AQOCI - Une coopération axée sur le partenariat et le développement de proximité

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Denis Labelle
Photo: Source AQOCI Denis Labelle

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité 2012

Les organisations de coopération internationale du Québec défendent leur vision du développement contre les nouvelles orientations de l’ACDI.

La coopération internationale au Québec est riche d’une histoire de plus d’un demi-siècle, marquée par l’évolution de son modèle de travail et de sa vision. Après le modèle humanitaire des années 1960, où les organismes de coopération étaient les bailleurs de fonds et les détenteurs du savoir hyphen;faire, alors que les populations locales étaient reléguées au rang de bénéficiaires passifs de l’aide, la coopération est aujourd’hui axée sur les notions de partenariat et de développement de proximité.


Cette vision guide les organismes de développement du Québec, dont 65 sont membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). « Nous ne sommes pas dans la bulle de la charité », affirme Denis Labelle, président de l’AQOCI. Ce qui unit ces organisations, c’est à la fois une éthique commune et une définition de ce qu’est le développement international. « Nous ne faisons pas seulement un transfert d’argent. Nous cherchons à établir des partenariats pour que les pays qui ont besoin d’aide soient les acteurs de leurs projets de développement. »


Depuis la création de l’AQOCI, en 1978, le portrait de la coopération internationale au Québec s’inscrit sous le signe de la pluralité. Des organisations de toutes les tailles oeuvrent sur plusieurs continents, de l’Amérique latine à l’Afrique, de l’international au régional. L’éventail des domaines de travail est tout aussi large : le soutien aux organisations paysannes, aux droits des travailleurs ou aux groupes de femmes, la commercialisation équitable, la mise sur pied de coopératives, l’éducation ou encore les jardins communautaires figurent parmi les axes de développement. « C’est très vaste et très diversifié, résume Denis Labelle. On distingue également les projets de sensibilisation à la solidarité, les projets de coopération et les stages à l’étranger. »


Urgence


Dans cette diversité, chaque organisme a sa place et son rôle à jouer, des petites organisations qui font des miracles avec peu de moyens aux grosses organisations spécialisées dans les secours d’urgence.


Des pas de géant ont été faits lorsque des organismes québécois sont venus en aide à des femmes victimes de viol, lorsque des panneaux solaires ont fait fonctionner des pompes à eau au Mali et des réfrigérateurs à Cuba ou en Haïti pour qu’y soient mis des vaccins. « En Amérique du Sud et en Afrique centrale, des organisations membres de l’AQOCI ont également permis à des hommes de se lever contre des sociétés minières sans aucune considération pour le développement durable ou les droits humains, et les obliger à réviser leurs plans de développement », ajoute Denis Labelle.


Parmi les plus grandes forces du développement à l’échelle internationale, le président de l’AQOCI encense le rôle des groupes de femmes et de la paysannerie qui ont, dans leurs domaines respectifs, porté de nombreux projets et agi comme véritables fers de lance.


Pour cimenter une ligne de conduite collective, l’AQOCI joue un rôle catalyseur essentiel : « Nous avons créé des tables de concertation et des outils communs d’évaluation pour mieux nous coordonner et agir sur le terrain », explique Denis Labelle. Au coeur de leur démarche, on trouve avant tout une vision commune de l’avenir de la planète : « Tous les membres croient fermement qu’il faut changer le modèle économique centré sur la notion de croissance, comme s’il y avait une équivalence entre la croissance et le développement. Ce n’est pas vrai pour tout le monde. Le défi qui se pose est de savoir comment attaquer, transformer et modifier ce modèle. »


Mais ce qui occupe actuellement le coeur des actions de l’AQOCI, c’est bien la survie du mouvement coopératif québécois à l’encontre des politiques actuelles de l’Agence canadienne du développement international (ACDI), à laquelle les organismes livrent une guerre pour défendre leur vision du développement.


« Depuis l’été 2010, l’ACDI a décidé de changer les règles du jeu. Sous l’impulsion des conservateurs, elle priorise désormais les organisations religieuses, qui font du prosélytisme, dans l’octroi des subventions. Nous sommes en désaccord complet avec le fait que l’ACDI distribue ainsi des sommes qui devraient servir au développement tel que les associations québécoises et canadiennes le définissent. Ils font reculer le développement et la compréhension du développement. »


La liste des doléances est longue : aucun financement accordé aux projets de développement dans lesquels il pourrait y avoir des interruptions de grossesse, même en cas de viol, un appui réservé aux projets axés sur la religion, un soutien financier accordé à des sociétés minières, le refus de financer les projets sur la reconnaissance des droits des travailleurs. « L’argent de nos impôts est donné à des minières qui font des profits, malgré les ravages qu’elles font depuis des années », renchérit-il.


Sur l’enveloppe 2011 de l’ACDI destinée aux organisations de coopération, seuls 6 % des sommes étaient consacrées aux organisations du Québec, déplore Denis Labelle. Le reste a essentiellement été distribué dans l’Ouest du pays, dont « des subventions accordées pour faire traduire la Bible ». Denis Labelle dénonce ce parti pris de religion, mais aussi de droite, puisqu’« aucun projet de syndicalisation et de reconnaissance des droits des travailleurs n’est financé par l’ACDI. Et pourtant, la situation des travailleurs dans les usines partout dans le monde est loin d’être sous le signe de la santé et la sécurité. »

 

Survivre


Pour les organisations de coopération, l’enjeu est de taille, puisque leurs actions, et parfois même leur avenir, en dépendent. « Plus d’une dizaine d’organisations membres de l’AQOCI sont en situation financière difficile. Depuis trois ans, tous les secteurs de la coopération au Québec souffrent de ces politiques », estime Denis Labelle. Et la partie est loin d’être gagnée. « Nous nous retrouvons face à de gros joueurs. C’est difficile de se faire entendre. » En cette période sombre, les organismes peuvent en revanche compter sur l’appui du ministère des Relations internationales, puisque « bon nombre de projets refusés par l’ACDI sont appuyés par le ministère, avec lequel nous avons développé un partenariat extraordinaire ».


Malgré cette ombre au tableau, le président de l’AQOCI se dit « ébloui par ce que les organisations de coopération internationale québécoises ont réalisé depuis plus de 30 ans : c’est une histoire extraordinaire. L’AQOCI transfère de l’espoir et de l’énergie, et pas uniquement de l’argent. »


Collaboratrice