Anglais intensif - L’anglais? La voie royale!

Akos Verboczy
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Akos Verboczy

En septembre prochain commence l’implantation obligatoire de l’apprentissage intensif de l’anglais oral en 5e et 6e année du primaire. Répondant au voeu d’une majorité de parents de mieux outiller leurs enfants en anglais, le gouvernement du Québec a laissé cinq ans à l’ensemble des écoles pour qu’elles appliquent cette mesure, traditionnellement réservée aux élèves n’éprouvant pas de difficultés.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), dont la majorité des 110 000 élèves n’ont pas le français comme langue première, cette volonté ministérielle soulève d’importants questionnements. « L’anglais intensif, c’est embêtant chez nous », confie Akos Verboczy, commissaire dans le quartier Westmount-Côte-des-Neiges-Sud, où la population multiethnique abonde, au point de constituer la quasi-totalité des élèves de plusieurs écoles. « Nos élèves ont les meilleures notes en anglais du Québec en entier, on peine à faire utiliser le français au sein de l’école, les parents déjà voient l’anglais comme une langue essentielle et le français carrément comme un accessoire, et on voudrait maintenant imposer l’anglais intensif six mois par année ? Quelle sorte de message envoie-t-on aux immigrants ? Que l’anglais, au Québec, c’est la voie royale !»


La politique du « mur à mur » imposée par le ministère de l’Éducation pourrait donc écorcher au passage des réalités particulières comme celle de la CSDM. Avec une clientèle à 53 % allophone et une dizaine d’écoles avec des taux d’immigrants dépassant les 90 %, l’intégration est un phénomène qui se vit « à l’envers », comme l’explique M. Verboczy, un Hongrois d’origine passé par les classes d’accueil au Québec, enfant de la Loi 101 devenu ardent défenseur du français. « Les francophones de ces écoles-là sont baignés dans un univers anglais, ce qui fait qu’ils aboutissent vite à ce franglais qui me fait mal à l’oreille. »


La politique gouvernementale a eu beau surprendre par son caractère généralisé, elle s’appuie sur un souhait des parents. La CSDM l’a fait vérifier tout récemment par un sondage Léger Marketing, réalisé auprès de quelque 800 parents de son territoire, début mai. Les résultats sont saisissants : 94 % des parents dont la langue maternelle est autre que le français ou l’anglais tiennent mordicus à cet anglais intensif. À 70 %, les parents francophones ont le même désir. Au total, 82 % des parents sont tout à fait d’accord ou d’accord avec ce concept. Seuls 26 % des parents se disent inquiets d’un potentiel impact négatif de ce programme, surtout chez ceux dont les enfants ont des difficultés d’apprentissage et dont le français est la langue maternelle.


Ces données font parfaitement écho aux résultats de l’enquête publiée jeudi par le Conseil supérieur de la langue française, selon laquelle pour les Québécois, la réussite économique passe tant par le français que par l’anglais.


« Tout cela s’inscrit dans un courant qui m’inquiète, où on est de plus en plus décomplexé au Québec par rapport au flot de demandes tournant autour de l’anglais », remarque Akos Verboczy. « Comme si l’anglais était indispensable pour la suite des choses, notamment pour l’emploi, ce qui est faux. Nous sommes en train de répondre à un besoin qui n’existe pas, et on envoie aux immigrants, déjà peu gagnés à la cause du français, un message troublant : la langue de l’avenir au Québec, c’est l’anglais. »

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 juin 2012 18 h 50

    des sortes d'esclaves que l'on peut vendre aux plus offrants

    Comme peuple, c'est une désapropriation.
    Un peuple respectable ne permet jamais ce genre de déviances.
    C'est la preuve de notre colonialisme larvée
    Trois cent ans de domination ca crée un peuple qui ne possede plus ses outils et qui ne s'appartient plus.
    Des sortes d'esclaves, que l'on peut vendre aux plus offrants

  • France Marcotte - Inscrite 24 juin 2012 11 h 14

    Ressentir un besoin qui n'existe pas

    « Tout cela s’inscrit dans un courant qui m’inquiète, où on est de plus en plus décomplexé au Québec par rapport au flot de demandes tournant autour de l’anglais ». «Comme si l’anglais était indispensable pour la suite des choses, notamment pour l’emploi, ce qui est faux...», dit le commissaire de la CSDM dans le quartier Westmount-Côte-des-Neiges-Sud.

    Voilà une affirmation importante qui ne vient pas de n'importe qui et qu'il vaudrait la peine de reprendre avec emphase et développement plutôt que de ne lui accorder que cette petite place dans le sous-sol d'un article, à défaut de quoi on pourrait malencontreusement croire que l'on partage ici, dans ce journal, l'opinion contraire et que l'on contribue, comme dit M. Verboczy, à «répondre à un besoin qui n’existe pas».