L’animal, cette partie mémorielle de nous-mêmes

J’ai eu l’enfance d’un petit garçon de campagne : un animal de compagnie, un petit chien bâtard nommé Frisette, plus tard un chat qui était l’animal de ma mère, un genre d’objet transitionnel dont j’enviais les caresses prodiguées par sa propriétaire et qui ailleurs faisaient défaut... Voilà pour l’animalerie domestique.

Il y avait également l’animalerie sauvage, celle des vairons et des anguilles de la rivière de mon village natal, des grenouilles pêchées dans les mares alentours, puis mangées à la crème… À quoi il faut ajouter l’animalerie alimentaire, les lapins dans leurs clapiers, les poules et les coqs dans leur basse-cour. Parfois, mes parents allaient chez des amis fermiers, le dimanche. Dans l’étable, je côtoyais les vaches et buvais sans l’aimer le fade lait mousseux tiède au sortir du pis. Tout cela s’accompagne de bruits et d’odeurs, de parfums et de moiteurs. Bouse de vache, urine de lapin, odeur acide de la crotte de poule, crottin des chevaux . Rien de gênant : la nature…

La mise à mort des animaux faisait partie des choses de la vie : nous étions malebranchistes sans le savoir, par tradition cartésienne, autrement dit, par filiation chrétienne, sous prétexte que les animaux n’ont pas d’âme, au contraire des hommes. 

Dès lors, comme le père oratorien bottait le derrière d’un chien en philosophant qu’il n’y avait là qu’assemblage de ressorts et rouages sans sentiments, les campagnards de mon enfance enfonçaient le couteau dans l’œil d’un lapin avant de le lui arracher pour le saigner ; ils coupaient le cou d’un canard qui pouvait, nonobstant la décapitation, continuer sa course affolée dans le pré ; ils sectionnaient la tête de l’anguille et tiraient avec une pince la peau préhistorique en la tenant avec un papier journal pour la dépouiller plus facilement pendant que, sans tête et sans peau, sans viscères et sans cerveau, elle continuait à onduler ; ils plongeaient la tête d’un pigeon dans un verre d’eau pour l’étouffer avant de l’ébouillanter pour le plumer ; ils jetaient contre les murs la portée de petits chats qui n’avaient pu être placés, sinon ils les enfermaient dans un sac, puis les jetaient à la rivière ; ils assommaient le cochon à la masse, le saignaient, mais, parfois, le coup n’avait pas fait son effet, alors l’animal s’échappait en hurlant dans la nature, puis se déchirait aux barbelés du champ.

Traiter son chien comme un lapin?

Pourquoi n’aurait-on jamais réservé à Frisette le sort dévolu au lapin ? Faire au chien de compagnie ce qu’on imposait à l’animal destiné au civet était impensable… Même le paysan rompu aux brutalités de la ferme n’aurait pas consenti à tuer son chien pourtant traité… comme un chien! Décharné, dépoilu, croûteux, galeux, le cou abîmé par une courte chaîne, la terre piétinée et morte à cause des sempiternelles allées et venues du désespoir, il n’aurait tout de même pas accepté le couteau sur la gorge ou la lame rentrée dans l’œil de son chien…

Car notre rapport aux animaux est réglé par une loi non écrite héritée du christianisme. Dieu a créé le monde dans l’ordre que nous savons:   du ciel et de la terre jusqu’à l’homme, puis la femme, en passant par l’herbe, les arbres, les fruits, le étoiles. Le cinquième jour, Dieu crée les oiseaux, les monstres marins, les bestiaux, les reptiles, les bêtes sauvages. Pour donner un ordre à ce monde, il fut dit aux hommes : «  Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout être vivant qui rampe sur la terre .» Depuis, les hommes dominent…

C’est-à-dire qu’ils élèvent les animaux pour les manger, se vêtir, se protéger du froid et de la pluie, des ronces et des pierres ; ils les attèlent pour ouvrir plus profond le ventre de la terre avec le soc, puis semer ou planter; ils les gardent auprès du feu comme protecteurs capables d’éloigner d’autres bêtes dangereuses ou d’alerter la tribu assoupie en cas de danger; ils les chevauchent pour guerroyer; ils les égorgent pour être agréables aux dieux. Des millénaires plus tard, nous ne sommes guère plus loin…

Une part d’immortel

Les animaux n’ayant pas d’âme, on conclut qu’ils n’ont pas de langage, d’intelligence, de sentiment, d’affects. Mais quelle est la mesure de l’âme ? Quels sont les critères du langage, de l’intelligence, etc ? L’homme se fait la mesure de toute choses. Dès lors, il extrapole ses fantasmes aussi loin qu’il le peut : sa peur de la mort lui fait inventer un arrière monde dans lequel les trépassés restent éternellement vivants. Pour ce faire, l’astuce consiste à doter le mortel d’une part immortelle. 

