De la Côte d’Ivoire au Bas-Saint-Laurent - Rimouski espère de nouveaux visages

Jean-Baptiste Gouaméné, originaire de la Côte d’Ivoire, est aujourd’hui propriétaire d’une épicerie de produits exotiques à Rimouski.
Photo: Caroline Monpetit, Le Devoir Jean-Baptiste Gouaméné, originaire de la Côte d’Ivoire, est aujourd’hui propriétaire d’une épicerie de produits exotiques à Rimouski.

Lorsqu’il est arrivé à Rimouski en provenance de la Côte d’Ivoire, Jean-Baptiste Gouaméné venait étudier la logistique des transports à l’Institut maritime du Québec. Depuis, il a fondé une épicerie exotique à Rimouski, s’est mis en couple avec une Québécoise et n’envisage pas de retourner s’établir en Côte d’Ivoire avant ses vieux jours.


Dans son pays d’origine, il y a eu la guerre en 2002, raconte-t-il, parmi les étalages de plantain Ghana, de coucous d’orge et de riz sauvage du Marché du monde. « Cela a anéanti tout projet de retourner en Côte d’Ivoire », dit-il. Ses parents, qui ont alors tout perdu, ne pouvaient plus payer ses études. Jean-Baptiste s’est donc rendu à Montréal, où il a pratiqué cent petits métiers pour gagner sa vie et reprendre ses études.


« Ici, il y avait surtout des emplois pour des travailleurs qualifiés », dit-il. De retour à Rimouski, il fréquente le groupe Action-Travail Rimouski-Neigette et fait du bénévolat dans un jardin avec les Maraîchers du coeur. C’est là que germe l’idée d’ouvrir une épicerie du monde, entre autres à l’intention des étudiants étrangers qui fréquentent le cégep et l’Université du Québec à Rimouski.


« Quand j’étais étudiant à Rimouski, si je voulais du manioc ou de la banane plantain, il fallait que j’attende que quelqu’un aille à Montréal pour m’en rapporter », se souvient-il.


La Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent (CREBSL), dont les bureaux sont à Rimouski, aimerait bien accueillir plus d’immigrants comme Jean-Baptiste Gouaméné.


« D’ici 2015, nous prévoyons avoir 18 000 emplois à pourvoir », dit Gérald Beaudry, le directeur de la CREBSL. M. Beaudry calcule que de 7 à 10 % de ces emplois pourraient être pourvus par de nouveaux arrivants. Les besoins sont particulièrement criants dans les domaines des nouvelles technologies et de la santé. Mais encore faut-il attirer les nouveaux venus hors des grands centres que sont Montréal et Québec.


Or, selon M. Beaudry, les immigrants recrutés à l’étranger sont encore trop souvent orientés directement vers Montréal.

 

Régionalisation de l’immigration


C’est aussi à Montréal que Vadim Cucu et sa femme Marina ont d’abord cherché du travail, lorsqu’ils sont arrivés de Moldavie en 2009. « J’avais en tête Montréal comme capitale des jeux vidéo », dit Vadim, qui est technicien en informatique. Après quelques envois de CV infructueux, Vadim et Marina rencontrent entre autres des gens de l’organisme Accueil liaison pour arrivants (ALPA), et du Programme intégration société nouvelle (PROMIS), qui ont tous deux des activités visant la régionalisation de l’immigration.


À l’ALPA, Roxane Fournier organise des autobus entiers d’immigrants qui visitent des régions du Québec en vue de s’y installer, raconte Vadim. « Ils vont à Thetford Mines ou à Sherbrooke, dans la région de Chaudière-Appalaches ou à Saint-Hyacinthe », dit-il.


C’est finalement au siège social du groupe Pentagone, détaillant de vêtements, à Rimouski, que Vadim trouve son premier emploi. Aucun problème : le couple est parfaitement ouvert à l’expérience.


« C’est une ville de la taille de celle où nous habitions en Moldavie », dit Marina. Comme Jean-Baptiste Gouaméné, le couple apprécie la vie calme de Rimouski.


