La policière Trudeau désarmée et suspendue - Le SPVM présente ses excuses

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	L’agente Stéfanie Trudeau (matricule 728) lors d’une manifestation étudiante en mai dernier.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
L’agente Stéfanie Trudeau (matricule 728) lors d’une manifestation étudiante en mai dernier.

La policière Stéfanie Trudeau, suspendue jeudi pour son excès de rage contre ces damnés « gratteux de guitare », « carrés rouges » et autres « artistes mangeux de marde », a suscité une telle commotion au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) que le directeur, Marc Parent, a présenté jeudi des excuses publiques.

M. Parent s’est excusé auprès de toutes les personnes visées par les propos « complètement inacceptables et intolérables » de la policière Trudeau, dont l’intervention bâclée est en passe de devenir un nouveau succès viral. « Il y a des policiers aujourd’hui qui ne sont pas fiers de voir comme elle a pu ternir, pas juste le SPVM, mais l’ensemble de la communauté policière », a dit le chef Parent.


De son côté, la Fraternité des policiers a décliné tout commentaire.


Stéfanie Trudeau a été suspendue en après-midi et elle fera l’objet d’une enquête disciplinaire accélérée. La veille, le SPVM l’avait retirée des opérations, tout de suite après avoir pris connaissance des reportages accablants de Radio-Canada. Son attitude et ses commentaires sont à l’antipode des valeurs défendues par le SPVM, a dit M. Parent.


Stéfanie Trudeau, connue sous son numéro de matricule (le 728), a été filmée lors de l’arrestation de quatre individus le 2 octobre. Motif de l’intervention ? L’une des personnes arrêtées tenait une bière sur la voie publique et refusait de s’identifier.


Réfugiée dans sa voiture après l’intervention catastrophique, elle traite successivement les citoyens arrêtés de « rats », de « mangeux de marde », et autres qualificatifs peu élogieux, ne sachant pas qu’elle est enregistrée.


Intention criminelle ?


Mais il y a pire. Lorsqu’elle discute des infractions reprochées aux civils, Mme Trudeau mentionne une accusation d’intimidation, qui repose sur le fait qu’elle a été insultée. « On va l’essayer sur l’intimidation. On va voir si ça va passer », dit-elle.


Selon le criminaliste Alain Arsenault, un spécialiste des bavures policières, Stéfanie Trudeau a fabriqué de toutes pièces de fausses accusations pour se sortir de l’embarras. « Dans le fond, elle reproche aux gens ce qu’elle a fait elle-même : de l’intimidation, du harcèlement et des voies de fait », dit-il.


Me Arsenault juge le comportement de la policière assez troublant pour justifier la tenue d’une enquête criminelle. « Fabriquer de fausses accusations, c’est un méfait public. Il faut carrément étudier cette possibilité-là », estime l’avocat d’expérience, qui a représenté notamment l’un des jeunes blessés lors de la fusillade qui a coûté la vie à Fredy Villanueva, à Montréal-Nord.


Pour le moment, les enquêteurs du SPVM n’explorent pas la piste d’un acte criminel, mais ils pourraient se raviser. « L’enquête disciplinaire n’empêche jamais d’avoir par la suite une enquête criminelle », précise M. Parent.


La direction du SPVM est très préoccupée par les failles potentielles de son système de détection des comportements inappropriés. Les faits et gestes de Mme Trudeau auraient dû alerter ses collègues et ses superviseurs. La désinvolture et la familiarité avec lesquelles elle s’adresse à eux donnent une impression de laxisme dans l’encadrement.


C’est pourquoi une enquête administrative sera menée en parallèle avec l’enquête disciplinaire. « Il y a des changements qui vont être opérés. Il n’y a aucun superviseur qui peut tolérer ce genre de comportement », a prévenu Marc Parent.