Elle sera donc invisible, immatérielle, un genre de parcelle de la divinité en nous avec laquelle nous pourrions entamer un dialogue avec l’au-delà. Sur le principe que le même va vers le même, l’âme est faite du bois dont on fait Dieu et l’arrière monde. Les animaux se trouvent exclus de cette fiction : les hommes qui ont une âme ont décidé qu’ils n’ont pas d’âme… 

À quoi, en effet, conduirait l’hypothèse d’une âme pour les animaux ? Un paradis pour les hérissons, un enfer pour les ténias, un purgatoire pour les rats ? La fiction chrétienne a postulé l’existence du libre arbitre en l’homme : pour pouvoir être puni, il faut être coupable, pour pouvoir être coupable, il faut être déclaré responsable, pour pouvoir être responsable, il faut bien que nous soyons dotés d’une capacité à choisir, autrement dit : à faire volontairement le bien ou le mal. Donc, nous avons une âme…

Les animaux, c’est bien connu, n’ont ni liberté, ni libre arbitre, ils incarnent la quintessence du déterminisme : ils sont condamnés à répéter leur être — comme si Darwin ne donnait pas tort à cette bêtise ! Les bêtes, qui pourtant ne sont pas bêtes,  sont donc assimilables aux arbres ou aux pierres, au restant de la nature. L’homme est bien le sommet de la création, il dispose donc du droit de faire ce qu’il veut de tout ce qui n’est pas lui.

Différence de degré


La tradition philosophique est dualiste, spiritualiste, chrétienne, kantienne, autrement dit, elle avalise la pensée chrétienne sur la question de l’animal. De Platon à Heidegger via Augustin, Descartes et Kant, la philosophie dominante, institutionnelle, universitaire, celle qu’on lit en classe de philo, traduit, édite en livre de poche, travaille à l’université, cette pensée là, donc, elle s’affirme en général spéciste.

En revanche, en avançant sur le terrain de la philosophie oubliée, négligée, méprisée, persécutée par l’idéologie dominante, et ce pour mon projet de contre-histoire de la philosophie, j’ai découvert depuis bientôt dix années une tradition singulière : celle des philosophes monistes, matérialistes, atomistes, abdéritains, épicuriens, pour lesquels il n’y a pas, comme pour les chrétiens, une différence de nature entre l’homme et l’animal, mais une différence de degré. Ce qui change tout…

Les atomes qui constituent les planètes, ceux qui structurent le grain de sable, les particules de l’infiniment grand et celles de l’infiniment petit, les molécules qui composent un philosophe et celles qui donnent son âme (matérielle) à une baleine, ce sont les mêmes… Les matérialistes l’enseignent : il n’existe qu’une seule substance diversement modifiée. L’astrophysicien le prouve : nous effectuons tous des variations multiples sur le thème d’une seule et même étoile effondrée il y a plusieurs milliards d’années. Dès lors, il n’y a pas les hommes — et le reste du monde, dont les animaux; mais les hommes, le reste du monde, les animaux comme autant de variations sur un même thème: celui de la matière.

Ce qui change tout. Car on ne regarde plus de la même manière les animaux si l’on s’installe dans une position surplombante ou si l’on adopte un autre point de vue, égalitaire. Si l’animal est notre prochain, une partie mémorielle de nous-mêmes, ce que je crois, alors il y a en eux ce qui se trouve aussi en nous, mais que des millénaires d’acculturation ont recouvert, contraint, écrasé, affecté, amoindri, méprisé, négligé, détruit, massacré, maltraité. Autrement dit : une nature brute et directe, une horloge impeccable, un sismographe hypersensible, une sensitivité exacerbée, une vérité simple à être, une matérialité cosmique, une pure présence immanente, une force tranquille, une affectivité immédiate, une vitalité préhistorique.