Sur place, des organismes leur ont de nouveau ouvert des portes. Marina, qui était professeure de droit de niveau collégial en Moldavie, s’est inscrite en gestion des ressources humaines à l’Université du Québec à Rimouski. Elle fait du bénévolat dans différents organismes, et s’est jointe au groupe Passerelle, fondé par une immigrante égyptienne à Rimouski, qui prévoit une initiation à la culture québécoise, aux habitudes et traditions locales, un approfondissement de la langue et une découverte de la région.


En Moldavie, Vadim et Marina étaient liés à l’église chrétienne orthodoxe, qu’ils fréquentaient quelques fois par année. À Rimouski, à Noël et à Pâques, ils ont décidé de se rendre à l’église catholique. « Il y a des gens qui ont remarqué qu’on faisait le signe de croix de droite à gauche au lieu de gauche à droite », raconte Marina en riant.


Pour l’instant, Gérald Beaudry calcule que l’immigration dans la région attire une centaine d’individus par année. C’est bien en deçà des besoins régionaux en main-d’oeuvre.


Et tous les immigrants ne s’intègrent pas de façon égale à leur nouvelle patrie. Selon Gérald Beaudry, le Bas-Saint-Laurent garde une certaine amertume de certains groupes de réfugiés, en provenance de Colombie et de Bosnie, qui sont repartis malgré les très grands efforts que la région avait mis pour les accueillir. « Les réfugiés, ils arrivent en groupe, et ils partent en groupe », dit-il.


Pour M. Beaudry, il est indispensable non seulement d’assurer l’intégration professionnelle des nouveaux arrivants, mais de développer leur sentiment d’appartenance à travers des réseaux.


Les exemples positifs restent d’ailleurs nombreux. Au premier chef, Gérald Beaudry aime citer le cas de Boucar Diouf, venu du Sénégal pour s’établir à Rimouski, où il a fait des études en océanographie avant d’y enseigner la biochimie. L’humoriste, qui a depuis déménagé à Longueuil, est même au coeur d’une vidéo destinée aux immigrants qu’on trouve sur le site Internet de la Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent. Diouf y met l’accent sur ce qui semble avoir été son plus grand défi et sa plus grande réussite en matière d’intégration au Québec : l’égalité entre les sexes, de l’accouchement à la cuisine.

À voir en vidéo

11 commentaires
  • Réal Giguère - Inscrit 19 juillet 2012 07 h 16

    Montréal agonise

    Sauvons au moins le reste du Québec

  • Marc Lemieux - Inscrit 19 juillet 2012 07 h 40

    Sélection immigrants

    Vu les critères de sélection d'immigration Québec (au moins un Bacc) j'ai bien du mal au comprendre comment il a pu finit épicier.

    Marc Lemieux

    • Sébastien Arcand - Abonné 19 juillet 2012 10 h 10

      Même si votre commentaire, M. Lemieux, soulève des questions pertinentes quant à la sélection des immigrants au Québec, vous évacuez complètement celle du bonheur et de la réalisation de soi, et ce sans parler de l'apport de M. Gouaméné pour la région de Rimouski. Si la régionalisation de l'immigration veut dire favoriser la découverte de produits nouveaux et la revitalisation de certains secteurs d'activité et bien c'est tant mieux. Le métier d'épicier est tout à fait noble et nécessaire dans une société comme la nôtre mais malheureusement nous avons tendance à l'oublier. Le nier c'est tracer arbitrairement une ligne entre ceux et celles qui sont utiles et ceux et celles qui le sont moins. Personnellement je pense que le gouvernement du Québec devrait faire plus pour la régionalisation de l'immigration. Cela pose d'énormes défis mais tous, y compris les immigrants eux-mêmes, s'en trouveraient mieux.

    • Christian Gagnon - Inscrit 19 juillet 2012 10 h 29

      Et si c'était son choix, comme le mien d'être technicien en informatique avec une maîtrise en astrophysique ?

    • Réal Giguère - Inscrit 19 juillet 2012 10 h 45

      Faux. On demande 12 à 13 ans de scolarité, la connaissance du français, un métier, et quelques mots d'anglais. Avec ses 4 critères, un immigrant a assez de points pour être choisi.

