L’homme qui soignait les chevaux disparaît à 86 ans

Léo Léonard photographié devant son écurie avec un des chevaux qu’il affectionnait tant.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Léo Léonard photographié devant son écurie avec un des chevaux qu’il affectionnait tant.

Une figure emblématique de Griffintown vient de s’éteindre. Leo Leonard, propriétaire de la célèbre écurie Horse Palace, est décédé le 5 juillet dernier à l’hôpital. Il était âgé de 86 ans.

« Depuis qu’il a quitté le Horse Palace, l’an dernier, il n’était plus le même homme, il n’avait plus le même goût pour la vie », raconte son ami de toujours, Don Pidgeon. «Ses chevaux, c’était sa vie. »


Selon lui, l’histoire de Leo Leonard est intimement liée à celle de Griffintown. C’était un homme charitable et apprécié de tous, un homme dont le coeur battait à l’unisson avec son quartier et ses chevaux.


« Leo, c’était Griffintown. C’était un vrai de vrai. »


Leo Leonard est né dans une famille irlandaise le 5 mai 1926 à Goose Village, de l’autre côté du canal Lachine. Déménagé à Griffintown, il a acheté en 1967 la plus vieille écurie de Montréal, datant de plus de 150 ans, et s’est lancé en affaires avec le Horse Palace, qu’il a exploité jusqu’à l’année dernière.


Son écurie de la rue Ottawa fournissait plusieurs chevaux pour les calèches touristiques de Montréal. Mais le boum immobilier qui sévit à Griffintown et la décrépitude des bâtiments ont eu raison de la vieille écurie et de son propriétaire octogénaire.


Des promoteurs immobiliers sont désormais propriétaires du terrain.


Depuis, citoyens et ONG se sont mobilisés pour préserver l’écurie en raison de sa valeur patrimoniale. Une fondation a été mise sur pied afin de préserver la vocation originelle de l’écurie et en faire un musée. La fondatrice du Centre canadien d’architecture, Phyllis Lambert, est elle-même venue plaider la cause du Horse Palace au conseil municipal de l’arrondissement Sud-Ouest.


Leo Leonard n’aura pas survécu à tous ses chamboulements, raconte son ami Don Pidgeon. « À 86 ans, c’est normal de partir. Mais à cet âge-là, il n’a pas accepté le changement. »


La communauté était très importante pour Léo Leonard, qui ne ratait jamais une occasion d’aider son prochain. Il était très impliqué à l’église de son quartier, de même que dans l’organisation du défilé de la Saint-Patrick, pour laquelle il fournissait toujours les calèches.


« Quand quelqu’un avait un problème, Leo était toujours là pour essayer de l’aider. Il leur donnait un travail à l’écurie ou avec les calèches. Il croyait que tout le monde avait droit à une chance », ajoute Don Pidgeon.


L’homme de 75 ans est triste, bien sûr. Il perd un ami de longue date. Mais il se dit heureux d’avoir eu la chance de connaître un homme aussi bon.


Il gardera en souvenir ses merveilleux yeux bleus, aussi doux que ceux d’un cheval. «Chez nous, il y a cette chanson, When Irish eyes are smiling… C’était exactement lui.»