Prix Armand-Frappier - Le biologiste est devenu gestionnaire

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Edwin Bourget, biologiste
Photo: Rémy Boily Edwin Bourget, biologiste

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Edwin Bourget reçoit le prix Armand-Frappier pour l’étendue de sa contribution à l’avancement de la science au Québec. Biologiste, il s’est aussi grandement engagé dans la société civile, notamment par son soutien à la création d’entreprises innovantes.


Si Edwin Bourget est né en Abitibi, ce n’est pas la forêt qui a en premier enivré sa jeunesse, mais plutôt le fleuve Saint-Laurent. « Ma famille a déménagé aux Îles-de-la-Madeleine quand j’étais enfant. À 15 ans déjà, je savais que je voulais faire carrière en biologie marine. »


Après l’obtention de son baccalauréat et de sa maîtrise en sciences, il obtient en 1974 son doctorat en biologie marine à l’Université du pays de Galles, en Grande-Bretagne, sous la direction du professeur D. J. Crisp. La méthode scientifique du professeur Crisp aura une influence déterminante sur son approche de la recherche scientifique. Après un bref séjour à l’INRS-Océanologie à Rimouski, il devient en 1976 professeur et chercheur au Département de biologie de l’Université Laval.


Contribution scientifique


Le champ de recherche d’Edwin Bourget en biologie marine est celui des invertébrés marins, en particulier ceux de la communauté benthique, c’est-à-dire les invertébrés qui vivent accrochés aux fonds marins. « Ce qui m’intéressait d’abord, c’était l’abondance de ces invertébrés et leur distribution. Pourquoi trouve-t-on une espèce à un endroit et une autre espèce ailleurs ? Pourquoi la distribution n’est pas uniforme et se fait plutôt sous forme de taches ? Pourquoi certaines espèces ont des préférences pour certains habitats ? Au fond, ce qui m’a toujours fasciné, ce sont la structure de ces communautés et leurs emplacements. »


Et, pour réaliser ses études et recherches, il n’a pas hésité à faire des emprunts à d’autres disciplines scientifiques, com-me le génie civil et électrique, la géomatique, les mathématiques et même la génétique. C’est là que l’influence du professeur Crisp entre en jeu. « Le professeur Crisp avait une formation de chimiste, mais il était un spécialiste des sciences marines. Il ne croyait pas au cloisonnement des disciplines. Pour lui, la science était un tout. Mais, comme il est impossible de tout connaître, j’ai cherché plutôt à établir des collaborations avec des chercheurs oeuvrant dans d’autres disciplines. »


Au fil des ans, Edwin Bourget s’est intéressé de plus en plus à l’organisation de la recherche scientifique. « Ça s’est fait progressivement. On me confiait la direction d’un groupe de recherche et puis d’un autre. J’ai ensuite accepté la direction du département et, de fil en aiguille, je me suis engagé davantage dans l’administration de la recherche. J’ai compris alors que la qualité de l’organisation comptait beaucoup dans le succès d’un groupe de recherche. »


Le moment décisif se produit lorsqu’il accepte le poste de vice-recteur à la recherche à l’Université de Sherbrooke, en 2001. « Ce fut une décision difficile, car il s’agissait d’un point de non-retour. La charge de travail que cela impliquait faisait en sorte que je ne pouvais plus me maintenir dans les ligues majeures comme chercheur en biologie marine. »


Il a donc concentré ses efforts sur l’amélioration de la recherche scientifique à l’université. « Mon objectif était de mieux structurer la recherche afin d’aider les chercheurs à trouver des fonds et, conséquemment, à bonifier la recherche. Il y a une corrélation entre la structure de l’organisation, le montant des fonds qu’elle peut aller chercher ainsi que la qualité et le volume de recherche qu’on peut faire. » Il a donc mis en place des structures de gestion et a contribué à la création de plusieurs centres et groupes de recherche.


En 2007, il revient à l’Université Laval en tant que vice-recteur à la recherche, où il poursuit le même type de développement de la recherche scientifique en lançant, entre autres, un vaste programme de création de chaires de recherche, plusieurs en collaboration avec le secteur privé. « Mais nous avons pris soin de bien baliser le tout, afin qu’il n’y ait pas d’ingérence de la part des entreprises privées. »


Tout au long de sa carrière de gestionnaire scientifique, Edwin Bourget n’a jamais hésité à s’engager dans des organisations civiques afin de promouvoir le développement économique, notamment en favorisant la création d’entreprises innovantes. Il est d’ailleurs toujours, malgré sa retraite, le président du conseil d’administration du Parc technologique du Québec métropolitain. « En tant que gestionnaire universitaire, on doit développer au sein de son organisation. Mais on peut le faire autrement qu’en vase clos. Il faut être au fait des ententes et des besoins des acteurs de la société civile. »


Il explique son engagement par un besoin de redonner à la science. « La science m’a énormément donné, ce que j’appelle la pierre philosophale, c’est-à-dire le devoir du doute. Pas celui du doute qui paralyse, mais celui qui fait questionner et avancer les choses. Le doute qui fait écouter, car on sait qu’on ne détient pas toujours la vérité. »



Collaborateur