L’UPAC frappe chez Infrastructure Québec

Malgré les différentes perquisitions menées par l’UPAC, sur le chantier du futur Centre universitaire de santé McGill, les travaux se poursuivaient mardi.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Malgré les différentes perquisitions menées par l’UPAC, sur le chantier du futur Centre universitaire de santé McGill, les travaux se poursuivaient mardi.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a effectué mardi une première frappe au sein du gouvernement dans un dossier de corruption. L’organisme Infrastructure Québec a été visité par la police pour son rôle central dans l’octroi du contrat de construction du Centre universitaire de santé McGill à SNC-Lavalin.

Infrastructure Québec est responsable de tous les grands projets d’infrastructure des ministères et des organismes publics. C’est donc sous sa supervision qu’a été accordé, en juillet 2010, le contrat de 1,3 milliard de dollars au Groupe immobilier santé McGill (GISM) composé de SNC-Lavalin et de l’entreprise britannique Innisfree. Il s’agit d’un contrat de partenariat public-privé (PPP) pour la conception, le financement, la construction, l’entretien et le maintien - pour une durée de 34 ans - du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Ce mégahôpital est le pendant anglophone du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), également en construction.


Chez Infrastructure Québec, qui est le dépositaire de tous les documents de l’importante transaction, on confirme la perquisition menée par les policiers de l’escouade Marteau (intégrée à l’UPAC). « Nous avons offert toute notre collaboration », a affirmé la porte-parole de l’organisme gouvernemental, Carla Duval.


Quelques heures plus tôt, une autre perquisition avait eu lieu aux bureaux administratifs du CUSM concernant le même dossier. Une dizaine de policiers ont notamment rencontré des témoins.

 

56 millions de dollars


Selon les informations recueillies par Le Devoir, deux éléments sont au coeur de l’enquête : le versement par SNC-Lavalin de 56 millions de dollars en commissions irrégulières pour des projets non précisés, ainsi que les liens présumés entre SNC-Lavalin et Arthur Porter, l’ex-directeur général du CUSM. M. Porter serait soupçonné d’avoir préparé la voie à SNC-Lavalin pour le lucratif contrat de PPP.


La firme de génie-conseil était alors dirigée par Pierre Duhaime, qui a démissionné en mars dernier - avec une indemnité de départ de 5 millions en poche - après avoir contrevenu au code de déontologie de l’entreprise. Une enquête interne avait conclu que M. Duhaime avait permis le paiement de commissions totalisant 56 millions de dollars à des agents commerciaux. Ces derniers servaient d’intermédiaires entre SNC-Lavalin et des clients potentiels.


M. Duhaime s’est montré particulièrement critique lorsque le rapport de Jacques Duchesneau, de l’Unité anticollusion du ministère des Transports, rendu public en septembre 2011, a fait état de corruption. « Chez SNC-Lavalin, ça n’existe pas », avait alors affirmé M. Duhaime.


Mais voilà, les cas de corruption impliquant SNC-Lavalin se sont multipliés au cours des dernières années sur le plan international. De plus, le géant québécois de l’ingénierie entretenait de liens étroits avec le régime Kadhafi avant la révolution populaire du printemps 2011. C’est dans ce contexte de tourmente que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a procédé à une perquisition de trois jours au siège social de SNC-Lavalin, en avril dernier.


Mardi, la réaction de SNC-Lavalin a été brève. « Même si nous n’avons pas été contactés spécifiquement au sujet des événements d’aujourd’hui, ce dossier nous concerne et nous collaborerons pleinement dans le cadre de toute enquête menée par les autorités. Nous sommes fiers de ce projet et de la qualité avec laquelle il est mené par les centaines de professionnels qui y oeuvrent », a écrit au Devoir Leslie Quinton, la vice-présidente aux communications de l’entreprise.


Au CUSM, on s’est borné à dire que l’opération policière avait trait au processus d’octroi de contrat de PPP, renvoyant ainsi la balle chez Infrastructure Québec.