Monstres, les animaux?
La culture a longtemps été un art de comprendre la nature afin d’y trouver sa place: l’animisme, le totémisme, le polythéisme, le paganisme témoignent en ce sens, et ce pendant des millénaires . Puis, avec l’avènement des cités et le rouleau compresseur monothéiste qui veut des textes et des bibliothèques, des scribes et des prêtres, la culture est devenue ratiocination de cabinet. Le paysan a cessé d’être le modèle, Virgile a laissé place au clergé d’une secte qui a cessé de lire la vérité du monde dans les étoiles, comme les animaux et les paysans, pour se pencher funestement sur   les grimoires et les parchemins.

Donc, Darwin nous enseigne une vérité considérable: il n’y a pas de différence de nature mais une différence de degré entre l’homme et l’animal. Dès lors, oublieux de ce dont nous provenons, ingrats quant à notre parentèle immémoriale, arrogants quand il s’agit de rappeler que notre boîte crânienne contient toujours ( aussi et encore…) un cerveau reptilien, nous sommes devenus bien souvent des monstres — ce que ne sont jamais les animaux.

Monstre celui qui jouit de tuer, jubile à faire souffrir, monstre l’être dépravé qui met à mort pour le simple plaisir de supprimer une vie, monstre celui qui fait de la mort un spectacle, monstre l’être qui exulte à effacer de la planète l’être d’un être: y a-t-il l’équivalent d’Auschwitz , de Gilles de Rais, de saint Hubert , de Savonarole ou d’El Cordobès chez les animaux ? Non. Un animal tue pour manger. Repu, il ne met jamais à mort son prochain — lui. Il existe donc une humanité chez les animaux qui pourrait donner des leçons à ceux de nos semblables qui manifestent une animalité   ( mais on vient de le voir, le mot ne convient pas…) dans leur hypothétique humanité.

Dès lors, on pourrait imaginer que l’éthologie puisse remplacer la théologie pour fonder une éthique post-moderne. Loin de croire qu’il nous faut nous dénaturer pour être véritablement des hommes, je pense que nous devons bien plus tôt nous ensauvager afin de prendre les leçons données par les animaux : ne pas tourner le dos au cosmos, ne pas ignorer la nature, ne pas feindre de n’avoir rien à voir avec ce qui n’est pas nous, écouter ce que nous enseigne l’arbre, ce que nous apprend l’herbe, ce que nous disent les animaux , et ce afin de parfaire notre humanité. 

Alors peut-être pourra-t-on envisager que, moins séparés de la nature, plus soucieux de ses leçons de sagesse, nous soyons moins pervers, moins débiles, moins tordus, moins faux, moins menteurs, moins fourbes et hypocrites, moins névrosés, moins psychopathes, moins agressifs. La culture n’est pas une anti-nature, ni une contre-nature, mais un art de sculpter la nature. Mais ceci est une autre histoire…

31 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 14 novembre 2012 03 h 56

    Errances philosophiques

    Michel Onfray évoque une vie de village qui est aussi celle de mon enfance, avec son «animalerie sauvage» et «alimentaire» : vairons, anguilles, grenouilles, lapins, poules, cochons, vaches, etc.

    Cependant, je ne retrouve aucunement les réalités que j’ai vécues dans la charge de ce rural défroqué, converti à une urbanité douteuse, contre la culture paysanne !

    En reniant ses origines, Michel Onfray renie aussi cet l’humanisme d’homo sapiens qui sait qu’il ne doit son existence, notamment le développement de son cerveau et de sa conscience, qu’à sa consommation de l’animalerie. C’est justement dans ce rapport vital à l’animalerie que notre ancêtre homo ergaster s’humanise.

    L’auteur continue à dériver, se rapprochant dangereusement des pires énormités d’une pensée pseudo libertaire qui utilise la rhétorique antifasciste pour mieux propager un écofascisme qui n’a pas encore démontré son inaptitude à converger vers le fascisme dominant, sioniste/états-unien.

    La pensée libertaire mérite mieux que ces errances philosophiques !