Stéfanie Trudeau n’en est pas à ses premières frasques. Lors des protestations étudiantes du printemps, elle avait généreusement poivré des manifestants qui ne posaient aucune menace. La vidéo la montrant a été vue plus de 500 000 fois sur YouTube, valant à Mme Trudeau d’être connue sous le surnom de « Matricule 728 ». Depuis ces événements, elle faisait l’objet d’un encadrement plus serré et n’était plus affectée lors de situations conflictuelles ou dans les rassemblements publics.


Stéfanie Trudeau a aussi des antécédents en déontologie. En 2001, elle a été suspendue pendant six jours, sans salaire, sur décision du Comité de déontologie policière. Les faits remontaient à 1996. On lui reprochait « une attitude agressive et obtuse » envers le personnel de l’hôpital Sainte-Justine qui lui avait refusé l’accès au dossier médical d’un accusé.

 

Objectif atteint


En entrevue à Radio-Canada, Rudy Orchietti et Serge Lavoie, les deux hommes qui ont fait l’objet de l’arrestation brutale du 2 octobre, ont accepté les excuses du chef de police et affirmé que l’objectif, qui était de retirer la policière de la patrouille, avait été atteint. Mais ils ont soutenu ne pas vouloir « taper sur le clou », rappelant que « le SPVM doit faire une introspection ».


La nouvelle a fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux depuis sa première diffusion mercredi soir. Rapidement, une manifestation a été annoncée ce vendredi pour revendiquer le « renvoi définitif de Stéfanie Trudeau ». Une pétition, qui compte plus de 2200 signatures, est également en ligne pour réclamer, de façon plus large, une commission d’enquête publique sur la violence policière pendant la crise étudiante.


En matinée jeudi, l’adresse de la policière, qui a été la cible d’innombrables injures sur les réseaux sociaux, a été publiée sur Facebook. Selon le blogueur Dominic Arpin, un professeur d’éthique aurait divulgué l’adresse, invitant les internautes à aller manifester chez elle et à lui envoyer des enveloppes de poivre. La publication a été retirée, mais le SPVM a dû prendre les moyens nécessaires pour assurer la sécurité de la policière.

 

Avec Jessica Nadeau


 
43 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 12 octobre 2012 00 h 49

    Des propos choquants ? Et la propagande du PLQ ?

    On peut comprendre que les propos de la policière Stéfanie Trudeau aient pu choquer nombre de citoyens. Mais sont-ils autre chose que la traduction, dans l’expression et le niveau de langue d’une sous-culture policière déviante, de la propagande que le gouvernement du PLQ a martelée pendant des mois pour discréditer le mouvement étudiant ?

    Sans soustraire la policière et le SPVM à leurs responsabilités respectives, il faut donc reconnaître que le PLQ a aussi une responsabilité morale dans de telles dérives.

    Par ailleurs, il serait désolant que la mouvance habituelle d’une sous-culture antipolicière, en appelle à une sorte de lynchage, fût-il symbolique, de la policière impliquée dans des incidents surmédiatisés.

    On se rappellera qu’une telle mouvance avait manifesté à Montréal en février 2008, aux cris de «Lapointe bourreau, le peuple aura ta peau !» (Le Soleil, 3 février 2010), contre l'agent Jean-Loup Lapointe, à propos du décès de Fredy Villanueva en 2008.

    Si des actes hors normes ont été commis, ils sont à examiner par les institutions appropriées, et non par une prétendue «justice de la rue» qui s’exprimerait, selon le très douteux slogan «Police partout, justice nulle part», hors de toute instance étatique.

    Yves Claudé

    • François Dugal - Inscrit 12 octobre 2012 07 h 59

      «La rue, c'est l'intimidation et le violence».
      Ça vous rappelle quelque chose?

    • Louis Gagnon - Inscrit 12 octobre 2012 09 h 09

      Mr Claudé,
      c'est tout à fait juste, mais où se trouve la ligne entre les propos « acceptés » du PLQ et ceux « innacceptables » de cette policière ?

