Un pitbull condamné à être euthanasié

C’était le 11 juin. Christos Papakostas promenait son chien en laisse dans la rue Jarry, à Montréal, lorsque celui-ci a sauté sur une passante. Selon le rapport de police, la victime a été « blessée au niveau de l’abdomen » avec des « lacérations et grafignes au sang ». La chemise de la victime était « trouée et déchirée ».

Appelé sur les lieux, un ambulancier a été à son tour « mordu par le chien alors qu’il discutait avec le proprio du chien ». Le chien était « calme, pas agressif » lorsqu’il lui a « sauté sur les parties génitales ». Heureusement pour lui, il y a eu plus de peur que de mal. Mais pour Wicca, ces deux attaques-surprises ont signé son arrêt de mort. En vertu du règlement de la Ville, le directeur de l’aménagement urbain a ordonné à son propriétaire de la faire euthanasier dans un délai de 48 heures.

Christos Papakostas a refusé de se plier à ce qu’il considérait comme un jugement arbitraire et il a entamé des démarches judiciaires pour obtenir un sursis.

En Cour supérieure, il a plaidé que la décision du directeur de l’urbanisme avait été prise sans lui donner l’occasion de se faire entendre et que le règlement municipal contrevenait à la Charte des droits et libertés. Il demandait des dommages punitifs de 25 000 $ pour abus de pouvoir.

Dans son jugement, rendu le 5 juillet, le juge Jean-Yves Lalonde est catégorique : le chien représente un danger public et doit être euthanasié dans les plus brefs délais. « Par empathie, le Tribunal peut concevoir que de devoir faire euthanasier son chien apporte une grande peine affective. C’est malheureusement le prix à payer pour ne pas avoir su éduquer son chien à vivre dans une ville populeuse », écrit-il.

Christos Papakostas et son avocate, Me Elaine Rosenberg, ont alors tenté de porter la cause en appel, mais la cour leur en a refusé le droit le 23 juillet. Wicca fut donc emportée pour se faire euthanasier.

Selon Me Rosenberg, Wicca n’est pas dangereuse et ne méritait pas la mort. « Il y a d’autres solutions, comme d’imposer le port d’une muselière », affirme-t-elle en entrevue téléphonique. Elle ajoute que le juge s’est basé uniquement sur le rapport de police qui, selon elle, exagère les faits. « Le chien n’a pas mordu la dame. Il l’a griffée. C’est malheureux pour la dame, mais on ne peut pas dire qu’un chien est dangereux pour ça. Quant à l’ambulancier, il a dit lui-même qu’il n’avait pas été blessé, mais seulement surpris. »

Selon l’avocate, il faut que des critères stricts de procédures soient inclus dans la réglementation afin d’éviter qu’un fonctionnaire puisse avoir droit de vie ou de mort sur un animal sur sa seule appréciation des faits. La SPCA s’est également saisie du dossier et dénonce le règlement municipal. À la Ville, on se contente de dire qu’on a appliqué le règlement actuellement en vigueur et qu’on ne peut commenter les décisions de la cour. La page Facebook « Save Wicca » compte plus de 19 500 mentions « j’aime ».

1 commentaire
  • Franklin Bernard - Inscrit 30 juillet 2012 09 h 09

    Et le propriétaire, lui, il n'est pas inquiété?

    Un chien bien dressé, même un pitbull, n'attaque pas les gens comme ça. Un chien est souvent le reflet de ses maîtres. J'aiu eu des amis qui avaient un pitbull doux comme un agneau. Bien des gens ont des pitbulls qu'ils dressent à «les protéger», donc à attaquer à la moindre alerte. Je ne dis pas que c'est le cas ici, mais il est effarant qu'on condamne cette pauvre bête à mort, mais qu'on ne s'interroge pas sur les circonstances de sa vie et de son dressage.

    Toujours la même infecte indifférence de la Ville de Gerry Tremblay envers les animaux.