    Yves Claudé

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 14 novembre 2012 13 h 54

      Je crois que vous et moi n'avons pas lu le même texte. Je n'y vois qu'une remise en question de notre rapport avec les animaux et non la "propagation d'un écofascisme".

      p.s. Avez-vous des preuves que nous devons notre cerveau et notre conscience à la consommation de viande ? J'entends souvent Monsieur et Madame tout le monde le prétendre, mais personne ne m'a jamais montré de textes sérieux sur le sujet, et ça m'intéresse.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 14 novembre 2012 15 h 19

      En fait, votre commentaire est d'autant moins pertinent que Michel Onfray, à moins que je sois mal informée, n'est pas végétarien.

    • Danielle Bourdages - Inscrite 14 novembre 2012 16 h 58

      "cet l’humanisme d’homo sapiens qui sait qu’il ne doit son existence, notamment le développement de son cerveau et de sa conscience, qu’à sa consommation de l’animalerie", écrivez-vous Yves Claudé.

      Il me semble que parmi les Terriens des civilisations antérieures, il y en eût à ne se nourrir que de fruits et de graines —un historien pourrait confirmer ou infirmer; toutefois à vous lire, on croirait que les végétariens ne sauraient être que des décérébrés à plus ou moins court terme? Pfiou...

      @Annie-Ève Collin En effet, Michel Onfray n'est pas végétarien. (Ça doit expliquer qu'il pense si mal, M'sieu' Claudé?)

    • Anne Marie Thouin - Inscrite 14 novembre 2012 17 h 02

      C'est très mal connaître Michel Onfray que de l'affubler de tous vos mots. Il est tout le contraire de ce que vous dénoncez chez lui. Si il y en a un qui ne renie pas ses origines, c'est justement ce grand philosophe humaniste.

      Je crois que c'est vous errez largement Monsieur Claudé.

    • Yves Claudé - Inscrit 14 novembre 2012 19 h 10

      À Madame Annie-Ève Collin,

      Pour répondre à votre question:

      Ce qui fait entre autres l’originalité d’Homo sapiens sapiens, c’est le développement considérable de son cerveau, qui s'est produit au cours des 10 millions d'années d'évolution, grâce à une alimentation carnée.

      Sur la base de ce développement neurologique, s’est constitué l'esprit humain, esprit à la fois incorporé et non réductible à sa base biologique. Les caractéristiques de cet esprit humain sont entre autres: la conscience, la mémoire, la faculté de développer et d'utiliser un langage structuré et des représentations symboliques du monde, la possibilité de développer une autonomie et une liberté de pensée et d'action.

      Voici très schématiquement:
      -10 millions d’années : Orrorin (Afrique de l’Est) :
      -8 millions d’années : Toumaï (Afrique de l’Ouest) :
      -4 millions d’années : Australopithèques : nomades
      Australopithèques Afarensis
      Australopithèques Anamensis
      -3 millions d’années : Homo habilis
      -2 millions d’années : Homo ergaster
      -1,5 millions d’années : Homo erectus
      -300 000 ans : Homme de Néanderthal (homo sapiens neanderthalis)
      -150 000 ans : notre espèce, homo sapiens sapiens

      Yves Claudé

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 15 novembre 2012 00 h 37

      Monsieur Claudé,
      vous n'avez pas répondu à ma question, car je vous demandais si vous aviez des preuves. Peut-être êtes-vous un spécialiste ? Ou sinon, avez-vous des liens ou des titres d'ouvrages à me proposer ?

      Parce que tout ce que je vois dans votre nouveau commentaire, c'est la simple répétition de l'affirmation que nous devons le développement de notre cerveau à la consommation de chair animale, plus des précisions sur la différence de degré entre les autres animaux et nous et sur les appellations des ancêtres de l'humain actuel, ce qui ne répond pas à ma question.

  • Elisabeth Doyon - Inscrite 14 novembre 2012 07 h 44

    rien de superflu!

    Je ne partage pas l'opinion de M. Claudé. Je félicite l'errance philosophique telle qu'il la nomme, c'est à mon avis toujours une bonne chose que le détachement volontaire du dogme dominant. L'écriture d'une contre-histoire de la pensée ne peut être que bonne puisqu'elle n'oblige personne au partage de ses conclusions, mais explore ces concepts arbitraires pour mieux en révéler les absurdités. Je félicite l'initiative. Cette obsession du grimoire et du parchemin est en effet une des grandes lacunes de notre science historique, une qui nous enferme dans des paradigmes pour plus longtemps que vraiment nécessaire à l'acquisition des connaissances que ce paradigme permet. La relation de l'homme à son environnement est complètement culturelle et elle est à un point de rupture en ce moment, aucune réflexion ne peut être jugée superflue. J'invite M. Humphrey à lire David Harvey, un géographe américain, qui se préoccupe aussi de redéfinir la relation de l'homme et de la nature, vous y trouveriez peut-être un certain approfondissement.

