Un nom, un lieu - Du Pic de Champlain au Bic

D’une superficie d’à peine 33 kilomètres carrés, le Parc national du Bic a été créé en 1984.
Photo: Luc Rousseau D’une superficie d’à peine 33 kilomètres carrés, le Parc national du Bic a été créé en 1984.

On passe devant, on roule dessus, on s’y rend tous les jours : ces places, ces rues, ces villages ont des noms parfois charmants qui cachent une histoire souvent insoupçonnée. Tout l’été, nous partons à la découverte non pas des lieux, mais de leur toponyme.

On dit qu’un ange, chargé par Dieu au jour de la Création de distribuer des montagnes aux quatre coins de la terre, se retrouva, à la fin de son périple, dans la région du Bic, au Bas-Saint-Laurent. Fourbu, il secoua sa besace pour se débarrasser des petites montagnes qui lui restaient, créant, entre ciel et mer, les cabourons du Bic, comme on appelle dans le coin les crêtes rocheuses qui bordent le fleuve.


Plus vraisemblablement, c’est à Samuel de Champlain que l’on doit le nom de cette magnifique baie qui se déploie quelques kilomètres avant Rimouski.


Le Bic, donc, devrait son nom au pic de Champlain, qui s’élève à 346 mètres, et dont Champlain se serait servi comme repère sur une carte, lors de son voyage de 1603.


C’est par corruption langagière que le Pic serait ensuite devenu le Bic, nom qui lui est resté à travers les âges.


La région, qui porte toujours ce nom bien que la municipalité ait été depuis 2009 annexée à Rimouski, est d’ailleurs prodigue en toponymie pittoresque.


L’île au Massacre, par exemple, qui se déploie au large, dans le Saint-Laurent, aurait été le théâtre de combats sanglants entre Micmacs et Iroquois, au début du xvie siècle. C’est en vain qu’une cinquantaine de familles micmaques se seraient en effet alors réfugiées dans une grotte de l’îlet pour échapper à ses poursuivants. On dit que seuls cinq Micmacs ont survécu à cette hécatombe et qu’on a longtemps vu les fantômes des massacrés errer le soir autour de l’île.


Le parc national du Bic, d’une superficie de 33 kilomètres carrés, a été créé en 1984 pour protéger ce bout de littoral magnifique.


C’est là qu’on trouve l’anse à Mouille-Cul, qui devrait son nom aux contrebandiers de miquelon, comme on appelait autrefois le whisky de contrebande provenant des îles Saint-Pierre et Miquelon. Pressés de décharger leur cargaison sans faire de bruit pour ne pas se faire prendre, les contrebandiers devaient débarquer de leur bateau avant d’avoir accosté, parfois à marée haute, au risque, du coup, de se mouiller le derrière.


Quant à l’anse aux Amours, elle serait ainsi nommée en mémoire des amoureux qui s’y réfugiaient à l’abri des regards, profitant même de la marée montante, lorsque l’île ne devient plus accessible par voie terrestre, pour être assurés de passer quelques heures en toute intimité…


C’est sur l’îlet aux Flacons que Le Cerf, un navire français, fit naufrage en 1749. On ne retrouva qu’une partie de l’importante cargaison de vin et d’eau-de-vie que le navire transportait. La légende veut donc que tous les flacons perdus se soient dispersés aux alentours de l’île.


De retour sur les terres, au belvédère Raoul-Roy, en direction de Saint-Fabien-sur-Mer, on peut observer la buse à épaulettes, le balbuzard pêcheur, le busard Saint-Martin, l’aigle royal, l’urubu à tête rouge et beaucoup d’autres rapaces.


Quant au folkloriste et chansonnier Raoul Roy, les plus anciens d’entre nous s’en souviendront, il tenait à Saint-Fabien une boîte à chansons où ont défilé jadis Gilles Vigneault, Pauline Julien et Claude Léveillé.


Passionné de patrimoine oral, Raoul Roy est mort en 1985, après avoir cueilli, à travers le Québec, quelque 800 chansons traditionnelles et variantes qui sont déposées aux Archives de folklore de l’Université Laval.

À voir en vidéo