Mordus de leur chien

Chez MUZO, un hôtel pour animaux de compagnie à Montréal, votre chien a accès au salon de toilettage, à des cours de dressage et même à un gym !
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Chez MUZO, un hôtel pour animaux de compagnie à Montréal, votre chien a accès au salon de toilettage, à des cours de dressage et même à un gym !

Depuis cinq ans, on assiste à une prolifération de la marchandisation de l’animal de compagnie. Hôtels de luxe, cafés, spas, friandises santé, thérapeutes, vêtements et bijoux chics… Les Québécois dépensent plus de 900 millions de dollars par année pour prendre soin de leurs animaux domestiques. Simple tendance, ou phénomène de société ? Étrange, ou attendrissant ?

En observant quelques photos sur le site de l’hôtel Balto, on découvre des chambres avec lits au look champêtre et télés, repas et collations préparés avec soin et salles de jeux, aires de repos et de divertissements. Il ne s’agit pas d’une auberge normale, mais plutôt d’un refuge de luxe pour chiens et chats où les propriétaires peuvent laisser leur animal en toute quiétude. « L’idée m’est venue alors que je voyageais et que j’étais toujours inquiète pour mes chiens », raconte la propriétaire Diane Lévesque. « Ici, grâce à notre système de 39 caméras, les parents qui laissent leur animal en pension peuvent les observer à tout moment et se sentir rassurés. » Les parents ? « L’animal fait maintenant partie de la famille. On ne parle plus de maîtres. On adopte un animal et on prend la responsabilité de bien s’en occuper. Et quand on le fait garder, on veut qu’il soit bien traité. »


Socialement, est-on en train de virer fous avec nos animaux ?


« C’est de l’anthropomorphisme, on donne à l’animal des propriétés humaines », explique Valérie Gosselin, psychologue et fondatrice de la clinique des services thérapeutiques Amis-Maux.


« La société est de plus en plus individualiste, et les animaux sont accessibles et nous tiennent compagnie. Ils viennent combler un vide, un manque. »


Il y a quelques années, Pascale Lévesque était célibataire. Sa vie était centrée sur son travail. « Je cherchais un équilibre dans ma vie. Une compagnie. Une raison de sortir pour le simple plaisir de sortir. » Elle l’a trouvée en Scarlett, un coton de Tuléar qui fait naître les sourires sur son passage. « Ça remet les choses en perspective et ça te permet de te centrer sur autre chose que toi-même et les demandes de ton patron. Et quand tu reviens à la maison, quelqu’un t’attend. »

 

De la tête aux pattes


Chez Puppy Angel, une boutique de vêtements haut de gamme qui « suit les dernières tendances de la mode », les propriétaires de chiens peuvent se présenter avec leur compagnon et leur procurer manteaux, bottes et même des costumes ! « Oui, j’ai déguisé Scarlette pour l’Halloween », confie Pascale Lévesque « Ça m’a fait rire au moins quinze minutes, ça valait l’investissement. »


Pour Marie-Michelle G. Montpetit, propriétaire de Puppy Angel, les vêtements pour chien sont davantage qu’un simple luxe. « L’hiver, on voit beaucoup de brûlures de pattes, à cause du sel épandu sur la rue. Même l’été, le sol est très chaud, alors, les vêtements préviennent certaines blessures… et donc des frais de vétérinaires. » Elle-même propriétaire d’un chien, elle a vu la tendance prendre tout un essor dans les dernières années. « Mon chien a 18 ans, et il y a quelques années, je ne l’habillais pas. Maintenant, je le fais, j’en vois les avantages et il aime ça. »


Certaines compagnies ont dû s’adapter au désir grandissant des propriétaires de chiens à être accompagnés de leur animal dans tous leurs déplacements.


