Matricule 728 : des accusations sans valeur?

Karen Molina ne comprend toujours pas les raisons de son arrestation pour entrave au travail des policiers.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Karen Molina ne comprend toujours pas les raisons de son arrestation pour entrave au travail des policiers.

Aucune accusation n’a été autorisée contre les quatre compagnons d’infortune, la Couronne n’ayant pas toutes les pièces du puzzle en main. Les dossiers sont toujours à l’étude. Mais, pour l’heure, ils sont tous passibles de poursuites criminelles.

Les quatre citoyens arrêtés par « Matricule 728 » ont retenu les services d’un criminaliste chevronné, Raphael Schachter, dans l’espoir de faire tomber les accusations avant même de mettre les pieds à la cour municipale.

Karen Molina ne comprend toujours pas les raisons de son arrestation pour entrave au travail des policiers. La jeune femme, que la policière Trudeau dépeint comme « une Plateaunienne de nowhere » dans sa diatribe, a simplement filmé l’arrestation de Serge Lavoie.

Mme Molina passait dans l’avenue Papineau, le 2 octobre, lorsqu’elle a été alertée par les cris de MM. Lavoie, Pagé et Ochietti, trois artistes qu’elle ne connaissait pas. Elle est revenue sur ses pas pour filmer la scène, sans jamais s’approcher à moins de 2 à 3 mètres de la policière. Lorsque Stéfanie Trudeau lui a crié de partir « maintenant ! », elle est restée sur place. « Je ne pouvais pas partir parce qu’elle était en train de battre et d’étouffer ces gens, dit-elle en entrevue. Je cherchais une preuve vidéo, parce qu’il y avait une injustice. »

Le Devoir a mis en ligne vendredi une vidéo de Mme Molina, filmée par un autre témoin, Kyle Morin. Après avoir visionné le segment, le criminaliste Alain Arsenault est plus que jamais convaincu que Stéfanie Trudeau « a fabriqué des preuves » pour faire accuser Mme Molina d’entrave, ce qui constitue une infraction criminelle de sa part. « Cette vidéo offre une preuve irréfutable de méfait public, dit-il. Il faut une enquête criminelle sur Stéfanie Trudeau. »

Pour être accusé d’entrave, un accusé doit nuire au travail des policiers « par des propos ou des gestes », enchaîne Me Arsenault. « Une personne qui filme une arrestation, à moins d’être à six pouces du nez du policier, ne commet pas une entrave», explique-t-il.

Selon le témoignage d’une voisine rapporté par Radio-Canada, Stéfanie Trudeau aurait incité ses collègues à modifier leurs notes préliminaires après l’arrestation musclée de Serge Lavoie, Rudi Ochietti et Simon Pagé. Selon Catia Moreau, les agents étaient de connivence pour modifier leur version des faits. Elle a même entendu Stéfanie Trudeau dire : « Écris pas ça comme ça, parce que si ça va en cour, je ne veux pas me faire écoeurer. » Si tel est le cas, il s’agit d’une autre infraction criminelle.

Le témoignage de Karen Molina confirme le rôle prépondérant joué par la policière Trudeau. Après avoir été détenue pendant une quarantaine de minutes, Mme Molina a été relâchée sous promesse de comparaître. Une policière a proposé de la reconduire chez elle, ce qu’elle a accepté. À peine avait-elle quitté le lieu de l’incident dans l’auto de patrouille qu’elle a entendu la voix de Stéfanie Trudeau sur les ondes, intimant à sa collègue l’ordre de ramener la « Plateaunienne ». « On m’a ramenée, et c’est alors qu’elle [Mme Trudeau] a saisi mon téléphone cellulaire. J’ai protesté, mais elle m’a dit : “tu m’as filmée et je me suis sentie intimidée” », se souvient Mme Molina.

