Prix Georges-Émile-Lapalme - Il démocratise et décloisonne la langue

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Benoît Melançon croit que son blogue sur la langue, L’Oreille tendue, a séduit le jury.
Photo: Rémy Boily Benoît Melançon croit que son blogue sur la langue, L’Oreille tendue, a séduit le jury.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Accordé chaque année à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle, par son engagement, son oeuvre ou sa carrière, à la qualité et au rayonnement de la langue française parlée ou écrite, le prix Georges-Émile-Lapalme est remis cette année à Benoît Melançon, professeur, éditeur, auteur, blogueur et conférencier.


Bien qu’il ait appris la nouvelle au beau milieu du mois de juillet, M. Melançon se souvient très bien du moment où on lui a annoncé qu’il serait le lauréat du prix cette année.« C’était une très bonne semaine pour moi ! Le lundi après-midi, j’ai reçu un coup de téléphone qui m’annonçait que j’étais admis à l’Ordre des francophones d’Amérique. C’est le président du Conseil supérieur de la langue française qui m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle. J’étais évidemment très content. J’étais à la maison lorsqu’il a téléphoné. Le mercredi, je sors 10 minutes et, quand je reviens, il y a un message dans ma boîte vocale de Christine St-Pierre, qui était ministre de la Culture à l’époque et qui m’annonçait que j’allais recevoir le prix Georges-Émile-Lapalme. On a vu pire comme semaine », raconte M. Melançon, un sourire dans la voix.


Honoré à plusieurs reprises depuis le début de sa faste carrière, M. Melançon reçoit ce prix avec enthousiasme. Pour l’homme de lettres, il s’agit d’une belle reconnaissance de son apport à la société québécoise.


« L’année dernière, j’ai gagné un prix de l’Acfas, qui est un prix scientifique. Cette année, je gagne un prix culturel. Pour moi, c’est très stimulant. Je considère que les scientifiques ont, bien sûr, un rôle à jouer dans leurs domaines de recherche, mais j’estime que les scientifiques ont également un rôle à jouer dans la société. Le prix Georges-Émile-Lapalme reconnaît qu’un individu joue un rôle allant au-delà de son cercle scientifique habituel. Pour moi, c’est une très belle reconnaissance », dit M. Melançon.

 

Candidat idéal


Amoureux de la langue française depuis son jeune âge, M. Melançon était un candidat tout désigné pour le prix Georges-Émile-Lapalme. Enfant, il dévorait déjà des livres, mais c’est au cours de son baccalauréat en études françaises à l’Université de Montréal que son intérêt pour la lecture s’est transformé en véritable passion pour les mots.


« J’ai décidé un jour de faire des études en littérature. C’est le moment où je me suis aperçu concrètement qu’on travaille avec des mots et pas avec des idées ou des sentiments. De là mon intérêt pour l’affaire. On est entouré de mots : à la fois de mots qu’on utilise lorsqu’on parle et de mots qu’on reçoit lorsqu’on lit. Moi, c’est cela qui m’intéresse. D’abord, ce sont les mots de la littérature, parce que c’est ma formation, mais ce sont aussi les mots de tous les jours, les mots des médias, les mots de Twitter », soutient-il.


Après son baccalauréat, M. Melançon a poursuivi son parcours universitaire à la maîtrise puis au doctorat. Il a même poussé la chose jusqu’à effectuer des études postdoctorales à l’Université Laval et à Paris X-Nanterre.


En 1992, il est devenu professeur à l’Université de Montréal et, quinze ans plus tard, il s’est retrouvé à diriger le Département des littératures de langue française de cette université, département qu’il dirige toujours d’ailleurs.

 

Plusieurs vies


Très actif et polyvalent, M. Melançon cumule plusieurs vies professionnelles. En plus de ses fonctions à l’université, il est directeur scientifique aux Presses de l’Université de Montréal, où il dirige « Socius », une collection de sociocritique et d’analyse du discours, ainsi que « Profession », un ensemble de textes de vulgarisation scientifique. Il fait également partie du Collège de sociocritique de Montréal et du comité de rédaction de la revue Épistolaire de l’Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire (Paris) et d’Essays in French Literature (Université de l’Australie-Occidentale), en plus d’être le correspondant canadien des revues Dix-huitième siècle et Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie.


Au cours de sa carrière, il a écrit neuf ouvrages ainsi que des centaines d’articles parus dans les plus prestigieuses revues. Depuis 2009, il commente également l’actualité linguistique dans son blogue, L’Oreille tendue.


S’il concède que, en soi, son parcours chargé a pu suffire pour séduire le jury des Prix du Québec, M. Melançon juge qu’une des principales raisons pour laquelle il s’est vu remettre le prix Georges-Émile Lapalme est qu’il effectue un constant travail de démocratisation et de décloisonnement de la langue française, par le truchement de son blogue, en y traitant d’une foule de questions qui la concernent.


« La façon que j’ai d’interpréter la décision du jury, c’est de dire qu’on a reconnu à la fois le travail que j’ai fait sur la langue, la langue que j’utilise et ce que je fais avec mon blogue. Ce blogue-là, je l’utilise pour rendre publiques des questions qui ne doivent pas être des questions de spécialistes. […] Ce prix, c’est donc aussi la reconnaissance d’une nouvelle forme de communication avec le public. Je trouve formidable qu’on reconnaisse le travail des gens qui utilisent le numérique pour diffuser une réflexion sur la langue », dit l’homme.


S’évertuant à écrire chaque jour, même lorsque la santé ou l’inspiration n’y sont pas, M. Melançon ajoute que cette distinction le rassure quant à ses efforts. « Parfois, je me demande à qui je parle, confie en riant l’homme de lettres. Il y a des jours où je fais des entrées en me disant que ça n’intéresse personne. Mais ce prix me confirme qu’il y a des gens qui me lisent et qui aiment ça. Alors, je vais continuer ! »


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