Démocratie multiforme

Voter ne suffit pas. La démocratie représentative telle que nous la connaissons, avec ses députés élus au Parlement, n’est pas suffisante. Il faut également instaurer d’autres modes de participation citoyenne au processus de prise de décision publique.

C’est ce que faisaient valoir cette semaine les participants à un atelier de l’Assemblée mondiale Civicus, organisée en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde.


À cet égard, l’exemple de l’Institut d’études islamiques, une université d’État d’Indonésie, est instructif. Dans ce pays où les mouvements étudiants ont réussi à renverser deux gouvernements, qui avaient régné durant 20 et 32 ans, les étudiants de l’Institut sont tenus de passer un mois dans une localité rurale du pays. Là, ils doivent apprendre la langue de la communauté (l’Indonésie parle 760 langues différentes) et soutenir l’engagement social des habitants.


« L’université joue un rôle majeur de pont entre l’État et la communauté », expliquait Nadhir Salahuddin, chef du département du développement communautaire de l’Institut d’études islamiques d’Indonésie.


Michel Venne, directeur de l’Institut du Nouveau Monde, faisait une présentation dans le même atelier. Au cours des derniers mois au Québec, soulignait-il, le gouvernement de Jean Charest a opposé les manifestations de la rue à la démocratie représentative, comme si les deux formes de participation citoyenne n’étaient pas complémentaires.


Or, pour Michel Venne, la démocratie représentative, telle que nous l’avons connue dans le cadre des dernières élections du 4 septembre, n’est en fait que l’aboutissement d’autres formes d’engagement citoyen, dont l’engagement dans diverses causes et le lobbyisme.


Reste qu’il y a cent ans, la démocratie représentative telle qu’on la connaît n’existait dans aucun pays du monde, comme le reconnaissait au même atelier John Gaventa, directeur du Coady International Institute.


Pourtant, dans certains pays comme le Brésil, des comités ont déjà été mis sur pied pour veiller à ne pas laisser le processus décisionnel entre les seules mains du parti au pouvoir. En plus de représentants de ce parti, ces comités accueillent des représentants des institutions de santé et des élus des communautés locales.

2 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 8 septembre 2012 09 h 38

    Gare aux lobbies

    Si mon vote aux 4 ans ne signifie plus rien, que me faudra-t-il faire? Faudra-t-il que chaque citoyen commence à faire partie de comités et s'enfile réunions sur réunions, une ou deux ou même trois soirées par semaine? On se croirait dans les réunions décrites dans le roman 1984? Ces réunions dans lesquelles les échanges sont vite ramenés au plus bas dénominateur commun?

    Veut-on vraiment cela?

    Et, si le citoyen ne participe pas à ces comités, n'est-il pas en train d'abandonner sa part de la souveraineté aux mains des seuls plus militants? Et en quoi ceux-ci sont-ils différents des autres lobbies d'intérêt, dites-le moi?

    On s'est très vite entichés de ces idées ce printemps dernier, parce qu'on voulait croire que les désirs de ceux qui étaient dans la rue avaient plus de valeur sociale que ceux de ceux qui restaient chez eux. On fait d'ailleurs facilement ce genre de raisonnement quand l'exercice de la démocratie "ordinaire" ne nous a pas donné ce que l'on souhaitait. Mais a-t-on vraiment réalisé les implications réelles, auprès du citoyen, de ces idées nouvelles?

    Une lettre dans Le Devoir, il y a quelques semaines, avançait que ce devrait être aux seuls intellectuels de décider du comment de la démocratie. Qu'ont-ils de si particulier pour qu'on leur abandonne ainsi le design de la vie publique? Croit-on encore à la vieille idée platonicienne du roi philosophe? Des intellectuels, rappelons-le nous, ont pu devenir des amis du parti nazi en Allemagne: Heidegger en Allemagne, Céline en France. Qui peut donc prétendre avoir le monopole de la vertu?

    Quant à moi, ces discours qu'on lance à mon avis trop facilement sans en avoir évalué les implications, m'inquiètent plus qu'ils ne m'enthousiasment. Et vous?

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 9 septembre 2012 17 h 38

      J'ai écouté «survivre au progrès» dernièrement, un documentaire sur les défis majeurs auxquels nous faisons face en tant qu'habitants de la Terre. Il existe d'autres documentaires qui tirent la sonnette d'alarme aussi.

      Vous avez peut-être lu l'article sur la fonte de l'Arctique. Ou peut-être avez vous appris que le fleuve Saint-Laurent a atteint cet été un niveau de profondeur sous le seuil recommandé pour la navigation et que déjà l'impact économique se fait sentir. Ou encore les problèmes de récolte de maïs? Faut-il en nommer d'autres?

      Il ne faut pas nier la réalité: l'espèce humaine se dirige vers un mur, vers un changement irréversible drastique de sa condition et de son écosystème et cela représente un danger pour sa survie. Nos structures sociales sont un échec total pour y remédier.

      Voilà pourquoi il faut en discuter, au plus sacrant. Pas un mot n'a été dit à propos de l'environnement pendant la dernière campagne électorale. Ça, personnellement, ça m'inquiète pas mal plus...