Deux semaines après l’incident, malgré ses multiples appels au Service de police de la Ville de Montréal, elle attend toujours qu’on lui rende son portable. Malgré tous les ennuis que lui cause son arrestation, elle ne regrette pas un instant de s’être arrêtée pour immortaliser sur ce précieux téléphone la bêtise policière. « Moi, je n’étais pas là pour nuire. Dans ma tête, elle n’avait pas le droit de faire ça. Et filmer quelqu’un, à ce que je sache, c’est légal », dit-elle.

Kyle Morin, dont la vidéo disculpe Karen Molina, est du même avis. Quand il a vu qu’on passait les menottes à la jeune femme, il a tenté de persuader deux patrouilleurs qu’elle n’avait « rien à se reprocher ». « Ils m’ont ignoré », dit-il.

M. Morin a eu la présence d’esprit de ne pas rester sur les lieux, évitant ainsi la confiscation de son téléphone cellulaire.

Kyle Morin se trouvait du côté ouest de l’avenue Papineau. Il a tout vu de l’arrestation de Rudi Ochietti, sans entendre les paroles prononcées de part et d’autre. Selon lui, Stéfanie Trudeau a mis « une vingtaine de secondes, et peut-être moins » à parler à M. Ochietti avant de se jeter sur lui pour l’arrêter. « J’étais très surpris parce qu’il n’y avait aucune altercation entre les deux. »

Rudi Ochietti n’était même pas sur la voie publique, mais « juste sur le bord de la porte» de la Casa Obscura, affirme-t-il. « Il était tranquille, il n’avait pas l’air hostile ni agressif », se souvient Kyle Morin.

27 commentaires
  • Clément Campeau - Abonné 16 octobre 2012 03 h 57

    Ménage

    Outre le ménage en tout ce qui concerne le haut niveau de corruption de la société québecoise, cet incident démontre. encore une fois, qu'un grand lessivage s'impose aussi dans la police. Du pain sur la planche!

    • Francois Gagnon - Inscrit 16 octobre 2012 06 h 17

      La question est de savoir si le présent gouvernement aura le courage de mettre immédiatement en place une Commission dur la Police tout comme celle de Charbonneau pour mettre en lumière les mécanismes et procédés obscurs de ce groupe représentant la justice.

      Il est peu probable qu'elle voit le jour puisque comme on le sait à l'occasion le gouvernement lui-même utilise ces chemins obscurs des corps policiers et cela pourrait les mettre au grand jour.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 16 octobre 2012 12 h 34

      Commission commission......

      Les faits sont simples, les gens ont des téléphones pour filmer ce qui se passe.... pas besoin d'une commission de plusieurs millions de $$$$....

      Certain carrés rouge ont brisé et une policière a perdu la tête.... j'aimerais aussi qu'on publie les adresses de ceux qui ont brisé dans le centre-ville de Mtl svp et qu'on repasse et repasse les images pour qu'on se souviennent....

    • Daniel Levert - Inscrit 16 octobre 2012 13 h 09

      D'entré de jeux, ne vous méprenez pas, je ne peut sentir les flics (Lol.) mais ...!

      1) Incroyable ... avez vous vus les deux caméras et le sourire béat de l'individu qui se fait sortir par ce qu'il sais qu'il est filmé ???

      Pas de caméra pas de sourire béat ...!

      2) Et celui qui se fait apostropher par le matricule 728 ???

      Revisionnez le tout et ... vous voyez le matricule 728 avertir son suspect de se tenir tranquille et que fait celui-ci ... y continue à faire son schow pour la caméra et de ce fait la population ... elle lui redemande de se calmer et au lieux de celà, le tout dégénère car l'individue l'a probablement envoyé promener (chier ou autre parole insultante (Lol.) et le tout, pour la caméra car, en aucun temps, elle ne l'a vraiement brutalisé ni même agressée et tout ça, pour la caméra car, encore une fois, pas de caméra pas de show ...!

