Les jeunes et la langue française - Rapport minoritaire

Des étudiants - et des sympathisants à leur cause - ont une nouvelle fois dénoncé hier, en français et en anglais, la hausse des droits de scolarité.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des étudiants - et des sympathisants à leur cause - ont une nouvelle fois dénoncé hier, en français et en anglais, la hausse des droits de scolarité.

Le débat sur la défense de la langue française n’appartient pas forcément qu’aux francophones, mais bien à tous les groupes linguistiques confondus, fait valoir la sociologue Diane Gérin-Lajoie.

Depuis toujours, au Québec, le rapport à la langue repose sur un socle hautement émotif. Même si les tensions d’antan entre groupes linguistiques sont apaisées, il arrive encore que la marmite linguistique surchauffe, comme on l’a vu cette semaine lorsque le Colombien d’origine Miguel Montano, un joueur de l’Impact incapable de parler français, s’est vu refuser un billet de métro par un guichetier de la Société de transport de Montréal qui aurait exigé qu’il parle français. L’affaire a provoqué gros mots, puis excuses, et forcé la tenue d’une enquête !…


«On a longtemps imaginé au Québec que le débat sur la défense du français n’appartenait forcément qu’aux francophones, mais c’est faux. Pourquoi cela n’appartiendrait-il pas à tout le monde », tous groupes linguistiques confondus ? La sociologue critique de l’éducation et professeure à l’Université de Toronto Diane Gérin-Lajoie pose la question. Des coups de sang comme celui survenu cette semaine dans le métro opposent une fois de plus un francophone à un allophone ou un anglophone, comme s’il n’y avait aucune solidarité linguistique possible, pas le moindre partage d’identité lié à la langue.


Ce n’est pourtant pas ce qu’observe la chercheuse dans le cadre de ses recherches, qui ciblent les minorités de langues officielles en Ontario et au Québec. Elle a sondé les âmes d’élèves anglophones du secondaire au Québec et d’élèves francophones en Ontario, comparant les deux groupes. L’identité linguistique est une affaire complexe, au-delà des préjugés qu’on véhicule sans trop s’attarder aux évolutions sociales.


« D’abord, les jeunes ne perçoivent plus les rivalités comme les générations d’avant les ont vécues. En Ontario, les jeunes francophones se disent bilingues, ce qui en choque certains, mais ce bilinguisme n’enlève en rien la grande valeur sentimentale qu’ils accordent au français, par rapport à l’anglais. »


Des anglophones francophiles ?


Même chose, donc, chez notre minorité anglophone ? Treize pour cent de la population du Québec est anglophone. Les anglophones ont droit, en vertu de la loi 101, à l’éducation dans la langue de la minorité officielle, à travers neuf commissions scolaires anglophones. « Évidemment, les jeunes anglophones ne sentent pas leur langue menacée, ce qui n’a rien à voir avec le français ailleurs au Canada. L’anglais est partout sur la planète ! Ils parlent tous le français, fort bien, et ils doivent lutter encore contre des préjugés selon lesquels ils ne maîtrisent pas le français et ne veulent pas le faire, ce qui est loin de la réalité. »


En vérité, les écoles anglophones du Québec ont fait d’importants efforts pour que leurs élèves maîtrisent le français, proposant en guise d’atout des programmes d’immersion pour séduire les clients. « On parle de l’anglais comme valeur marchande, mais le français l’est aussi pour les anglophones, affirme Diane Gérin-Lajoie. Les parents anglophones tiennent beaucoup à ce que leurs enfants, pour l’emploi, maîtrisent le français parfaitement. »


Alors, cette langue de la rue où l’on sent l’omniprésence de l’anglais, de qui serait-elle le fait ? Des Anglos ou des Francos ? « C’est vrai qu’il y a des quartiers traditionnellement francophones à Montréal où l’on entend couramment l’anglais. Mais ça s’explique aussi sûrement par le facteur cool de l’anglais, que de plus en plus de francophones utilisent spontanément. »


La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décidé d’ailleurs de s’attaquer à cette valse-hésitation entre l’une langue et l’autre en demandant à ses écoles de placer l’exigence du français en tout temps, de la cafétéria aux casiers en passant par la cour d’école, dans les codes de vie soumis aux 110 000 élèves montréalais, dont la majorité sont allophones. La décision a fait réagir.


« On ne doit pas se battre contre des moulins à vent, ni non plus exiger de l’école qu’elle porte seule le fardeau de faire aimer le français, mais on peut certainement envoyer un message fort selon lequel la langue d’usage, à l’école, c’est le français », croit Akos Verboczy, commissaire à la CSDM dans le quartier Westmount -Côte-des-Neiges-Sud, où une majorité d’élèves allophones étudient.


En Ontario, Diane Gérin-Lajoie a constaté que plusieurs écoles abritant la minorité francophone doivent combattre l’assaut de l’anglais en distribuant punitions et récompenses pour forcer l’utilisation à l’école du français, en tout temps. « J’entends l’anglais partout dans les rues, puis là, tu mets le pied à l’école et tu dois parler tout le temps français ; ça complique les choses. Des fois, tu es tout mêlé, tu dis des mots en français, comme le franglais. C’est difficile pour moi en tant que francophone… », a noté une des élèves interrogées dans le cadre de ses travaux.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 23 juin 2012 19 h 08

    etre citoyen du monde ne fait pas de vous quelqu'un qui appartient a un peuple

    C'est évident que la langue est un des outils, voire un des éléments que possède un peuple
    Peut on aller en Chine et ne pas en parler un traite mot de la langue, si vous etes ce genre de personne je vous souhaite bonne chance.
    Si les jenes ne percoivent pas la différence entre l'anglais et le francais c'est qu'ils sont en train de perdre leur identité, car ce sont deux cultures différentes.
    Etre citoyen du monde ne fait pas de vous quelqu'un qui appartient a un peuple