    • Dany Tanguay - Inscrit 12 octobre 2012 09 h 26

      Effectivement, le PLQ a tout tenté pour dénigrer le mouvement étudiant en disan,t à qui voulait l'entendre, que ce mouvement était violent alors que la violence a été exercé par des casseurs qui pour certains étaient peut-être embauchés par la police, une façon de faire que nous avons déjà vue lors de manifestation syndicale et ce avec preuves à l'appui......

    • Franklin Bernard - Inscrit 12 octobre 2012 09 h 44

      Très juste, mais pourquoi ne mentionne-t-on jamais
      également le nom du maire Tremblay dans toutes ces hisoires des bavures du SPVM? C'est lui, le patron du SPVM, non? Il ne s'est jamais élevé conre les brutalités de sa police. C'et lui qui aurait dû d'abord et avant tout remercier le chef Parent. Tout ça ne date pas d'hier.

      Quant à la Fraternité des policiers, qui a «décliné tout commentaire», il est clair qu'elle ne désavouera jamais sa policière Trudeau. C'est grave.

      Pour tous ces gens-là, du haut en bas de la hiérarchie, la déontologie est un vain mot à jeter aux orties.

    • Paul Gagnon - Inscrit 12 octobre 2012 10 h 48

      Il y en a qui vont s'ennuyer du matricule 728. Si j’étais le matricule 729, je serais inquiet!

      Est-ce que la FFQ et La Ligue des droits et libertés vont faire un geste pour secourir cette femme qu’on jette en pâture à la vindicte publique, alors qu’elle aurait plutôt besoin de soin? Non, je ne le crois pas. Ainsi va le monde...

    • Yves Claudé - Inscrit 12 octobre 2012 13 h 57

      À Monsieur François Dugal,

      Vous rappelez fort à propos un leitmotiv de la propagande du PLQ : «La rue, c'est l'intimidation et le violence». Il s’agissait justement d’associer les dizaines de milliers d’étudiants et de manifestants pacifiques à quelques dizaines de casseurs dont il n’est pas interdit de penser qu’ils aient été manipulés, voire pour certains rémunérés pour leurs basses œuvres. La collaboration de certains médias de masse à cette propagande ne doit pas non plus être oubliée, et si la policière Stéfanie Trudeau a pu subir une certaine désinformation, on peut facilement deviner de quels médias celle-ci provenait, et de quel quotidien en particulier !

      Il reste que la formation en techniques policières comprend normalement la compétence du savoir être, qu’elle doit être évaluée d’une manière rigoureuse, et qu’une évaluation positive de cette compétence doit ou devrait être une condition de l’obtention d’un diplôme. Les faits, tels que rapportés par les médias, s’ils sont vérifiables et vérifiés, indiquent clairement que la policière n’a pas démontré la maîtrise de cette compétence dans les contextes spécifiés.

      Il serait démagogique, comme certains semblent le faire, d’associer un cas particulier, à l’ensemble des policiers qui font très majoritairement preuve de compétence et de respect des citoyens.

      Quant aux responsabilités, malgré les excuses officielles du SPVM, elles se situent surtout au niveau de la formation, de la sélection, de l’encadrement et de la supervision des agents, puisqu’il y a eu une lacune majeure dans le cas Trudeau.

      Yves Claudé

  • Patrice Poirier - Abonné 12 octobre 2012 03 h 11

    Et le patron de Stéfanie Trudeau?

    Le patron de Stéfanie Trudeau, celui qui l'écoute débiter ces insultes. Celui qui sait avoir une policière hors contrôle, il est suspendu quand? La ligne hiérarchique doit payer pour tant de tolérance, de bas à TOUT en haut.

    Innacceptable.

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 octobre 2012 12 h 59

      Effectivement... qui ne dit mots, approuve !

  • Francois Gagnon - Inscrit 12 octobre 2012 05 h 33

    Est-ce la Police que l'on veut ?

