Vie privée: Ottawa refuse de nommer les sites Web fautifs

Prévenir, mais pas complètement. Tout en alertant les internautes canadiens sur des risques de « fuites » de leurs données personnelles sur plusieurs sites Internet « parmi les plus populaires » au pays, la commissaire fédérale à la protection de la vie privée, Jennifer Stoddart, refuse toutefois de révéler l’identité de ces espaces numériques à risque. Une décision prise en raison « du contexte » dans lequel ces fuites se déroulent, mais également « des effets possibles sur les entreprises » que pourrait engendrer une telle dénonciation publique, a-t-elle indiqué jeudi au Devoir.

« La loi assure la confidentialité des organisations sur lesquelles nous enquêtons, a résumé Mme Stoddart, à moins que nous estimions qu’il est dans l’intérêt public de ne pas respecter cette confidentialité. Dans le cas présent, comme c’est une première recherche que nous menions sur les fuites de données personnelles, j’ai estimé normal de ne pas nommer les entreprises ciblées et de leur donner le temps de corriger la situation. »


Une recherche inédite


Plus tôt cette semaine, le Commissariat canadien à la protection de la vie privée a rendu publics les résultats d’une recherche inédite portant sur les fuites de données personnelles collectées par plusieurs sites fréquentés par les internautes canadiens. En substance, 25 de ces espaces ont été passés au crible. Les chercheurs ont trouvé des problèmes sur 11 d’entre eux, avec des fuites préoccupantes observées dans six des espaces numériques. Ces fuites se résument au partage avec de tierces parties d’adresses de courriel, de noms, d’adresses, de codes postaux, mais également, a indiqué la commissaire en entrevue, d’adresses IP, de « noms d’usager » et de « mots de passe », le tout sans le consentement des usagers.


Ces « échanges » d’information se jouent d’une manière inaperçue pour les visiteurs de ces sites, en « violation des lois fédérales en matière de protection de la vie privée » tout comme le non-respect flagrant des « politiques sur la protection de la vie privée » affichées par l’ensemble de ces entreprises ayant pignon sur Web, poursuit l’organisme fédéral. La plupart des données ainsi « partagées » se retrouvent généralement dans les mains d’entreprises versées dans le marketing, la publicité ou l’analyse des comportements humains dans les univers numériques. Les 25 sites étudiés par le commissariat sont exploités par de « grandes sociétés dont les revenus annuels combinés s’élèvent à des milliards de dollars », précise l’organisme. Elles oeuvrent dans les domaines des médias, des petites annonces, du commerce de détail et de la publicité.


Mme Stoddart a justifié jeudi sa décision de ne pas montrer du doigt ces entreprises par le fait qu’« elles ne savent peut-être pas qu’elles génèrent des fuites de renseignements personnels, dit-elle. C’est peut-être une négligence de programmation. » Des lettres ont été envoyées aux fautifs qui ont trois semaines pour apporter les correctifs réclamés par Ottawa.


La commissaire estime toutefois qu’à l’avenir, cet anonymat pourrait ne pas être respecté par son organisme. « Après cette première expérience, j’estime que la communauté d’affaires du Canada est désormais informée de ma démarche, dit-elle. Du coup, lorsque je vais continuer à l’avenir à réclamer ce genre d’étude, il se pourrait que je nomme les compagnies ciblées et celles qui ne se conforment pas aux lois canadiennes. »


Aux États-Unis, la situation est encore plus préoccupante : les fuites d’informations personnelles ont été décelées, lors d’analyses similaires, dans près des trois quarts des sites étudiés.

1 commentaire
  • Franklin Bernard - Inscrit 2 octobre 2012 08 h 24

    Madame Stoddart fait son choix: le big business contre la population

    « Une décision prise en raison ... « des effets possibles sur les entreprises » que pourrait engendrer une telle dénonciation publique, a-t-elle indiqué jeudi au Devoir.»

    Elle préfère ne pas indisposer les sites Web coupables plutôt que de protéger la population en les dénonçant. Elle laisse les utilisateurs continuer à se faire avoir par le big business Internet plutôt que de les mettre à l'abri.

    On n'en attendait pas moins d'une ministre de Harper.