On se rappellera toutefois qu’Arthur Porter a quitté ses fonctions en décembre 2011 à la suite d’une controverse le concernant. Alors qu’il occupait le poste de directeur général du CUSM, M. Porter présidait le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, un organisme indépendant chargé de surveiller les services secrets canadiens (SCRS). Durant la même période, M. Porter avait fondé un centre de cancérologie aux Bahamas.


L’enquête de l’UPAC sur le CUSM en est au stade des balbutiements. Les perquisitions effectuées devraient apporter un certain éclairage grâce aux documents saisis. Aucune arrestation n’était prévue dans l’immédiat.


 
10 commentaires
  • Daniel Théroux - Inscrit 19 septembre 2012 04 h 27

    PPP

    En partant un PPP n'est pas profitable pour nous les Québecois, c'est un genre de programme qui remercie les proches d'un parti politique !
    Premierement les politiciens se pettent les bretelles avec ca comme quoi c'pas ns qui sommes endettés, ca parait bien devant l'électorat. 2e quand vient le temps de financé notre dette quebecoise ca ne parait pas au bilan , mais ns sommes responsables de cette dette !
    Alors ca sert a quoi d'après vous ? remerciements a des amis, cadeau etc,.....
    Ca s'est fait en Europe, ct'un piège a con !

  • Caroline Langlais - Inscrite 19 septembre 2012 05 h 54

    L'autre scandale

    L'autre scandale est la construction d'un méga centre hospitalier de langue anglaise à Montréal.

    Une ville, un seul CHU pour tous.

    • Denis Boyer - Inscrit 19 septembre 2012 07 h 09

      Le centre hospitalier pour l'Université McGill n'est pas unilingue anglais, pas plus que l'Université McGill d'ailleurs!

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 19 septembre 2012 09 h 02

      Mme Langlais,a parfaitement raison.Un seul CHU et nos nombreux hopitaux ,combleraient amplement les besoins et davantage encore,s'ils sont administrés correctement,et de manière éthique, honnête,et sans détournements de fonds ,qui grèvent les budgets d'État.

  • Robert Beauchamp - Abonné 19 septembre 2012 07 h 06

    Isotrope

    Où M. porter se procurait-il son isotrope pour son centre de cancérologie?

    Robert Beauchamp

  • Claude Kamps - Inscrit 19 septembre 2012 10 h 00

    Dédoublement inutile

    La même somme de plus de 2 milliards accordées à la minorité anglophone qu'a la majorité francophone pour construire un hôpital, dans le contexte ou le PLQ a sa principale base politique dans la minorité anglophone est un geste politique et pas autre chose. Un hôpital francophone avec facilité linguistique pour l'anglais, l'espagnol etc. aurait fait bien mieux l'affaire et le tout aurait coûte 1 milliard de moins, sans les dédoublement et surtout sans la course au appareillages médicaux de dernier cris entre deux rivaux.
    Cela démontre la domination honteuse d’une minorité qui se croit encore victorieuse sur les plaines et dont trop de membres ne veulent tout simplement pas circuler dans la partie majoritaire francophone ou même en apprendre la langue inutile dans cet océan anglo-saxon.
    Il est de plus très intéressant pour les mafias et les lobby légaux, d’avoir deux chantiers ou faire du bénéfice facile...

  • Réal Giguère - Inscrit 19 septembre 2012 10 h 14

    Quel hasard?

    Tout ça au moment où les Libéraux quittent le pouvoir

    • Francois Gagnon - Inscrit 19 septembre 2012 21 h 39

      Ne vous inquiétez pas, tous nos vieux partis ont les "mains qui trempent dedans" !

      Le PQ et le PLQ sont tous les deux en cause puisque cela fait parti de nos modes de fonctionnements politiques douteux depuis les débuts de cette colonies en passant par l'époque Duplessis.

      Oui, il est grand temps de faire le ménage sur cette Province veut un futur et non la destinée qui se confirme de plus en plus pour plusieurs pays d'Europe.