    • Yves Claudé - Inscrit 14 novembre 2012 12 h 12

      Le procès mal instruit de la culture paysanne !

      D’origine rustre, rurale, pecnote, bouseuse, habitante, etc., épais d’esprit, lourd et balourd, je persiste et signe, à la défense de la culture paysanne. C’est d’ailleurs une urbaine, Ève Lamont, qui nous le rappelle : il n’y a «pas de pays sans paysans» (*) !

      Michel Onfray se livre à un procès mal instruit de la culture paysanne : il se plaît à confondre cette culture populaire avec la culture religieuse aristocratique !

      Pour paraphraser quelque peu : Philosophie sans sociologie n’est que ruine de l’âme !

      Yves Claudé

      (*) http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=5

    • Simon Ouellet - Inscrit 14 novembre 2012 15 h 12

      Euhhh mais où voulez-vous donc en venir ?

      Vous faites dire à Onfray ce qu'il ne dit pas et lui prêtez des intentions que vous êtes le seul à détecter. P-ê devriez vous relire le texte, avec attention cette fois ?

      En quoi l'auteur fait-il de quelconque façon "le procès de la culture paysane" ? Vous êtes prompt à utliser les termes d'errance et de mal instruction, il faudrait p-ê appliquer à vous même cette rigueur intellectuelle dont vous cherchez à trouver chez les autres des failles là où il n'y en a point.

      Il fait simplement allusion à ses propres souvenirs et aux référents culturels judéo-chrétien, ce n'est pourtant pas compliqué à saisir...populaire ou aristocratique, Onfray ne s'empêtre pas dans ces différences mais bien dans le fait d'une culture monothéiste qui affirme la fausse suprématie de l'homme sur la nature vs un patrimoine bcp plus vaste en termes de traditions et d'origines...


      ***Aux gens du Devoir; malgré mon énième (je ne les compte plus) avis comme quoi je ne reçois pas les notifications de nouvelles réactions, c'est encore le cas et je n'ai toujours aucune nouvelle de votre part à ce propos...***

  • Claire soucy - Inscrite 14 novembre 2012 08 h 06

    Merci pour cet éclairage pertinent

    Merci Michel Onfray de si bien exprimer ces pensées et ces valeurs si souvent oubliées...J'ai savouré particulièrement le passage sur la même matière qui compose tous les éléments et tous les organismes «sur terre comme au ciel» !!

  • René Séguin - Inscrit 14 novembre 2012 08 h 24

    @ M. Claudé

    Quand je suis rentré à Polytechnique, le recteur dont le nom m'échappe aujourd'hui a dit dans son discours d'ouverture: « Un ingénieur sait souvent trouver un problème. Un bon ingénieur amène la solution ». Personnellement, je crois toute profession se substitue sans problème à celle de l'ingénieur dans cette citation.

    M. Onfray a amené une perspective des plus intéressantes dans son récit. Il dépeint la société actuelle sous un angle personnel, relève les contradictions qu'elle comporte à ses yeux et fait l’effort d’ouvrir la voie vers une autre philosophie ayant le potentiel l’améliorer.

    Dans votre réponse écrite en combinaison impressionnante de grands marqueurs aux Scrabble, qu'amenez-vous au delà d'un simple "vous avec tort"? Dans mon domaine, un problème bien connu mais, irrésolu, demeure un problème.

    À mon avis, ce qui fait d'abord et avant tout notre nature, notre force, est notre fascinante habileté à l'entraide. Quelle qu'en soit la motivation, ce comportement mérite d'être mis de l'avant.

    Loin de moi l'idée de remettre en question votre raisonnement ou vos idées, je serais au contraire curieux de connaître « votre vision personnelle» ou « votre contribution » à celle de l’auteur. Il est trivial de dénoncer une proposition par ses faiblesses et hautement complexe d’offrir une critique constructive pour mener à l’amélioration de cette même proposition.

