-Laurent, dans l’édifice où loge le siège social de cette entreprise d’économie sociale. Le réseau compte maintenant 11 magasins. « On a placé nos magasins dans des quartiers où il existe suffisamment de clientèle pour nos produits. On a appris à faire du commerce sur le tas et l’on s’est servi des mêmes principes que ceux que l’on retrouve partout dans le commerce du détail. Il faut s’assurer de la qualité du produit, que le prix demeure accessible et que la variété est au rendez-vous. »


Mais il faut aussi alimenter les boutiques. « Au départ, on se servait de boîtes de collecte, mais ensuite on a choisi d’ouvrir des centres de dons que l’on a placés, évidemment, dans des quartiers plus à l’aise. » Le réseau en compte maintenant 17, dont trois comprennent aussi une librairie d’occasion.


Une autre importante étape du développement de Renaissance a été la signature d’une entente avec Emploi-Québec. « Nous sommes reconnus par Emploi-Québec comme organisme d’insertion sur le marché du travail et les salaires de nos participants à notre programme d’insertion sont défrayés par Emploi-Québec. »


En presque vingt ans, cette entreprise sans but lucratif s’est passablement développée. Le chiffre d’affaires annuel de Renaissance avoisine 17 millions de dollars. L’entreprise compte 250 employés permanents. S’ajoutent à cela 125 postes temporaires en insertion. « Comme ces postes temporaires sont de six mois, c’est donc 250 personnes qui passent chaque année par notre programme d’insertion. » Depuis sa fondation, Renaissance a accueilli 3300 participants à son programme d’insertion, dont 80 %, soit environ 2650 personnes, ont trouvé un emploi ou sont retournées aux études. Renaissance peut compter aussi sur l’appui d’une centaine de bénévoles.


Pour la suite des choses


Si l’ouverture de nouvelles boutiques est prévue, c’est surtout la consolidation du réseau de centres de dons qui demeure pour l’instant la priorité. Déjà, plus de 400 000 personnes ont fait des dons à Renaissance. « On a beaucoup de soutien de nos donateurs parce que la mission de Renaissance les rejoint. D’une part, ils peuvent recycler leurs biens, ce qui rejoint leurs préoccupations environnementales, mais ils savent aussi que leurs dons servent à dépanner des personnes dans le besoin tout en contribuant à amener des gens exclus sur le marché du travail. »


Il y aura donc ouverture de nouveaux centres de don, mais Pierre Legault demeure muet sur leur emplacement possible de manière à ne pas favoriser ses concurrents. Car concurrents il y a, et ce sont trop souvent des entreprises privées. « On trouve de plus en plus sur le marché des entreprises privées qui signent des ententes avec des organismes sociaux afin que ces derniers ramassent des dons en échange d’un certain soutien à leur cause. Mais le donateur ne sait pas que son don sert aussi à enrichir une entreprise privée. C’est parfaitement légal, mais c’est à mon avis un détournement de biens qui devraient aller à des organismes sans but lucratif. »


Collaborateur