      Maintenant faut savoir que 40% des nouveaux arrivants échappent à cette sélection et rentrent comme une balle via le parrainage et la filière des réfugiés.

    • Marc Lemieux - Inscrit 19 juillet 2012 12 h 42

      Ce n'est pas vrai, pour être un immigrant sélectionné il faut un bacc ou un collégial, dans la plupart des cas, dans un domaine recherché par le Québec, il s'agit de travailleurs qualifiés (gestion, informatique etc), allez sur le site d'Immigration Québec et vous verrez, même les médecins et les comptables sont refusés, les ordres professionnels en résumé, sauf les infirmières quand elles viennent de France. J'ai mis la liste de ces professions recherchées par le Québec en source, vous verrez que les diplômes rapportent des points, et que ces points sont faits pour les diplômés qualifiés en priorité, de type bacc.

      Il n'est pas du tout honteux d'ouvrir une épicerie, ce que je veux dire c'est que ce n'est pas la vérité et les rue de Montréal depuis 2010 comptent beaucoup de gens comme lui, probablement venus de France, pour deux raisons, d'une part l'application de la loi C-11 devenue C-31 qui devait être appliquée deux ans plus tard, donc ''dernier métro'' pour faire une image, maintenant en fait, et d'autre part qu'en 2010 le gouvernement Sarkozy a réformé et mis en place l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui fait que la France ne donne plus de papiers aux demandes de réfugiés non fondées, et que donc ils viennent ici depuis car c'est francophone.

      Sources :

      http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/publicati

      http://www.cic.gc.ca/francais/ministere/media/docu

      http://www.cic.gc.ca/francais/ministere/media/comm

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Office_françai

  • Ivan Jobin - Inscrit 19 juillet 2012 08 h 19

    Rimouski ville accueillante

    Il va de soi que Rimouski, par ses nombreuses institutions scolastiques, soit ouverte aux étrangers de toutes nationalités. Par leurs diversités et leurs us et coutumes, ceux-ci donnent une empreinte toute particulière à cette belle ville.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 19 juillet 2012 09 h 40

    Un grand succès à petite échelle


    Nous fréquentons régulièrement ce petit magasin plein de saveurs du monde sur la rue Rouleau à Rimouski. Nous avons vu ouvrir puis croître ce petit commerce d’alimentation et nous savons combien il fut difficile pour M. Gouaméné de se lancer en affaires.

  • Marc Lemieux - Inscrit 19 juillet 2012 10 h 13

    Dans quelques semaines

    Suivez l'actualité parlementaire et l'application de la loi C-31 d'ici quelques semaines, vous verrez que ce Mr n'était pas un immigrant sélectionné mais une personne ayant fait une demande de réfugié débouté car son pays est sûr. Jason Kenney dit de faux réfugiés, a t'il raison?

    • Ivan Jobin - Inscrit 19 juillet 2012 11 h 39

      Vous auriez intérêt à favoriser le mieux-être des étrangers que de les mépriser. Avec votre maîtrise servez-vous en pour vous maîtriser.

    • Marc Lemieux - Inscrit 19 juillet 2012 14 h 39

      Je me maitrise parfaitement cher ami et je fus le premier à défendre cette société, le problème c'est qu'ils viennent sur les bases d'un statut administratif auquel ils n'ont pas droit et ils le savent souvent parfaitement, au plan administratif ou juridique une demande de réfugié politique n'est pas recevable pour un Ivoirien dans la très grande majorité des cas, et cela s'appelle de l'immigration clandestine dans la mesure où la règle administrative de base n'est pas respectée, alors soit on les laisse venir ainsi et ce sera clair, soit on fait respecter les lois qui existent et ils partent.

      Or mis cette tolérance j'epargnerai les habituelles questions liées aux conséquences de type port du voile de la part de gens qui justement parfois ne devraient même pas être ici, regardez en France ce qui se passe, et ils ne sont pas moins tolérants que nous.

      Et par pitié ne politisez pas le débat, ce n'est pas de la politique.