Point chaud - Femmes en politique: une présence nécessaire

Lakshmi Puri: «Il y a souvent un contexte politique qui favorise l’accession des femmes au pouvoir.»
Photo: Ryan Brown - ONU Femmes Lakshmi Puri: «Il y a souvent un contexte politique qui favorise l’accession des femmes au pouvoir.»

Les femmes au pouvoir se préoccupent davantage de politiques sociales, dont celles axées sur la santé et les soins donnés aux enfants. Mais une femme comme Michelle Bachelet, qui a été présidente du Chili avant de prendre la tête de l’organisation ONU Femmes en 2011, a d’abord dû assumer le rôle de ministre de la Défense pour accéder aux plus hautes fonctions politiques de l’État.

« Elle avait assumé les fonctions de ministre de la Santé, mais elle dit que si elle n’avait pas été ministre de la Défense, ministère considéré comme plus masculin, elle n’aurait pas pu devenir présidente du Chili », commente Lakshmi Puri, directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes. Au lendemain de l’élection de Pauline Marois comme première ministre du Québec, Mme Puri était de passage la semaine dernière à Montréal, dans le cadre de l’Assemblée mondiale Civicus, organisée en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde.


Aujourd’hui encore, une minorité de femmes gouvernent les quelque 192 pays qui composent la planète.


La première femme à accéder au rôle de chef d’État dans le monde a été Sirimavo Bandaranaike, du Sri Lanka, qui succéda en 1960 comme première ministre à son mari assassiné, et qui gouverna ensuite à trois reprises sur une période de 19 ans. L’année suivante suivit Indira Gandhi, qui fut première ministre de l’Inde durant 11 ans.


« Il y a souvent un contexte politique qui favorise l’accession des femmes au pouvoir », poursuit Lakshmi Puri, elle-même originaire de l’Inde.


« Avant Indira Gandhi, il y a eu en Inde le Mahatma Gandhi, qui a incité les femmes à faire de la politique, et qui avait lancé le mouvement swadeshi, qui encourageait la consommation en Inde de produits locaux. Ce sont des mouvements qui ont favorisé l’émergence des femmes en politique. »


Reste que, pour arriver à l’idéal de représentation des femmes en politique, beaucoup de chemin reste à faire. « Dans plusieurs pays, pour remédier aux iniquités historiques entre les hommes et les femmes, nous avons fait adopter un plan pour assurer la présence des femmes dans les Parlements, par l’entremise de sièges réservés. Au Sénégal, nous avons ainsi réussi à faire passer la représentation féminine de 23 % à 43 % au cours de la dernière élection. »


Dans certains pays marqués par la guerre, comme le Rwanda ou le Liberia, la représentation des femmes en politique a même dépassé le pourcentage représentatif de 50 %. « On a besoin des femmes pour reconstruire le pays », note Lakshmi Puri, qui relève que le gouvernement du Rwanda est désormais formé à 56 % de femmes.


« Dans 55 pays, nous avons lancé une réforme du système électoral », ajoute Mme Puri.

 

Les attitudes


« Mais il faut aussi travailler sur les attitudes. Il y a des hommes et des femmes qui croient encore que les femmes ne sont pas à leur place en politique. » Dans dix pays du monde, ONU Femmes a aussi dû mettre en place des programmes de prévention de la violence électorale. « Les femmes qui veulent faire de la politique y sont menacées ou violentées », constate-t-elle.


La participation politique est donc l’un des chevaux de bataille de la toute récente ONU Femmes, qui a été créé en juillet 2010 par l’ONU, à partir de quatre organisations déjà existantes.


Ce qui ne change rien au fait que les femmes ont leurs faiblesses. « Elles ont autant de faiblesses que les hommes. Ce que nous voulons, c’est qu’elles développent leur potentiel », poursuit Lakshmi Puri.


Mais les femmes peuvent faire aussi beaucoup pour les autres femmes. « Une femme peut représenter toutes les femmes, mais 500 hommes ne peuvent pas représenter une femme », commente Mme Puri.


Et à ce chapitre, il y a fort à faire de par le monde, car 70 % des pauvres de la planète sont des femmes. « Il y a une féminisation de la pauvreté », dit-elle. Et 90 % des terres des pays émergents appartiennent à des hommes. « À cause de ce problème de propriété des terres, les femmes ont également des difficultés à avoir accès à l’eau, poursuit-elle. Cela devient un cercle vicieux de la pauvreté. Elles ont aussi un accès limité au crédit. »


Les femmes peuvent donc beaucoup pour les autres femmes, mais aussi pour l’avenir de la planète. Peut-on rêver que, du fait qu’elles portent les enfants, les femmes pourraient avoir une vision à plus long terme des politiques publiques et de leur impact ? « Ce sont un peu les gardiennes de la terre », dit Mme Puri.


