Secteur social - Dans la ville de toutes les cultures

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le fondateur et directeur général de Renaissance, Pierre Legault, apprécie un certain modernisme propre à Montréal, représentée entre autres par des initiatives comme Équiterre ou Communauto ou le récent engouement des Montréalais pour l’agriculture urbaine.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le fondateur et directeur général de Renaissance, Pierre Legault, apprécie un certain modernisme propre à Montréal, représentée entre autres par des initiatives comme Équiterre ou Communauto ou le récent engouement des Montréalais pour l’agriculture urbaine.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grands Montréalais 2012

Nommé Grand Montréalais dans le secteur social, Pierre Legault, fondateur et directeur général de Renaissance, a une vision toute personnelle de ce qui fait de la métropole québécoise une ville agréable et stimulante. Entrevue montréalaise, donc.

Natif de Montréal - il est né dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et a grandi à Montréal-Nord, Pierre Legault habite toujours Montréal. « Ce que j’aime en particulier de Montréal, c’est que c’est une ville qui a une âme. Et cette âme, c’est beaucoup sa dimension artistique et culturelle. On n’a qu’à penser aux nombreux festivals et événements culturels qui parsèment l’année pour s’en convaincre. Montréal est une ville en vie et on y trouve beaucoup de gens qui créent et qui inventent. »


Mais son enracinement et son attachement à Montréal ne sont pas chez lui synonymes de repli sur soi. « J’ai beaucoup voyagé dans ma vie et j’ai commencé à le faire jeune homme. J’ai visité l’Europe, l’Asie, la Chine, l’Australie, l’Afrique, autant dire que je me suis passablement baladé dans plusieurs coins de la planète aux cultures fort différentes. Et ce que j’apprécie de Montréal, c’est que j’y retrouve cette même diversité culturelle. Montréal est une ville où les multiples cultures se rencontrent et vivent en harmonie. C’est une ville d’une grande ouverture au monde. Et comme, personnellement, j’aime la différence, Montréal est une ville où il est possible d’avoir des échanges très riches avec différentes cultures. Montréal n’est pas seulement la métropole du Québec, c’est aussi à mes yeux une sorte de métropole de la planète. »


Il apprécie tout particulièrement un certain modernisme propre à Montréal. « Je pense que les Montréalais ont intuitivement compris que le XXIe siècle sera différent du XXe siècle. On trouve beaucoup de gens à Montréal qui cherchent à repenser le modèle économique dominant. Il se fait présentement énormément d’expérimentation en ce sens. Je pense à des initiatives comme Équiterre ou Communauto ou au récent engouement des Montréalais pour l’agriculture urbaine. Le modèle dominant change et Montréal est aux premières loges de ce changement. C’est aussi ce qui en fait sa beauté et son charme. »


Trop d’exclusion encore


Mais son amour de Montréal ne vient pas pour autant brouiller sa lucidité. « Il y a encore trop de gens à Montréal qui sont exclus du système, j’en suis malheureusement trop souvent témoin. Le modèle économique dominant est conçu pour éjecter les personnes du système. C’est comme un merry-go-round qui tourne toujours de plus en plus vite. Seuls les plus forts auront la possibilité de s’agripper, les plus faibles seront éjectés. »


Il déplore aussi que Montréal n’échappe pas assez à cette course folle qu’est la vie moderne. « La société va de plus en plus vite, les gens ont de moins en moins de temps à leur disposition, pris qu’ils sont par le tourbillon. Et ce manque de temps se traduit aussi par un manque de temps pour s’occuper davantage des exclus. »


Souhaits pour Montréal


Il aimerait bien que Montréal tourne davantage le dos à toute cette frénésie induite par le modèle économique dominant et se fasse plus inclusif. « Il nous faut plus de programmes aidants. Prenons le cas des personnes handicapées. Plusieurs d’entre elles peuvent travailler et ce sont de bons employés. Pourtant, elles ont de la difficulté à se trouver du travail. Au fond, elles n’attendent qu’une chance pour contribuer à la société et faire leur place au soleil. »


Idem pour les personnes immigrantes. « Il faut mieux intégrer les immigrants, il faut en faire davantage qu’on n’en fait présentement. Il faut privilégier le principe d’accompagnement et mettre en place des mécanismes afin de mettre à contribution les personnes présentement exclues. »


Selon lui, ne pas le faire relève du non-sens. « Ce sont des ressources incroyables dont on se prive. C’est d’autant plus absurde qu’on manque de main-d’oeuvre et que le vieillissement de la population ne viendra qu’aggraver la situation. À trop chercher le travailleur mythique et parfait, on ne regarde pas ailleurs et on rate ce que d’autres ont à donner. Trop de personnes en suspens, trop de personnes exclues de la société, incapables de contribuer à l’économie, mine la compétitivité d’une ville. Il ne faudrait pas que ça devienne le cas de Montréal. Nous avons la responsabilité collective de permettre à tous ceux qui le veulent et le peuvent de contribuer à leur manière à l’épanouissement de Montréal. »


Il souhaite donc que les citoyens et citoyennes de Montréal fassent leurs les principes d’une économie plus juste et plus équitable. « Il faut humaniser l’économie. Il faut s’éloigner du modèle de l’humain au service de l’économie et le renverser. L’économie se doit plutôt d’être au service de l’humain. Je sens que les Montréalais ont déjà commencé à prendre ce virage et je souhaite que cela s’accentue. »


Mais par où commencer ? « Que peut-on faire ? S’il y a une dimension sur laquelle nous pouvons agir, c’est celle de l’emploi. Il faut faire en sorte que le plus grand nombre de nos citoyens aient la possibilité de s’intégrer au marché du travail. Car c’est par le travail qu’on s’intègre à la société, qu’on prend confiance en soi et qu’ensuite on peut mieux contribuer à sa société et à son avancement. »