Prix Lionel-Boulet - De la plante au vaccin

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Louis-Philippe Vézina a fait le saut de l’université au monde des affaires, avec Medicago.
Photo: Rémy Boily Louis-Philippe Vézina a fait le saut de l’université au monde des affaires, avec Medicago.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2012

Louis-Philippe Vézina, lauréat du prix Lionel-Boulet, est le fondateur de Medicago inc, dont il est le vice-président et le chef des opérations scientifiques. Il a consacré ses compétences de chercheur expert dans le domaine des plantes à mettre en orbite cette entreprise biopharmaceutique, présente sur le marché boursier, spécialisée dans le développement de nouveaux vaccins et de protéines thérapeutiques.


« Déjà au baccalauréat, se rappelle Louis-Philippe Vézina, je me suis orienté vers l’étude des plantes, au Collège Macdonald de l’Université McGill. » Par la suite, il obtiendra une maîtrise en physiologie végétale de l’Université Laval et, à l’Université Carleton, un doctorat en biochimie et en biologie moléculaire des plantes. Des études postdoctorales suivront à l’Université de Warwick au Royaume-Uni.


« Vers les dernières années du bac, j’ai connu des professeurs qui m’ont réellement motivé et intéressé à la ferme de McGill à Sainte-Anne-de-Bellevue. » Il est alors piqué par la recherche : « Après mon retour à Québec, mes études ont basculé assez rapidement vers la biotechnologie à Laval : cette science existait à peine à la fin des années 1970. »

 

Chercheur et entrepreneur


Il obtient son premier emploi auprès du ministère fédéral de l’Agriculture à titre de directeur de laboratoire : « Je travaillais pour son compte quand j’ai suivi mes stages postdoctoraux à Warwick ; je les ai écourtés, je suis revenu ici et j’ai tranquillement mis sur pied ou créé le premier groupe de biotechnologie végétale à Sainte-Foy. » Survient alors cette bifurcation, radicale et plutôt inédite de la part d’un chercheur universitaire, vers la mise sur pied d’une entreprise privée : « J’avais assurément l’âme de quelqu’un qui voulait faire de la recherche appliquée et j’évoluais dans le domaine de la biotechnologie végétale, où il n’existait pratiquement pas d’entreprises à travers le monde ; il y avait des monstres comme Monsanto et c’est à peu près tout. »


Quelques grands noms de l’industrie commencent à s’implanter dans le début des années 1990, mais Louis-Philippe Vézina se sent isolé : « Il était alors pratiquement impossible d’arriver à ses fins pour un chercheur comme moi qui voulait trouver des partenaires et des commanditaires à l’extérieur de son domaine universitaire. Entouré de mon groupe, j’essayais de trouver preneur pour les technologies qu’on mettait au point. De mon côté, j’étais plutôt passionné par les applications potentielles. »


Il décide de jouer la carte de l’entrepreneuriat : « C’est là que s’est passé le déclic pour moi. Je me suis dit que, s’il n’y avait pas preneur pour la technologie, j’allais sortir du monde universitaire avec celle-ci pour tenter de bâtir une entreprise à partir d’elle. »


Pour le volet du sens des affaires, il s’inspirera largement de son grand-oncle, Jean-Louis Tremblay, le fondateur du Département de biologie de l’Université Laval, et s’appuiera pour démarrer sur l’expertise d’un ami d’enfance, François Arcand, le chef d’une PME culturelle. Mais la traversée du début des années 2000 s’avère périlleuse : « C’était devenu extrêmement difficile sur le plan financier pour n’importe quelle entreprise de biotechnologie ; on en a arraché beaucoup et c’est un peu par miracle que, en 2003, on a réussi à obtenir de l’argent en partenariat avec Investissement Québec et la Société générale de financement. »


À cette époque, il passe le flambeau administratif à Andy Sheldon, qui devient le président et chef de la direction de l’entreprise, pour se consacrer à la production scientifique : « Ils sont plusieurs du monde scientifique à être passés chez Medicago. Ceux qui sont restés sont ceux qui sont capables d’accepter le fait que, si on n’invente pas, on disparaît. On s’est réinventé trois ou quatre fois dans les années 2000 et on a réussi à faire des choses que des entreprises beaucoup plus grosses et beaucoup plus largement financées que nous n’ont pas réussi à faire aux États-Unis ou en Europe. »

 

Technologies du vaccin


En tant que chef de la direction scientifique, Louis-Philippe Vézina a positionné Medicago comme un leader mondial dans le développement des vaccins à base de particules pseudovirales (PPV) ; la technologie utilisée sert à produire des vaccins plus efficaces avec célérité et à des coûts plus bas : « Chronologiquement, on parle de l’utilisation des plantes pour faire ce qu’on appelle des protéines recombinantes ; on les utilise comme usine cellulaire pour produire ces protéines. Medicago est devenue une des deux ou trois entreprises dans le monde à avoir recours à un tel système, efficace ou à bon rendement. Il s’agit d’une technologie fondatrice avec laquelle on manufacture encore les vaccins, mais qui demeure en perpétuelle évolution. »


Il décrit une autre des avancées technologiques : « Le deuxième pivot technique qui a aidé à nous propulser très rapidement dans le monde des vaccins, c’est qu’on a été en mesure de produire des particules pseudovirales dans les plantes. D’autres avaient réussi à le faire avant nous avec des particules qui avaient peut-être moins d’intérêt pour le développement technique ou corporatif. » Sur ce plan, Medicago aura effectué une spectaculaire percée dans la lutte contre les pandémies, ce qui l’aura propulsé largement en avant dans l’opinion publique et dans sa quête d’appuis financiers.


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