C’est le cas notamment du Château Bonne-Entente, à Québec, où les compagnons à poils sont non seulement les bienvenus, mais très bien accueillis. Ils ont droit à leur couverture et même une petite friandise. « Nous nous sommes ajustés aux demandes des clients », explique Pascale Banville, directrice du marketing de l’hôtel. Est-ce que ça cause des dégâts ? « Nous n’avons jamais eu de tels problèmes. Les gens qui voyagent avec leur animal le dressent habituellement en conséquence. » Et en ce qui concerne les allergies ? « Après leur départ, les chambres sont désinfectées. Nous n’avons jamais eu de cas d’allergie. Depuis que les chiens sont acceptés ici, ça met de la vie à l’hôtel ! »

 

Gagas de leur toutou


Célibataires vivant seuls rêvant secrètement (ou non) d’avoir un enfant, couples sans enfants, personnes âgées, tels sont les profils les plus courants des propriétaires particulièrement enclins à gâter leur animal. Surtout en milieu urbain et aisé, évidemment. Car dans les pays en développement, les chiens sont plus souvent errants et on ne penserait jamais à les habiller ou même à leur procurer de la nourriture santé, ni à dépenser des frais exorbitants pour les soigner.


Au Québec, les vétérinaires n’ont pas encore de demandes extrêmes comme des chirurgies plastiques, de plus en plus courantes aux États-Unis ou même dans le reste du Canada. À Vancouver, par exemple, un chirurgien-dentiste peut incruster sur demande des diamants dans les dents de votre animal.


« Oui, en clinique, on voit de plus en plus l’anthropomorphisation de l’animal », confirme Hélène Perras, vétérinaire. « Par contre, lorsque l’animal porte un beau petit manteau mais que son maître refuse de renouveler ses vaccins, c’est là que ça nous dérange. Ou encore qu’il n’accepte pas de le faire euthanasier alors que l’animal souffre. Parfois, l’incapacité du maître à faire son deuil, à laisser aller son animal, nous oblige à de l’acharnement thérapeutique et à ce moment, ça devient problématique. »


Selon Christina Monaco, propriétaire du Brandy’s, un café du Plateau Mont-Royal qui offre friandises pour les chiens et consommations pour leurs maîtres, il y aura de plus en plus de cafés comme le sien qui verront le jour dans les prochaines années. « Certaines personnes font deux heures de route pour venir prendre un café avec leur animal de compagnie. Ils préfèrent rester avec lui que de le laisser dehors ou seul à la maison. »


Est-ce qu’on peut penser que tout ça reflète quelque chose sur notre société ?


« Les gens souffrent beaucoup de solitude. Contrairement à l’être humain, l’animal vit dans le moment présent, ne vit pas dans la performance ni dans l’intellect. Il apporte un équilibre », pense Valérie Gosselin.


Depuis la préhistoire, le chien a accompagné l’être humain dans toutes sortes de situations et s’est taillé une place de choix dans la société, lui valant le surnom de meilleur ami de l’homme. C’est la première espèce animale à avoir été domestiquée pour l’usage de la chasse.


Nous aiderait-il aujourd’hui à chasser l’ennui ?

2 commentaires
  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 14 novembre 2012 14 h 42

    Paradoxe québécois

    Pendant que certains maitres de chien font des extravagances pour leur pitou, les refuges recueillant des animaux de compagnie débordent. Quoi y comprendre ? Aujourd'hui même, voici ce que je viens de lire dans un autre média : «À Québec, on a quelque chose de dépassé. C'est plate à dire, mais notre refuge est une honte nationale, on fait pitié», a déclaré le directeur général, qui n'a pas hésité à présenter tous les aspects de la désuétude des installations». De plus, on dit souvent que le Québec est la capitale des usines à chiots en Amérique.

    Je possède un chien et je ne me considère pas comme son parent mais comme son maitre. Je trouve qu'on va trop loin, je vis seule mais mon chien n'est pas un substitut à la solitude. Mon chien n'est pas mon meilleur ami mais un animal dont je suis responsable, mes meilleurs amis sont des humains.

  • Franklin Bernard - Inscrit 14 novembre 2012 19 h 06

    Tant qu'on n'interdira pas aux propriétaires de logements...

    ...d'interdire les animaux domestiques, les chiens et chats seront abandonnés par milliers chaque année par leurs maîtres forcés au déménagementt, et les refuges déborderont. Ce système abusif, qui n'a aucune raison d'être, est une honte. Les propriétaires ne sont pas chez eux dans les logements qu'ils louent. Ce sont les locataires qui sont chez eux, et ça ne regarde pas les propriétaires qu'ils y gardent des animaux domestiques. Dans les limites raisonnables prévues par la loi, et le respect du voisinage.