Grand Prix sous haute surveillance


	Une jeune femme portant le carré rouge est escortée par les policiers.
Photo: - Le Devoir
Une jeune femme portant le carré rouge est escortée par les policiers.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se défend vigoureusement d’avoir ciblé des personnes arborant le carré rouge plus que d’autres, hier, sur le site du Grand Prix du Canada. Craignant que la sécurité des amateurs de Formule 1 ne soit « mise en péril », le corps de police a procédé à l’arrestation préventive de 34 personnes à leur sortie de la station de métro Jean-Drapeau, en plus d’en avoir expulsé manu militari des dizaines d’autres du parc chevauchant les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame.

« Je peux vous garantir qu’il n’y a pas eu de discrimination faite à l’égard des gens, des personnes avec des carrés rouges ou non, avec des allures d’étudiants ou non. Pas du tout ! », a déclaré le commandant Alain Simoneau, à l’occasion d’un point de presse en milieu d’après-midi.


Plusieurs des personnes interpellées étaient toutefois « connues pour avoir participé à des manifestations illégales » au fil des derniers mois.


Pourtant, des dizaines de personnes - pour la plupart des jeunes arborant le carré rouge - se sont plaintes d’avoir été victimes de profilage dans le parc Jean-Drapeau, sous haute surveillance policière, mais également dans le réseau de la Société de transport de Montréal (STM).


« J’ai pu prendre le métro après avoir été fouillé à la station Berri-UQAM. Rendu sur l’île, on m’a fouillé une seconde fois avant de me dire qu’on allait me “ raccompagner ” jusqu’à l’endroit d’où je venais. Mes déplacements ont été systématiquement encadrés, par cinq équipes de policiers différentes, jusqu’à la sortie du métro », a relaté Charles Carrier-Plante. L’opposant à la hausse des droits de scolarité, qui affichait un carré rouge, comptait passer l’avant-midi sur l’île Saint-Hélène, mais n’a pu qu’y mettre les pieds brièvement. « Je n’ai pas été arrêté, mais ça m’a ébranlé. Comme un gosse qui se ferait intimider par des plus grands, dans une cour de récréation. […] Je croyais que l’on tolérerait une dissidence symbolique et pacifique. Que je suis naïf, parfois ! »


D’autres individus, dont un journaliste de La Presse canadienne, ont été refoulés vers le métro puisqu’ils n’avaient pas de billets pour assister au Grand Prix.


Le SPVM s’abrite derrière l’article 31 du Code criminel selon lequel « un agent de la paix […] est fondé à arrêter un individu qu’il trouve en train de commettre [une] violation de la paix ou qu’il croit, pour des motifs raisonnables, être sur le point d’y prendre part ou de la renouveler » pour justifier l’intervention musclée.


Le SPVM a épinglé des personnes se promenant avec des sacs à dos chargé de « pierres », de « briques » de « lunettes de ski » - alors qu’« il fait à peu près 31 degrés à l’extérieur », a fait remarquer M. Simoneau - ou de « couteaux ». « Il y avait des gens qui portaient […] des couteaux au bout de cordes qui pouvaient servir en même temps de boomerang à l’égard des policiers », a affirmé le grand responsable du service d’ordre au SPVM.


« Ces 34 personnes-là ont été interpellées et ont été conduites dans un centre de détention provisoire et ont été rencontrées par des enquêteurs », a expliqué M. Simoneau. La plupart d’entre elles ne feront pas face à des accusations criminelles. « Elles vont être libérées dans l’heure qui va suivre. »


Deux personnes ont cependant été transférées dans un centre d’enquête, où des enquêteurs détermineront si des accusations criminelles pourraient être déposées, a précisé la porte-parole du SPVM, Anie Lemieux.


Le SPVM a par ailleurs indiqué que neuf autres personnes avaient été arrêtées hier en marge des événements du Grand Prix, dont cinq qui seront accusées d’avoir commis des actes criminels, c’est-à-dire voies de fait, menaces à l’endroit des policiers et entrave au travail des policiers, par exemple.

 

Usage excessif de la force


La multiplication de ces « arrestations préventives » préoccupe vivement les groupes étudiants.


« On est hautement inquiets de voir que plusieurs arrestations ou fouilles ont encore été faites sous des prétextes faibles, comme le fait de simplement porter un carré rouge ou encore d’être habillé en noir. Je trouve qu’on a franchi une ligne », a affirmé la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins.


Éliane Laberge, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), a abondé dans le même sens, parlant de façons de faire « complètement démesurées ». « C’est normal qu’il y ait une présence policière, mais des arrestations préventives contre des personnes portant le carré rouge ou qui semblent être des manifestants, cela me semble excessif. On devrait se sentir à l’aise et confortable de manifester et d’exprimer son opinion », a-t-elle commenté.


Pour leur part, les coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds, dénonceront ce matin au cours d’une conférence de presse des « abus policiers » et des « détentions arbitraires » commis au cours des derniers jours par le SPVM.

 

Manifestation mouvementée


En soirée, quelques centaines de personnes ont pris part à la 48e manifestation nocturne au centre-ville de Montréal. Déclarée illégale dès son amorce peu avant 21 h, puisque l’itinéraire n’avait pas été fourni préalablement au SPVM, la manifestation a été tolérée par les policiers jusqu’à ce que des actes de vandalisme soient commis, notamment une vitrine brisée à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Les manifestants ont ensuite été dispersés, parfois à coup d’engin assourdissants et de gaz poivre. Au moment d’aller sous presse, au moins une dizaine d’arrestations avaient été effectuées.


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Avec La Presse canadienne

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