L'aéroport de Dorval a officiellement changé de nom - Pierre-Elliott-Trudeau, un nom qui soulève colère et indignation

Quelques personnes, dont certains expropriés de Mirabel, ont manifesté leur opposition au choix du nouveau nom de l’aéroport de Dorval.
Photo: Jacques Nadeau Quelques personnes, dont certains expropriés de Mirabel, ont manifesté leur opposition au choix du nouveau nom de l’aéroport de Dorval.

Un vent de protestation a flotté hier dans l'air de l'aéroport international de Montréal-Dorval, devenu officiellement l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Ce sont les drapeaux du Québec et des Patriotes d'une soixantaine de contestataires qui ont accueilli Justin et Alexandre, les deux fils de l'ancien premier ministre canadien.

Pendant qu'à l'intérieur de l'aéroport un quatuor à cordes jouait le Ô Canada pour célébrer la mémoire de Pierre Elliott Trudeau, à l'extérieur, des manifestants souhaitaient surtout rappeler ses décisions controversées. Quelques rares citoyens de Mirabel étaient d'ailleurs présents à la manifestation, soulignant l'ironie de nommer l'aéroport de Dorval du nom de l'ancien premier ministre. Ce dernier a créé l'aéroport de Mirabel en sacrifiant de très nombreuses terres agricoles. Réjean Éthier, qui a été exproprié en 1969, est l'un de ceux qui ne décolèrent pas. «C'est une insulte quand on connaît le gâchis du dossier des aéroports», a souligné M. Éthier.

Des souverainistes, farouches adversaires de M. Trudeau, pestaient eux aussi. Les militants du Mouvement de libération nationale du Québec, dirigé par l'ex-felquiste Raymond Villeneuve, le visage caché par un foulard, se plaisaient à parler de l'ancien premier ministre canadien comme d'un traître. Gilles Rhéaume, du Mouvement souverainiste du Québec, l'a qualifié de dictateur.

Un seul député du Parti québécois, Daniel Turp, s'était déplacé pour affirmer son mécontentement. Aucun député du Bloc québécois n'était présent. «C'est un devoir de se souvenir et de dire que l'on est contre cette décision unilatérale d'appeler cet aéroport Pierre-Elliott-Trudeau», a expliqué M. Turp.

Par voie de communiqué, le Parti québécois a qualifié la cérémonie de «célébration de l'arrogance et du mépris». Le PQ a appelé ses membres et ses sympathisants à faire connaître leur opinion «dans le calme, la sérénité et le respect de la démocratie».

«Ça prend beaucoup de culot pour nous imposer une insulte pareille», s'est exclamée Marie-Thérèse Miller, une militante péquiste. Robert Bertrand, qui s'est déplacé de Québec, abondait dans ce sens. «Tout le monde devrait comprendre que Trudeau a refusé de comprendre le peuple du Québec. Il a tout fait pour nous subordonner à la "Canadian unity". [...] En niant ce qu'est le Québec, c'est nous rejeter. En fait, on nous veut, mais à genoux», a fait valoir M. Bertrand.

Invité à commenter ces réactions, Justin Trudeau ne s'en est pas formalisé. Selon lui, cette «petite manifestation» est une démonstration de la démocratie canadienne où tous les points de vue sont possibles. «Il n'y avait pas de consensus absolu sur la vie de mon père. Il y avait beaucoup de monde qui n'était pas d'accord avec lui et c'est certain qu'il y a des gens qui auraient aimé un nom différent pour cet aéroport et qui veulent essayer d'effacer le nom de Pierre Elliott Trudeau de l'histoire collective canadienne. C'est un peu irréaliste», a affirmé M. Trudeau avec désinvolture.

Plusieurs anciens ministres influents du cabinet de Pierre Elliott Trudeau, comme Marc Lalonde, Lucie Pépin (aujourd'hui sénatrice) et Jacques Hébert, comptaient parmi la cinquantaine d'invités à la cérémonie officielle. L'absence du premier ministre Jean Chrétien a été remarquée. David Collenette, ministre des Transports, l'a justifiée par le fait que c'est son ministère qui est responsable du dossier. Il souligne au passage le «leadership» dont son patron a fait preuve pour «reconnaître et rendre hommage à un fier Montréalais».

Justin et Alexandre Trudeau ont ensuite ravivé la mémoire de leur père en paroles et en gestes en faisant au passage un clin d'oeil aux manifestants présents à l'extérieur. «[Ne] pensez pas au premier ministre, [ne] pensez pas au champion ou à l'adversaire politique, pensez à l'homme, au Montréalais qui a mis ses talents au service de la ville qui l'a créé, qu'il aimait, au service du monde toujours en manque de justice et de paix», a souligné le plus jeune des deux, Alexandre.

Le nouveau nom sera en vigueur à compter du 1er janvier 2004.