      Mais pour les paroles dites par le matricule 728 ... que ce soit dans quelque cartier ou arondissement ou il y a des minoritées visibles ben ... il y a le langage utilisé par les policiers entre eux qui est inquiétant car cette policière décrit à un collègue ce qui s'est passé et celà, dans le langage qu'ils utilisent entre eux car elle se croyait en confidencialitée par ce qu'elle ne savait pas que ses paroles étaient entendues ...!

      Vous savez, il y a toujours deux côtés à une médaille

      D.Levert

  • Raymond Chalifoux - Abonné 16 octobre 2012 07 h 17

    Révoltant!

    Absolument outrageant, tout ça! Et ça en dit long sur la "culture" à l'intérieur de la boîte (SPVM).

    L'un des plus grands bienfaits de ces nouvelles technologies (photos et vidéos à gogo part tout un chacun) sera une discipline et une transparence "imposées", parce que les retords ne pourront pratiquement plus rien cacher: Au grand jour! les gestes et le comportement des élus, des policiers, des fonctionnaires, des thérapeutes, etc. bref de tous ceux qui se retrouvent en position de pouvoir (de force) et donc à risque d'en abuser.

    À la longue, au final, ça éloignera probablement mieux, tous ceux... "mal fités" pour la job...

    • Marthe Pouliot Duval - Abonné 16 octobre 2012 10 h 36

      Malheureusement celà risque aussi de décourager les citoyens bien intentionnés dont la démarche se retourne contre eux... supposément pour entrave.

  • Pierre Germain - Inscrit 16 octobre 2012 07 h 58

    Lien de confiance irrémédiablement brisé

    Le lien de confiance est irrémédiablement brisé entre la population et l'actuel SPVM. La direction du SPVM doit être limogée, le SPVM mis en tutelle, et une commission permanente - composée uniquement de non policiers - doit être instaurée afin de juger les actes répréhensibles que pourraient poser certains policiers dans le cadre de leurs fonctions.

    Il n'y a absolument rien à attendre des enquêtes internes d'un corps policier, ni des enquêtes inter-coprs policiers.

    • Daniel Bérubé - Abonné 16 octobre 2012 09 h 52

      Je vois un peu difficilement la mise en tutelle, une commission permanente composé de non policiers sur les simples agissements de "une" policière seulement, voir avec la participation indirecte de ses confrères ou consoeurs. S'il n'y a pas eu de sang versé, de condamnation importante imposé sous de faux prétextes, de fabrication de preuves; j'ai bien peur que ces choses seraient considérées comme "mineurs", ce qui apporterait sans doute le retrait de la policière pour certaines fonctions (tel les manifestations), mais n'irais pas beaucoup plus loin...

      Par contre, j'ai un peu de difficulté moi aussi, avec les enquêtes internes ou inter-corps policiers. Car pourquoi ne pourrait-il pas y avoir certains "retour d'ascenseur" dans ce domaine aussi, mais cette fois sans retour d'argent, mais disons de "services rendus"...

      Les corps policiers, les services de justices, devraient prendre conscience que la confiance est quelque chose de très long à acquérir, mais est aussi très vite perdue... reste à savoir si dans le monde d'aujourd'hui, la confiance est toujours considérée comme étant une "valeur"... car si elle ne peut se traduire en monétaire... bof !

    • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 16 octobre 2012 23 h 47

      Bien d'accord!

  • François Dugal - Inscrit 16 octobre 2012 08 h 01

    Enrichissons notre vocabulaire

    Corporatisme:
    Attitude consistant à défendre sans discernement et retenue les membres d'un même métier regroupés à l'intérieur d'une corporation

  • Rafik Boualam - Inscrit 16 octobre 2012 08 h 42

    fabrication de preuve

    Combien de citoyens victimes de sevices policiers ont été doublement pénalisés après que les policiers eurent trafiqués le rapport. Là, une citoyenne a eu la chance de surprendre une converstation entre les policiers à l,effet d'édulcorer le rapport de police en faveur de la folle. Mais combien d'autres citoyens n'ont pas eu cette chance.