Commission Charbonneau - Construction : l’abc de la mafia, selon une experte italienne

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	Selon Valentina Tenti, l’industrie de la construction a été ciblée par la mafia parce qu’elle présente certaines vulnérabilités, notamment en matière d’encadrement législatif.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon Valentina Tenti, l’industrie de la construction a été ciblée par la mafia parce qu’elle présente certaines vulnérabilités, notamment en matière d’encadrement législatif.

Extorsion, intimidation, corruption, collusion, mais aussi paiement de pizzo. Voilà le portrait qu’a dressé, mardi, une experte du phénomène de la mafia italienne devant la commission Charbonneau.


Valentina Tenti, une chercheuse qui a un doctorat en criminologie, a expliqué l’a b c de la mafia, c’est-à-dire la façon dont l’organisation s’y est prise pour infiltrer le milieu de la construction, dans son pays d’origine. Selon Mme Tenti, qui a d’ailleurs déposé une étude d’une centaine de pages devant la commission, l’industrie de la construction a été ciblée par la mafia parce qu’elle présente certaines vulnérabilités, notamment en matière d’encadrement législatif.


Les occasions de collusion et de corruption y sont grandes, puisque plusieurs acteurs sont en jeu : entrepreneurs, professionnels, fonctionnaires, hommes et femmes politiques, a expliqué Mme Valentina. De plus, « les firmes se font concurrence dans un marché local et les barrières pour y entrer sont relativement basses », écrit-elle.


Elle ajoute que dans cette industrie, il est plus facile de conclure des ententes secrètes pour se partager les contrats.


Cette experte a parlé d’extorsion, d’intimidation et violence, de corruption, de collusion, mais aussi de paiement de pizzo, d’obligation d’acheter tant de matériaux de telle compagnie et au prix demandé, d’obligation d’embaucher tel individu, de fausse facturation, d’utilisation de matériaux de moindre qualité, d’ententes de cartels pour se partager les contrats, bref, de stratagèmes frauduleux divers.


Certaines entreprises sont carrément détenues par la mafia, alors que d’autres sont tenues de faire affaire avec ces entreprises exploitées par la mafia, a-t-elle rapporté.


En Italie, la mafia a contrôlé ce qu’elle a décrit comme « les trois piliers » de l’industrie de la construction, à savoir les matières premières, comme le béton, la main-d’oeuvre et le financement. Par le monopole du béton que la mafia a créé, par exemple, elle a réussi à contrôler les prix, les ventes, les commandes et les contrats, a relaté la chercheuse italienne, qui collabore au Centre international de criminologie comparée de l’Université de Montréal.


Mme Tenti a cité le défunt juge Giovanni Falcone, voué à la lutte contre la mafia en Italie, et qui a été assassiné en 1992. « Ils ont été capables d’entrer dans l’industrie par implication directe. Giovanni Falcone, quand il parlait de la Cosa nostra, a dit qu’à une certaine époque, la Cosa nostra contrôlait complètement l’industrie de la construction, soit avec des entreprises détenues par ses membres, soit par des entreprises sous le contrôle de la Cosa nostra », a-t-elle relaté.


Elle a énuméré différents stratagèmes frauduleux utilisés dans la construction : facturer 50 kilos de matériaux, mais n’en installer que 25 ; installer un matériau de moindre qualité dans les couches profondes mais une couche de qualité correspondant aux normes en surface, au cas où un ouvrage serait inspecté.


Mme Tenti a bien affirmé que la mafia à elle seule ne pouvait agir et avait besoin de « facilitateurs », tant au sein des autorités publiques qu’au sein des entreprises privées. Il y a entre les parties « échanges de services », a-t-elle rapporté, par exemple un « échange de votes » pour des contrats avec des représentants politiques.


Avant d’en venir à l’implication de la mafia dans l’industrie de la construction, en fin de journée, Mme Tenti a longuement expliqué comment fonctionnent trois des groupes traditionnels du crime organisé, à savoir la Cosa nostra (sicilienne), la Camorra (napolitaine) et la Ndrangheta (calabraise).


Prestation de serment, dix commandements, code d’honneur, rites d’affiliation, les hommes d’honneur et les « autres » hommes, le phénomène a été exposé dans le détail.


Pour illustrer l’importance acquise par la Cosa nostra dans le secteur public dans les années 1950 en Italie, elle a rapporté qu’à l’époque, une enquête avait démontré que sur 4000 permis de construction délivrés par les municipalités de la région de Palerme, 2500 l’avaient été à trois personnes. Et ces personnes n’avaient pas de compétences dans l’industrie, servant en fait de prête-nom.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 19 septembre 2012 07 h 55

    Mafia ou aventuriers

    Un jour je me présentai chez un contracteur de voirie important, lorsque j’entrai dans le bureau j’y aperçu une énorme carte de la province et des petits drapeaux de toutes les couleurs épinglés, la personne qui me reçue me dit voila mon outils de travail, vous voyez ,tous ces petit drapeaux ce sont des sablières ou des carrières qui nous appartiennent a moi et mes associés, Vous savez dans notre entreprise les principaux couts sont le transport des matériaux, le fait de posséder des sablières et des carrières partout, nous donne une longueur d’avance sur nos concurrents. A partir de ce jour je compris que ce n’était pas une entreprise facile à gérer, que la géo localisation était un facteur important, et que les gens qui y travaillaient avaient tous des liens entre eux, il me donna alors l’exemple du rem plissement de l’Ile Notre Dame pour l’Expo 67, il dit il y avait un contracteur qui arriva avec des couts a 10% de tous les autres, même la gérance de l’Expo s’en ameuta, mais le contracteur refusa de dire comment il s’y prendrait, il obtint alors le contract, et tout le monde avait hâte de voire comment il s’y prendrait, mais qu’elle ne fut pas notre surprise, il n’avait pas besoin de camions, il dit qu’il allait pomper directement la pierre du fond du St Laurent et que tout ce qu’il avait a faire, c’était d’avoir réservé une entreprise qui avait l’habitude du dragage, Il nous dit qu’il allait remplir avec d’énormes tuyaux, l’espace imparti et ce dans les délaies requis.
    Ca me fit alors penser a la guerre des aboiteaux au début de la colonie, qui consistait assécher des terres pour en exploiter les richesses. Qui n’a pas vue les terres semés de Bay Dufresne ou tout simplement les terres salines du bas du fleuve, qui ont une productivité exemplaire. Voila déjà, dès le début de la colonie, des aventuriers, qui déjà savaient utiliser le territoire pour s’enrichir. Maintenant au Québec, on utilise ces espaces pour faire du développement, chercher l’erreu