Allégeance syndicale - La FTQ-Construction et le Syndicat de la construction gagnent des membres

Ce sont 173 580 ouvriers qui pouvaient changer d’allégeance syndicale, mais seulement 23 851 se sont prévalus de leur droit de vote.
Photo: - Le Devoir Ce sont 173 580 ouvriers qui pouvaient changer d’allégeance syndicale, mais seulement 23 851 se sont prévalus de leur droit de vote.

La FTQ-Construction et le tout petit Syndicat québécois de la construction (SQC) sortent grands gagnants du vote de changement d’allégeance syndicale dont les résultats ont été finalement dévoilés, hier, par la Commission de la construction.

La FTQ-Construction, qui représentait 42,9 % des ouvriers avant ce scrutin, en représente maintenant 43,9 %.


Plusieurs s’attendaient pourtant à ce que le nombre de ses membres baisse, compte tenu de la mauvaise presse dont elle a été l’objet, ces dernières années, de ses frictions avec la ministre du Travail Lise Thériault, et le fait qu’elle ait été montrée du doigt pour la fermeture de chantiers de construction, l’automne dernier.


Les trois autres organisations syndicales de la construction ont perdu des membres, à savoir le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, dit l’International (de 26,1 à 24,4 %), la CSN-Construction (de 10,6 à 8,6 %) et la CSD-Construction (de 14,1 à 12,7 %).


La CSN-Construction, qui était au quatrième rang sur cinq, tombe même dernière, étant maintenant devancée par le Syndicat québécois de la construction, qui a vu ses effectifs croître de 6,3 à 10,4 %.


Au cours d’une rencontre avec la presse pour commenter les résultats, le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, s’est montré enchanté des résultats. « La FTQ-Construction a toujours été la plus grande centrale, va continuer de l’être encore et on est encore plus grand qu’on l’était hier », a-t-il résumé.


Il se dit d’autant plus « heureux » de ses gains qu’il y a eu « beaucoup d’acharnement » contre la FTQ-Construction ces dernières années, ce qui ne semble pas avoir affecté la confiance des travailleurs envers son organisation. Pourtant, en vertu de la nouvelle loi, la FTQ-Construction ne pourra même plus faire du placement de main-d’oeuvre sur les chantiers, ce qui était l’une de ses grandes forces. « Ce sont les travailleurs qui expriment leur choix, hein ? Si les travailleurs avaient été d’accord avec ce qui a été mis de l’avant par le gouvernement, bien ils auraient voté ailleurs. Mais ceux qui sont restés chez nous sont restés et il y en a même des nouveaux : 1 %, c’est beaucoup dans l’industrie de la construction [...] », s’est félicité M. Ouellet.


Donald Fortin, le directeur général du Conseil provincial, qui a, lui, perdu des membres, explique la montée du tout petit Syndicat québécois de la construction par le fait que, comme il offre peu de services à ses membres, comparativement aux grandes organisations, ses cotisations syndicales sont moins élevées. « L’annonce, par le gouvernement, de l’abolition du placement syndical a probablement incité certains travailleurs à dire : “ à partir du moment où mon syndicat ne peut plus me placer, je vais aller là où ça coûte le moins cher ”. »


Tout comme M. Ouellet, M. Fortin ne croit pas que le fait que ces deux organisations syndicales - qui représentent ensemble environ 70 % des ouvriers - aient été montrées du doigt pour la fermeture des chantiers de construction, l’automne dernier, leur ait nui. La FTQ-Construction a au contraire vu ses effectifs croître, alors que le Conseil provincial a vu les siens diminuer.


Avec un brin de sarcasme, M. Fortin se réjouit du fait que « les syndicats qui se sont collés à la ministre [du Travail Lise Thériault] se sont plantés ». Il fait ainsi allusion au fait que la CSN et la CSD-Construction, qui approuvaient la loi 33 qui a aboli le placement syndical, ont toutes deux perdu des membres.


À l’opposé, tant le Conseil provincial que la FTQ-Construction contestent cette loi, le premier devant la Cour supérieure, le second devant le Bureau international du travail.


Le vote de changement d’allégeance syndicale, qui aura désormais lieu tous les quatre ans en vertu de la nouvelle loi, s’est tenu par la poste pour la première fois. En fait, 173 580 ouvriers pouvaient changer d’allégeance syndicale, mais seulement 23 851 se sont prévalus de leur droit de vote.


Le vote a eu lieu alors qu’un conflit de travail frappe la Commission de la construction, chargée de superviser le scrutin. Les 600 employés de la CCQ sont en grève depuis plus d’un mois ; ils sont membres d’un autre syndicat affilié à la FTQ.

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