Chanter la pomme

Rachel et Laurent Charbonneau, fondateurs du verger Au Paradis des fruits, en 1961, qui a été repris par leurs enfants.
Photo: Patrick Sanfaçon Rachel et Laurent Charbonneau, fondateurs du verger Au Paradis des fruits, en 1961, qui a été repris par leurs enfants.

D'accord, elles sont maintenant disponibles à l'année dans toutes les fruiteries. Mais le plaisir de repérer sur l'arbre la pomme qui semble parfaite, de la cueillir délicatement puis d'y mordre à belles dents, ce plaisir gourmand qui est aussi prétexte à profiter des dernières belles journées de l'été, ne se trouve pas sous les néons des épiceries.

Si l'arbre généalogique de la pomme a des racines jusque dans l'Anatolie du Néolothique, il a fallu attendre l'an 1617 pour qu'un premier pommier débarque en Nouvelle-France, dans les bagages du colon Louis Hébert. Quelques années plus tard, en 1650, les sulpiciens aménageaient le premier verger québécois sur les flancs du mont Royal.

Il n'en fallait pas plus pour que le Québec tombe dans les pommes : aujourd'hui, 67 % des Québécois identifient la pomme comme étant leur fruit préféré — les Américains, eux, choisissent plutôt la banane. Et la province compte plus de 700 pomiculteurs qui produisent chaque année environ 97 000 tonnes de fruits, selon les chiffres diffusés par leur fédération.

Plus rouges ou plus sucrées, plus croquantes ou plus juteuses, les pommes d'aujourd'hui ont toutefois dû s'adapter pour répondre aux goûts changeants des consommateurs. Au Paradis des fruits, à Dunham, la famille Charbonneau-Poitras mise ainsi sur la diversité en proposant pas moins de 22 variétés aux cueilleurs. Parmi les plus connues : l'incontournable McIntosh, idéale à croquer, ainsi que pour les jus et purées ; la Lobo, au goût plus acidulé ; la Délicieuse jaune, qui garde sa forme à la cuisson, ce qui la rend parfaite pour les tartes ; et la Cortland, qui a la particularité de ne pas brunir rapidement, ce qui la désigne pour les salades. Mais la vedette du verger est une nouvelle venue chez nous, la Royal Gala, choisie pour sa chair ferme et sucrée.

De cette façon, à chacun sa pomme, expliquent Thérèse et Pierre Charbonneau, les enfants des fondateurs du verger. « Quand les gens se présentent au kiosque pour de l'autocueillette, on leur demande d'abord ce qu'ils recherchent comme caractéristiques afin de leur suggérer, parmi les variétés à maturité, celle qui leur conviendra le plus. »

À hauteur d'homme

Après les consignes d'usage — ne choisir que les pommes mûres, celles qui sont bien colorées et d'une bonne taille, et les cueillir délicatement, en les faisant basculer vers le haut —, place à la cueillette. Armés de sacs, les gourmands traversent les rangs de pommiers vers l'arbre élu. Et là, surprise. Adieu, échelles et contorsions pour atteindre les fruits. Les pommiers d'aujourd'hui sont nains, à peine plus hauts qu'un homme, et les pommes, à portée des mains d'enfants.

«Les pommiers nains sont plus faciles à tailler, assure Pierre. Et comme la disposition de leurs branches permet aux pommes d'être mieux exposées au soleil, ils produisent un pourcentage plus élevé de beaux fruits que les arbres de taille standard. »

Autre avantage : les pommiers nains demandent moins de pesticides que les autres. Une caractéristique qui a pesé lourd dans la balance pour les propriétaires du Paradis des fruits, qui ont choisi de pratiquer une agriculture écologique en limitant au strict minimum l'utilisation de produits chimiques. « La principale menace pour les pommes, c'est la tavelure, explique Pierre, une maladie causée par un champignon qui fait noircir le fruit. On arrose donc en début de saison, mais seulement quand les conditions sont propices au développement de la maladie. »

Et pour déterminer les risques, pas question de se fier uniquement à son intuition. Une station météo installée dans le verger et reliée à un ordinateur relève la température et mesure le degré d'humidité des feuilles des pommiers. C'est elle qui donne l'alerte quand une pulvérisation est nécessaire. « Et nous utilisons un produit très spécifique, ce qui évite de détruire les insectes prédateurs, qui peuvent donc jouer leur rôle et contrôler les parasites. »

En pratiquant cette lutte intégrée, les Charbonneau-Poitras évitent d'avoir recours à des insecticides. Et comme ils ne cirent pas leurs fruits, rien ne vient ternir le plaisir du cueilleur gourmand mais soucieux de sa santé.

Ces derniers seraient d'ailleurs bien bêtes de ne pas succomber. En plus d'être un aliment hydratant hors pair grâce à ses 85 % d'eau, la pomme est en effet particulièrement riche en vitamines A et C, ainsi qu'en fibres et en potassium. Des études la lient à la prévention du cancer de la prostate, du foie et du côlon, au soulagement des maladies respiratoires comme l'asthme, et à la réduction du taux de cholestérol.

Finalement, le fait de mordre dans une pomme fraîche, en massant les gencives et en débarrassant les dents des particules de nourriture, contribue à la santé des dents. Alors, pommes de reinette ou pommes d'api, peu importe. L'important, c'est de croquer !

Au Paradis des fruits

519, route 202, à Dunham

(450) 295-2667

Autocueillette des pommes jusqu'à la fin d'octobre. Ce week-end, les McIntosh, les Lobo et les Royal Gala, notamment, sont à point.

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