VIH : un service de proximité pour les populations vulnérables

Le test se fait à l’aide d’une goutte de sang.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jody Amiet Le test se fait à l’aide d’une goutte de sang.

Henry* s’est bien juré qu’il n’aurait plus de comportements sexuels à risque, avec plusieurs partenaires qu’il ne connaît pas, après avoir passé le test de dépistage rapide de la clinique L’Actuel sur rue, qui ouvrait ses portes hier à Montréal. L’homme de 39 ans a déjà subi six tests de dépistage aux États-Unis, tous négatifs. « Je suis curieux de comparer la clinique L’Actuel sur rue avec les services qu’ils offrent là-bas, et aussi avec les services qu’ils offrent au CLSC des Faubourgs », dit-il, en attendant patiemment son diagnostic.


Ils étaient en fait nombreux à attendre devant la nouvelle clinique L’Actuel sur rue, hier après-midi, avant même l’ouverture de celle-ci. Cela indique peut-être que cette nouvelle clinique pourrait remplir son objectif de dépister davantage de cas de VIH et d’hépatite, en particulier parmi la population homosexuelle et toxicomane, plus vulnérable.


On calcule en effet que 25 % des personnes séropositives ne seraient pas dépistées au Québec, entre autres, selon les gens de L’Actuel sur rue, parce qu’elles ne se sentent pas à l’aise dans les cliniques traditionnelles. En plus d’être située stratégiquement dans le Village gai de Montréal, presque en face du sauna L’Oasis et près de deux autres saunas, le GI Joe et le Sainte-Cath, L’Actuel sur rue emploie des travailleurs communautaires qui offrent un environnement « gay friendly » à la clientèle.


Et surtout, elle offre gratuitement un test de dépistage rapide du VIH, dont les résultats sont obtenus sur-le-champ. C’est un test qui est jusqu’à présent peu accessible au Québec, explique le médecin Bertrand Lebouché, directeur médical de la nouvelle clinique, laquelle est entièrement financée par la clinique L’Actuel, située quant à elle quelques pâtés de maisons plus loin. Ce test sanguin est beaucoup plus coûteux que le test habituel, dont les résultats sont plus longs à obtenir.


Pour Karina Ortega, coordonnatrice de la clinique et sexologue de formation, les comportements à risque sont fréquents à Montréal, avec, au premier chef, les relations sexuelles non protégées avec de nombreux partenaires.


Une étude française a récemment démontré que la fréquentation de « lieux de convivialité sexuelle », comme les saunas par exemple, multiplie par 5 ou 6 les risques de contamination au VIH, rappelle le Dr Lebouché. Karina Ortega cite aussi l’usage fréquent de la drogue, entre autres par intraveineuse. Mais le partage d’une paille pour renifler de la cocaïne, précise-t-elle, peut aussi favoriser la contamination au VIH, comme l’usage du GHB, une drogue qui provoque des pertes de mémoire et qu’on appelle aussi la drogue du viol.


Une fois le dépistage accompli, la clinique L’Actuel sur rue prévoit d’adresser tous les cas séropositifs à la clinique L’Actuel voisine et d’offrir le suivi en conséquence. D’ailleurs, la trithérapie, qui est presque automatiquement enclenchée dans les cas de séropositivité, peut agir aussi comme protection contre la contamination. « C’est plus efficace que le préservatif », dit le Dr Lebouché. Dans le cas de couples hétérosexuels, la protection offerte par la trithérapie est de l’ordre de 96 %, ajoute-t-il.

 

* nom fictif