Or, le développement durable est au coeur des priorités d’un organisme comme ONU Femmes, avec, bien entendu, des causes comme la lutte contre la violence faite aux femmes. « La violence faite aux femmes est un phénomène mondial », constate Mme Puri, qui se réjouit par ailleurs que 125 pays aient condamné à ce jour ouvertement ce type de violence. « En Australie, un cas de violence sur trois n’est pas signalé aux autorités policières. »


« Il faut qu’il soit clair qu’il n’y a pas de culture d’impunité dans ce domaine, dit-elle. Il faut aussi assurer la protection des femmes et aussi leur apporter de soins après les actes. »


L’ONU Femmes défend aussi différentes autres causes, la lutte contre la propagation du VIH et l’éducation, par exemple. Depuis sa création, il y a à peine deux ans, l’ONU Femmes a travaillé avec 51 entités des Nations unies. Sur le site Internet de l’organisation, on peut accéder au programme intitulé I know politics (Je connais la politique), qui encourage les femmes à se familiariser avec les mécanismes du pouvoir.

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Lakshmi Puri en cinq dates

De 1999 à 2002 :
Au cours d’une carrière de 28 ans au ministère des Affaires étrangères de l’Inde, Mme Puri a été notamment ambassadrice de l’Inde en Hongrie et en Bosnie-Herzégovine.

2002 : Elle entre en fonctions à l’ONU où elle sera directrice de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) jusqu’en 2007.

De 2007 à 2009 :
Elle est sous-secrétaire adjointe par intérim de la CNUCED.

2009 : Elle est directrice du bureau du Haut Représentant des pays émergents, des États en développement sans littoral, et des petits États insulaires en développement.

2011 : Elle occupe les fonctions de directrice exécutive à l’ONU Femmes.

6 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 10 septembre 2012 08 h 40

    Merveilleux texte

    Ce texte est plein d'espoir. Et nécessaire. Touchant de lire le parcours de madame Puri.

    Merci Caroline. Tenez-nous au courant de ce qui se passe à ONU Femmes.

    Plus nous parlerons des personnes, et non des hommes et des femmes, meilleur notre monde deviendra.

    Yvon Bureau, personne de sexe masculin.

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 septembre 2012 08 h 48

    Une femme représente toutes les femmes?

    En tout cas, bien que je sois un homme, je me sens beaucoup mieux représenté par Pauline Marois que par Jean Charest.

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 septembre 2012 12 h 01

      Attention quand même de ne pas tomber dans l'adulation !

      Mais je m'accorde tout de même le droit de dire qu'il sera intéressant de voir ce que Mme Marois fera avec le pouvoir qu'elle détient !

      Je lui fais confiance, ce qui ne m'empêchera jamais de demeurer critique, mais de façon honnête !

      Ce n'est pas tant le fait que ce soit la première femme élue à la tête du gouvernement québécois qui m'inspire, mais tout ce qu'elle a dû surmonter depuis qu'elle fait de la politique active! C'est tout un cheminement à saluer , et c'est pour cela que je lui souhaite de réussir à faire évoluer notre société non pas seulement pour l'avancement ou le bien-être des femmes, mais pour la société en général, homme ou femme confondus !

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 septembre 2012 13 h 51

      Il ne s'agit pas d'adulation, mais simplement de dire que le sexe n'est pas tout et que je me sens mieux représenté par une femme partageant plusieurs de mes idées que par un homme ne partageant que très peu des miennes. N'est-ce pas aussi votre cas (à l'envers, bien entendu)?

  • France Marcotte - Inscrite 10 septembre 2012 19 h 20

    Ce qui manquait

    «Les femmes peuvent donc beaucoup pour les autres femmes, mais aussi pour l’avenir de la planète. Peut-on rêver que, du fait qu’elles portent les enfants, les femmes pourraient avoir une vision à plus long terme des politiques publiques et de leur impact ? « Ce sont un peu les gardiennes de la terre », dit Mme Puri.»

    Voilà entre autre pourquoi les femmes sont nécessaires en politique.

    • Daniel Bérubé - Abonné 10 septembre 2012 21 h 02

      Effectivement, je suis confiant de de la place de la femme en politique; comme vous dites, le fait d'être porteuse de toutes vies humaines fait peut-être en sorte qu'elle sont plus sensible sur les visions à longs termes. Et reconnaissons que les premières femmes a atteindre le stade de première ministre ou présidente, ont dû démontrer un caractère s'approchant du type masculin, tel que la dame de fer... ont la trouvait dure dans ses prises de décisions souvent, mais sans doute que si elle aurait demeuré trop féministe... elle n'aurait jamais eu ce poste....

      Ce n'est qu'une opinion...