    Cordialement,
    René Séguin

    • Yves Claudé - Inscrit 14 novembre 2012 15 h 16

      Les sciences sociales comme sciences mécaniques ?

      Monsieur René Séguin,

      Votre savoir universitaire vous préserve certainement de la tentation de considérer les sciences sociales comme des sciences mécaniques…

      Bien comprises dans leur essence, elles savent de plus se démarquer de tout activisme et idéologisme, récusant le statut de «mollesse» et d’«impureté» que d’aucuns prétendent leur attribuer.

      Sciences à portée critique, elles ne cessent, comme vous en témoignez, d’être dérangeantes !

      Il semble que la revendication d’une représentation objective/scientifique de la culture paysanne soit ici malvenue… mais faut-il se satisfaire pour autant d’une philosophie des brumes ?

      Bien à vous

      Yves Claudé - sociologue

    • René Séguin - Inscrit 15 novembre 2012 08 h 00

      Une méthode de travail demeure une méthode de travail quelqu'en soit la science concernée.

      Ainsi, je me répète : il est trivial de dénoncer une proposition par ses faiblesses et il est hautement complexe d’offrir une critique constructive pour mener à l’amélioration de cette même proposition ou alors d'amener une autre proposition plus adéquate

      Je vous réitère mon interrogation, car je ne retire de votre message qu'un "vous avez tort" à nouveau. Cette fois-ci, toutefois, cette réponse est apportée par une suggestion interrogative.

      Loin de me déranger, cette science à portée critique m'intéresse par son caractère évolutif et subjectif. À ce sujet, je serais bien curieux de lire votre description de la relation de l'homme avec l'animal et tenter d'en expliquer ses origines.

      Le texte de M. Onfray ne vous satisfait pas? D'accord, sans problème mais, alors, qu'auriez-vous écrit? Il me ferait grand plaisir de prendre connaissance d'un autre point de vue de ce sujet qui a attiré mon attention.

      Votre savoir universitaire dans votre domaine vous préservera certainement de la tentation de me répondre à nouveau par le déni de la position adverse ou par l'étalement de nombreuses questions.

      Cordialement,
      René Séguin

  • Simon Ouellet - Inscrit 14 novembre 2012 08 h 26

    Qu'est ce que la philosophie ?

    Qu’il est bon de voir un philosophe d’aujourd’hui sortir de la pensée unique de l’histoire de la philosophie, académique, moderne. Onfray ne renie pas du tout ses racines, il les explique et les comprend. Nos racines sont nos origines, notre naissance, elles ne sont pas un boulet nous empêchant d’avancer ni une ombre falsifiant notre propre vision. L’arbre tire de ses racines, sa force, sa subsistance, pour mieux grandir et se diriger vers la lumière; il en est ainsi de l’homme ou devrais-je dire, de quelques hommes de notre temps.

    M. Claudé affirme beaucoup, encore faut-il signifier quelque chose...

    De nombreuses civilisations et anciennes traditions ont su prospérer en respectant la nature parce qu’ils avaient compris qu’ils en sont issus. Leur rapport à leur environnement, contrairement à nous, faisait partie de leur fonctionnement au quotidien. Notre nombre n’est pas une excuse. Nous faisons des choix déconnectés parce que nous sommes déconnectés de cette réalité.

    La carte n’est pas le territoire. Ce que nous pensons n’est ni plus ni moins que ce qui s’est engrammé dans notre cerveau via la culture qui nous a vu naître. Ce que nous percevons par nos 5 sens n’est pas la réalité mais une image que nous nous en faisons, plus ou moins complète, éduquée, objective et plus ou moins porteuse de sens. Nous avons perdu cette notion de sens si chère à bien de nos ancêtres, nous avons jeté le bébé avec l’eau du bain, dans bien des cas et nous voyons où cela nous a mené...

    Tout a changé sauf notre mode de pensé, qui est bien plus archaïque que nous pourrions le croire. L’homme se complaît dans la croyance de sa suprématie sur son environnement alors qu’il n’en est que le maillon le plus faible. Que les insectes disparaissent, toute vie disparaît. Que l’homme s'éteigne, la vie rejaillira comme jamais. Il faudra un jour comprendre que c’est nous qui sommes en danger, pas la planète.

    Écofascisme ? Laissez-moi rire !!!! Et pas dans le sens de comique...