    Au delà d'une inaptitude clairement démontrée à occuper un poste de policière, la tolérance instantannée observée de ses collègues et supérieurs immédiats laisse croire à un possible problème systémique de comportement et respect du citoyen qui est plus ou moins étendu au sein du SPVM.

    Si ce qui a été observé et entendu est avéré il semble clair que cette policière devrait être accusée de voie de faits au criminel, un délit sérieusement aggravé du fait qu'elle est policière. En ce qui concerne l'abus de pouvoir il ne semble y avoir aucun doutes.

    De plus, à la lumière des multiples faits d'armes pathétiques de cette policière au cours de sa carrière, le SPVM a un sérieux travail d'introspection à faire !

  • Denis Boyer - Inscrit 12 octobre 2012 07 h 08

    Une pomme pourrie dira-t-on?

    Ce que j'aimerais bien savoir c'est ce qui serait advenu d'une telle policière si elle n'avait jaais été filmé ni enregistré. Les autres policiers qui travaillent à ses côtés s'en prennent à qui durant une altercation? À elle, pour la restreindre, ou à ses opposants, pour l'assister?

    Les deux scénarios qu'on connait nous indique la réponse troublante. Ceci pourrait signifier que d'autres cas similaires demeurent indétectés car personne n'avait d'appareil pour capter le comportement abusif des autorités. Trouver une pomme pourrie signifie parfois qu'on en a plusieurs dans notre panier. J'espère que l'enquête ira assez loin...

    • Dany Tanguay - Inscrit 12 octobre 2012 09 h 20

      Votre opinion rejoint la mienne, Mme Trudeau n'est pas arrivé la semaine dernière au SPVM, elle y était déjà depuis quelques années et elle a toujours été tolérée dans ses frasques,et certainement appuyée par des consoeurs ou confrères. Il ne faut pas oublier qu'il n'est pas rare d'être abordé de façon inapropriée par une policière ou un policier peu importe la gravité de l'infraction, ces gens nous regardent de haut et croient que leur pouvoir leur permet d'insulter les gens.......

    • Pierre Rousseau - Abonné 12 octobre 2012 11 h 47

      L'attitude que vous dénoncez n'est pas exclusif aux policiers de Montréal mais on la retrouve aussi au sein de la police fédérale: vous vous souviendrez de l'incident Dziekansky de l'aéroport de Vancouver où un visiteur polonais a été tué à la suite de décharges de « Taser ». Malgré le fait qu'ils aient été filmés par un citoyen, les policiers impliqués ont continué à maintenir leur version (légitime défense) et à mentir devant la Commission d'enquête et furent accusés de parjure.

      De plus on voit souvent les policiers accuser des citoyens d'entrave ou de voies de fait à un agent de la paix quand une intervention tourne mal et où leur conduite pourrait être mise en cause. C'est leur moyen de blâmer le citoyen et de détourner l'attention de leur conduite en forçant le citoyen à se défendre en cour criminelle et si ce dernier est acquitté, il est bien heureux de ne pas finir avec un casier judiciaire et il est rare qu'il porte plainte contre les policiers.

      Il est évident que la police canadienne en général manque de contrôles par des entités indépendantes et elle agit souvent selon les demandes de partis politiques qui forment le gouvernement et pas nécessairement selon la règle de droit. C'est un état de chose qui devrait attirer l'attention et qui devrait être changé et amélioré.

  • Patrick Boulanger - Abonné 12 octobre 2012 07 h 15

    « Il a rappelé que le service de police s'est doté d'une politique de tolérance zéro envers le profilage — qu'il soit racial, politique ou social » ? (Marc Parent, article: « Matricule 728: le directeur du SPVM présente ses excuses »)

    Pour ceux qui croient ce sinistre clown sur parole, je vous invite à lire l'article suivant : « Carrés rouges, vos papiers! ».

    • Patrick Boulanger - Abonné 12 octobre 2012 09 h 26

      Je me suis emporté! j'aurais dû répondre ceci: Encore faut-il que cette politique soit appliquée!